‹ Chronique toulonnaises: Histoire de quelques ruesChapitre 10 sur 11 · ANCIEN PALAIS DE JUSTICE · texte numérisé non relu

ANCIEN PALAIS DE JUSTICE

Lo tribunal de la sénéchaussée, enlevé à la ville d'Hyores , qui le possédait depuis 1544, fut transféré à Toulon vers la fin de 1042. On l'installa , Tannée suivante, dans un palais que Ton construisit sur remplacement occup '» aujourd'hui par les bureaux de la police et le prétoire de la justice de paix*.

Un siècle plus tard , e:i 1755, cet édifice tombait en ruines, et les officiers de la sénéchaussée , obligés de déguerpir au plus vite, louèrent la maison de M. de Barentin (situ''e rue Layayette n<^48), où ils établirent provisoirement le siège de la justice.

Ce provisoire dura 15 ans. — Cependant, dès l'année 1756 , t)n s'était occupé sérieusement de la reconstruction du vieux palais. L'ingénieur de la province était même ve!m à Toulon , pour dresser le plan du nouvel édifice , mais l'absence de fonds avait fait ajourner ce projet. Les officiers delà sénéchaussée, fort mal logés chez M. de Barentin , s'ingénièrent pour tourner cette grosse difficulté et ne trouvèrent rien de mieux que de faire supporter la dépense à la commune. « Il n'y aurait, disaient-il , nul inconvénient que^ pour un objet aussi utile, cette communauté

' La ville d-Hyères fut détachée de la juridiftion d^t Toalo:i , en I66i5, et devint le siège d une nouYelle sénéchaussée.

qui a des ressources immenses dans ses revenus , fut forcée^ comme celle de Marseille, à la réédification du palais. »

Les communes étaient alors des mines inépuisables. Le pouvoir les savait toujours prêtes à s'imposer les plus grands sacrifices, pour conserver leurs franchises municipales , et il usait et abusait de cette crainte salutaire. Du reste il variait ses procédés; tantôt il mettait en vente les emplois communaux, tantôt il menaçait les villes de les priver de tel ou tel siège administratif ou de la présence des troupes.

Justement alarmés et craignant de voir adopter la proposition lancée un peu au hasard par les officiers de la sénéchaussée , les consuls se hâtèrent d'adresser un mémoire à l'intendant de Provence^ pour exprimer leurs regrets de ne pouvoir donner, dans cette circonstance , une nouvelle preuve de leur dévouement , la ville accablée de dettes se trouvant hors d'état de faire la moindre dépense. c( Toulon voudrait ne rien devoir, disaient-ils , pour offrir tous ses revenus à son roi^ ses charges perdraient pour lors à ses yeux tout ce qu'elles peuvent avoir d'onéreux; mais elle est ruinée et le renvoi à trois ans du remboursement des avances, de près de 200,000 livres, qu'elle a faites pour le service des troupes , a mis le comble à son épuisement. »

Cette dette de 200,000 livres, rappelée fort à propos, fit faire de sages réflexions à l'autorité supérieure, qui n'insista pas; la proposition des officiers de la sénéchaussée fut donc abandonnée.

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En 1765, le vieux palais dont personne ne s'occupait plus^ menaçait de s'écrouler sur les passants. Ses grandes salles^ à moitié ruinées , étaient devenues le réceptacle de toutes les ordures du quartier; ce qui n'empêchait pas les soldats et les femmes de mauvaises vie de s'y réfugier pendant la nuit et de troubler le repos public , parleurs cris et leurs disputes *. Sur la plainte des voisins , appuyée par la municipalité , M. Laugier , subdélégué de l'intendant de Provence , ordonna la démolition du vieil édifice et fit mettre aux enchères les travaux à exécuter pour déblayer le terrain.

