‹ Chronique métrique de Chastellain et de MolinetChapitre 65 sur 72 · CXXXIX · texte numérisé non relu

CXXXIX

1105 J'ay veu venir en Roddes Le Grant Turc à garant;

V. 1106. Lorsque Bajazet II, à son retour d'un pèlerinage à la Mecque, reprit la couronne qu'il avait d'abord abdiquée en faveur de son fils Corcura , et et que celui-ci lui rendit généreusement , son propre frère Jem , appelé par les auteurs chrétiens Zizime, se souleva contre lui et se fit proclamer empereur; mais, battu par Bajazet, il se réfugia d'abord à Rhodes, où le grandmaître l'accueillit parfaitement, et l'envoya au pape Innocent VIII, qui le recommanda au roi de France Charles Vlil, au moment de son expédition de Naples.U est possible que le sultan Jem ait promis à Charles VIII , qui venait de se faire céder l'empire nominal de Byzance , occupé en effet par les Turcs , de lui rendre Constantinople s'il voulait appuyer ses prétentions contre Bajazet son frère ; mais Charles VllI fut repoussé de l'Italie , et perdit cette couronne avant d'avoir pu conquérir celle d'Orient. On voit par les expressions de cette chronique que J. Molinet ne doutait pas que Jem ne fût, comme il le disait , le véritable sultan, et que Bajazet II ne fût le faux Hérode , qui voulait étro Turc Grand. (Buchon.) Ce récit n'est pas très-exact.

Zizim, ou plutôt Djciu ou Djim, était gouverneur de la Caramanie quand il apprit la mort de Mahomet II son père. Le grand-visir voulut en vain lui procurer le trône au préjudice de Bajazet ou Bagézid son frère aîné; Korkoud, fils de celui-ci, fut reconnu sans opposition lieutenant du sultan légitime, jusqu'à ce que ce dernier fût venu ceindre le turban impérial à Constantinople. Djem leva une armée, mais vaincu deux fois, proscrit , il se réfugia à Rhodes, près du grand-maître Pierre d'Aubusson (1482). Un traité honteux entre l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et Bagézid, priva Djem de sa liberté. Après une longue captivité , il fut remis entre les mains du pape Innocent VIII. Un nouveau traité avec le sultan rendit encore Djem prisonnier. Charles YIII , touché de son sort , se fit remettre le prince musulman , mais le pape Alexandre VI, qui était dans les intérêts de son frère, envoya à la suite de l'armée française un barbier qui , ayant eu accès auprès de Djem , lui fit la barbe avec un rasoir empoisonné. L'infortuné mourut à Naples le 25 février 1495, âgé de 35 ans 2 mois et 8 jours.

Il faut remarquer que le barbier assassin ne s'appelait pas Mustapha , comme va le dire M. Buchon , sans doute d'après Démétrius Cantémir , mais que Mustapha (Moustafa) était le nom d'un envoyé turc, venu à Rome sous le pontificat d'Innocent VIII. En outre, aucun grand-visir de cette époque ne s'est appelé ainsi.

Vertot, historien de l'ordre de Maîthe, a composé sur Zizim ou Djem une dissertation où , contre ce qu'on aurait pu attendre , il ne cherche pas à disculper d'Aubusson.

RECOLLECTION. 12*3

Son frère , un faulx Hérodes , Vouloit estre Turc Grant ; Qui donna grant richesse 1110 A la chrestienté

Pour le tenir sans cesse En grant captivité.

Roddes , quand je y regarde

Après lui proufita , 1115 Le pape l'eut en garde

Qui bien s'en acquita ;

Depuis , le roy de France

Pria de cueur humain

L'avoir en garde franche , 1120 Se mourut en sa main .

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