Des offres avaient déjà été faites, et l'adjudication allait être prononcée, lorsqu'un nommé Reboul, riche épicier, propriétaire de deux magasins et d'un entresol, enclavés dans le palais, vint soumettre à M. Laugier^ une proposition tn'^s avantageuse pour l'Etat. Il se chargeait de démolir et de reconstruire le palais à ses frais , moyennant 900 livres par an, jusqu'au remboursement de la somme de 18,306 livres, h laquelle il évaluait cette dépense. Or , comme le loyer de la maison occupée par les officiers de la sénéchaussée s'éle-

* t L'épouse du sieur Beaupré « marchand regrettier, locataire 4'unc bou> tique de la maison de M. Mollinier notaire (rue des Chaudronniers n<> 29 ), qui est en face de la petite place du palais , déclare que, pendant toute la journée, on ne voit que monter et descendre des soldats et d'autres personnes, qui vont déposer des ordures dans les appartements , et que la nuit, il s'y assemble des filles de dél)aurhe avec des soldats , ce qui occasionne très souvent du tapage. • (Archives de l'intendance à Draguiguan).

vait à 1,000 livres par an, le trésor royal, loin d'y perdre y trouverait une économie. Seulement, Reboul demandait Tautorisation de porter le nouvel édifice sur l'alignement de la place Saint-Pierre, c'est-A-dire, de l'agrandir de deux toises do ce côté, afin d'augmenter d'autant la superficie de ses magasins situés au rezdt*-cliaussée. M. Laugier n'h(''sita pas fi transmettre cette proposition avec un avis favorable it l'intendant de Provence. M. de Latourla trouva fort acceptable , et fit rendre par le conseil d'Etat , le 7 juillet 176G , un arrêt approuvant la cession , en faveur de Reboul , de deux toises de terrain ù prélever sur la voie publique. Cette combinaison, qui aurait dû être accueillie avec reconnaissance par le public, puisqu'elle faisait disparaître une ruine gênante et daiigereuse sous tous les rapports , souleva , au contraire, une vive protestation de la part des voisins. — Les propriétaires des maisons situées autour du palais , depuis la rue des Chaudronniers jusqu'à l'extrémité de la place Saint-Pierre, endoctrinés ou circonvenus par quelque esprit chagrin et jaloux *, s'étaient persu idés que l'avancement de l'édifice sur l'alignement de la place , diminuerait de beaucoup les agréments de celle-ci ; ils supplièrent l'intendant de ne pas donner suite à un projet qui de-

' M Reboul sMall enrichi dansée petit commene; il avait son ma;iasin dans la maison silure à I an^le de la rue des Reaux et de la place S:iini- Piet'e , (n* 12), qui lui appartenail Ses bons voisins croyaient sans doute que cette entreprise allait doubler sa fortune,

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vait leur enlever , disaient-ils , une notable partie du coup d*œil dont ils jouissaient.

Pour bien comprendre Tabsurdité de cette réclamation , il ne faut pas oublier qu'il ne s'agissait que de quatre mètres de terrain, ù prélever sur un recul défectueux, pour placer le monument sur l'alignement des autres maisons; et que la plupartdes réclamants, dont les maisons étaient situées à l'autre extuémité de la place , ou sur la même ligne , ne pouvaient apercevoir le terrain en litige. Les propriétaires des maisons qui font face à la rue de l'Arsenal et à la place Saint-Pierre, MM. ToUon et Darbaud; M. Mellon, épicier, qui occupait le magasin de la pharmacie Ricoux, et le peintre de La Rose, demeurant place Saint- Pierre^ n^ 5, tous signataires de la pétition, auraient été bien embarrassés pour prouver en quoi cette amélioration les gênait. On leur avait persuadé qu'en réclamant, ils obtiendraient une indemnité pour la privation d'une partie du coup d'œil, par application de la loi qui obligeait les voisins à payer une plus value à la communauté, quand la création d'une place , ou l'élargissement d'une rue, augmentait la valeur de leurs immeubles.

Le subdélégué de l'intendant examina cette réclamation , fît dresser un plan des lieux, et démonti*a aux plaignants qu'ils étaient les instruments dociles et inintelligents de quelques brouillons qui se moquaient d'eux. Il obtint le désistement du plus grand nombre^ et M. de Latour ordonna de mettre la main à l'œuvre immédiatement.

Les travaux dirigés par M. Aguillon , ingénieur ordinaire du roi *, furent poussés avec activité au début; mais on reconnut^ en mettant la pioche dans les murs, qu'il fallait les reprendre à la base , et comme la dépense qui devait en résulter^ était assez considérable^ on attendit de nouveaux ordres. Le crédit fut porté à 22,000 livres. Moyennant cette somme , payée par à-comptes à Tentrepreneur, le grand bâtiment que nous voyons aujourd'hui fut entièrement bâti. — Le tribunal de la sénéchaussée s'y établit vers la fin de l'année 1769, et y demeura jusqu'à la Révolution.

MAISON No 31.

Pour être complète , la monographie de l'ancien palais de justice aurait dû être accompagnée de la biographie des magistrats de la sénéchaussée, des membres du tribunal civil et des jugesde pai>{. qui ont siégé, tour à tour , dans ce vieil édifice. Il aurait fallu la faire suivre de quelques détails sur les victimes de la révolution de 1793, entassées dans ses étroites prisons; sans oublier le commissaire général de Possel-Deydier , qui n'en sortit que pour être pendu à la lanterne

^ Lettre de M Laugier, subdélègué de rintendanl à M. de Latour, du !** avril 1767. (Archives de la Préfecture du Yar, fonds de rintendaot )

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de la rue des Bonnetières *, et continuer cette lamentable histoire jusqu'aux derniers événements qui ont attristé notre ville.

Cette revue restropective serait remplie d'enseignements utiles et offrirait un grand intérêt ; mais le cadre de cette publication ne se prête pas à une étude aussi complète. Je dois attendre , pour parler des personnages qui ont animé par leur présence cet antique sanctuaire de la justice , que notre promenade , à travers les rues de Toulon , nous conduise dans leurs foyers.

C'est ainsi, qu'en quittant le palais, si nous nous dirigeons vers le port, nous rencontrerons à droite, la maison n** 31 , où a vécu et où est mort, le 12 juin 1866, l'honorable M. Martini (Casimir-Christophe), qui fut pendant plus de trente ans , suppléant de la justice de paix *.

Jamais fonctions gratuites ne furent remplies avec plus de zèle et de conscience ! On a dit, dans un autre ordre d'idées , qu'il n'y a pas de sot métier ; ici on pourrait dire avec non moins de vérité, que les plus modestes fonctions peuvent être relevées, et devenir en quelque sorte glorieuses, quand elles sont occupées par des hommes d'une valeur exceptionnelle. M. Martini , par son dévouement pendant les épidémies et la grande honorabiUté de son caractère^ mérita les plus

* Cette lanterne était suspendue, à rentrée de la rue des Bonnetières, à

rangle formé par la rue des Chaudronniers, ei presque en face du palais.

' Il avait été nommé suppléant de la Justice de paix du canton oufst, le ii mars i83S.

hautes récompenses ; le cordon de commandeur de la légion-d'honneur, qui aurait été vainement sollicité par des procureurs généraux et des premiers présidents , lui fut spontanément décerné , à la suite du choléra de 1865 , pendant qu'il remplissait , par intérim , les fonctions de juge de paix. Il avait alors 88

ans*.

Cet admirable vieillard, qui était resté impassible et ferme au milieu des épreuves les plus cruelles , se sentit ému, quand on vint lui annoncer que le ministre de la justice l'avait élevé au grade de commandeur, et que la France tout entière applaudissait ù cette récompense si bien méritée*. Le greffier de la justice de paix , qui se trouvait auprès de lui , crut voir, en ce moment, une larme d'attendrissement s'échapper de ses paupières ; mais il n'oserait l'affirmer^ car jamais jusqu'alors , cette forte nature , ce caractère si maître de lui-même , ne s'était laissé émouvoir.

Cette belle maison , située h l'extrémité de la rue d^Alger , près du port, était possédée, au commence-

^ Il était né à Digne (Basses -Alpes), le S7 janvier 4778. ^ Tous les journaux de Taris et des départements annoncèrent sa nomination en raccompagnant de commentaires élogieux.

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ment du XVIP siècle , par un chanoine de la cathédrale de Toulon, messire Marc-Antoine d'Aimar, dont la nièce fut Théroïne d'un événement romanesque, qui fit grand bruit en son temps.

La peste s'étant déclarée à Aix , vers le milieu de 1629, M™® d'Aimar de Montsallier , veuve d'un président au parlement^ vint se réfugier à Toulon avec sa fille Gabrielle , âgée de seize ans environ. Elle descendit probablement chez son pr^re, M. Forbin de SoUiès , gouverneur de la ville. Je ne serais pas étonné^ cependant , qu'elle eut occupé la maison de son beau-frère, qui avait vue sur le port , où se passa la scène que j'ai à raconter.

On armait, en ce moment , quelques vaisseaux , qui devaient transporter deux mille hommes de milices françaises, destinées au service des vénitiens; ces troupes étaient commandées par le chevalier Jean- Louis de Lavalette , fils naturel du duc d'Epernon , qui avait été gouverneur de Provence, pendant les troubles de la ligue , et avait laissé dans ce pays les plus tristes souvenirs *.

Le chevalier de Lavalette rencontra plusieurs fois M"® Gabrielle d'Aimar , dans les salons du sieur de Solliès, gouverneur de Toulon , et s'en éprit violem-

' On disait, en parlant d'un fléau : « A fack tan de maou que Pamoun. • c Passant au moulin du pont de l'Arc, prèsd'Aix, écrivait M.deFabri sieur de Fabrégues, ce duc fit étrangler les soldats qui le gardaient , et les Ht pendre aux croisées de ma maison de Fenouillères. • (Roux Alphéram, Les Ruei d'Ais, t. 2, p. 473 et 521.)

ment. Mais, soit qu'elle fut trop jeune pour être mariée , soit qu'il eut ù redouter un refus à cause de sa naissance , il résolut de brusquer le dénouement par un coup d'audace.

Dans les premiers jours de janvier 1630, ses précautions étant prises , il pria un de ses amis, qui devait dire sa première messe dans l'église des capucins , de le choisir pour parrain et de prendre pour marraine M"^d'Aimarde Montsallier. L'ecclésiastique qui ne se doutait de rien , fit ce qu'il lui demandait, et obtint l'agrément des parents de la jeune fille.

« Au jour fixé, lisons-nous dans les mémoires du président Jacques de Gaufridi, La Valette fit armer son caïq des meilleurs forçats de sa galère, commandés par un confident. Le péril était grand de ravir par force une fille^ dans une ville dont l'ayeul était gouverneur, l'oncle évoque, et où il y avait un autre oncle réfugié, qui était président en la chambre des comptes , de la ravir en veùe des galères et d'un peuple extrêmement affectionné. Il pouvait être investi par les caïqs des autres galères h la première plainte des parents. Car , s'il faut du temps pour mettre les galères en état, s'il en faut pour les vaisseaux et pour les barques , il n'en faut point pour les caïqs , qui pouvant être armés par huit ou dix hommes, il suffit d'un commandement pour les mettre en mer. Il prévit ce danger et employa tous les caïqs des galères à porter des munitions à ses vaisseaux, et les fit occuper par ses gens. N'ayant plus ce sujet de crainte , il donna ordre au

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sien de Tattendre au port , sur le bord du quai , et s'en alla pour achever la cérémonie.

« Sortant de la maison où étnit la jeune fille, le chevalier voulut donner la main à la femme du gouverneur , comme la plus apparente de la troupe; on lui dit qu'il fallait qu'il mena sa commère et qu'il se mit en tète de la compagnie; il ne demandait pas mieux et quoiqu'incommodé d'une jambe , il devança de plusieurs pas le reste de la troupe, et se détournant du chemin le plus droit , il la fit passer sur le port * , sous prétexte qu'il était le plus agréable , et étant allé droit à son caïq , il jetta cette fille dedans, la fit couvrir d'une casaque et conduire dans son vaisseau.

<( L'ayeul , les tantes, tous les parents qui suivaient, crurent d'abord que c'était une feinte et un jeu dont ce chevalier avait souvent menacé le grand père , leur disant qu'il lui voulait quelque jour donner une alarme en faisant semblant d'enlever sa petite fille. Mais, comme ils la virent en mer implorer avec des pleurs et des cris pitoyables le secours de ses parents , ils crient , ils courent, ils menacent et , dans un accident non prévu, ils ne trouvent point de conseil /ils font équiper une galère, mais quelque diligence qu'on y

' Son chemin le plus direct (Hait en «fifet , en sortant de la maison n* 35, de mont r par l.i piaco Saint- Fierre et de suivre la rue de FArsenal pour se rendre au champ de Italaillc, où se trouvait le couvent des capucins; mais il était naturel quM voulut lun;;er le quai , puisque la route était plus jolie et n'allongeait la distance; que de quelques pas

apporte elle ne peut être prête à temps. On demande Tayde de trois vaisseaux estrangers qui étaient en état de faire voile , mais ils ne veulent pas se commettre ni combattre contre la bannière de France.

« La justice de la ville est inutile , étant sans force. Aussi, après avoir perdu beaucoup de temps , le commandeur de SoUiers monte une galère, suit le ravisseur durant quelques heures et ne peut mieux faire que de tirer quelques volées de canon contre son vaisseau , plustôt pour lui témoigner son indignation que pour espérer de lui nuire. — On remarqua l'horreur que cette fille eut de ce crime par le refus qu'elle fit de regarder son ravisseur et de prendre des aliments. Il la fit mettre dans une chambre séparée, la fit servir avec tous les respects et tacha de gagner son cœur par l'entremise de ceux qu'il mit auprès d'elle. Il vint mouiller en vue d'Hyôres et dépêcha de là un gentilhomme pour donner avis de cette action au duc d'Epernon, son père, et après il prit sa route vers Venise.

« Les respects et les caresses adoucirent le cœur de cette fille et la nécessité l'obligea de souffrir l'approche et la conversation , et^ enfin ^ de consentir au mariage de ce chevalier, qui fut célébré en l'isle de Saint-Pierre. Ainsi elle fut reçue à Venise avec magnificence comme son épouse , et lui changea sa qualité de chevalier en celle de marquis de La Valette. — Le roy fut irrité de cette action et l'on ne put souffrir à la cour que les armes et les vaisseaux de France eussent servi à l'exécution d\me si mauvaise entreprise; en

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façoîi que ni la considération de S(3S parents , ni l'entremise des Vénitiens ne purent pas lui en faire avoir la grâce, et il fallut que sa femme vint ea France pour implorer la clémence du roy et lui obtenir l'absolution, qui lui fut à la fin accordée et entérinée au parlement d'Aix. »

Cet enlèvement que l'on croirait imaginé par un romancier est des plus authentiques. Le président Jacques de Gaufredy était un grave personnage , incapable de porter la moindre atteinte à la vérité. Il connaissait d'ailleurs les deux familles de SoUiès et d'Aimar , il vivait à l'époque où le fait s'était passé et il en avait recueilli les détails de la bouche des parents de la jeune fille.

Le récit du président est corroboré par un acte public, qui vieîit d'être découvert et dont je dois la communication à M. le marquis de Boisgelin. C'est le contrat de mariage du chevalier de La Valette avec M"® d'Aimar, qui fut rédigé ù Venise, le 24 juillet 1635, et inséré, le 5 novembre suivant, dans le registre des insinuations delà sénéchaussée d'Aix, sur la requête du chanoine d'Aimar *.

Deux ans après cet événement , le chanoine Marc-

' Dans ce contrat est relaie raclft do mariajîe du 11 fi'vrlrr 1630 ; « Jo dunqne Gabriella d'Aymar mi constitume in dote el per me a gio Luigi de la

Yaletta du Sogaret chHo spero, con la gratia de Dio, prender in marito ed

io gio Luigi délia Valetta reconosco Gabriella d'Aymar, la mia fulura

xiH)sa Data in San Pierre di november XI februar 1630. »

Antoine d'Aimar vendit sa maison de la rue d'Alger , à M. François de Saqui , seigneur d'Astourets^ lieutenant de la sénéchaussée d'Hyères *.

Ce magistrat, qui devait occuper plus tard les fonctions de lieutenant général de la sénéchaussée de Toulon , avait été mêlé, en 1619, à un procès très curieux, intenté par les consuls de Toulon à ceux d'Hyèreset aux officiers de la sénéchaussée. Il s'agissait d'une farce populaire , jouée sous les yeux de ces autorités , dans laquelle les habitants de Toulon^ la municipalité et la ville elle-même, étaient tournés en ridicule.

Les Toulonnais avaient obtenu, l'année précédente, un édit royal ordonnant le transfert à Toulon du siège de la sénéchaussée d'Hyères, (avril 1618); mais , sur la requête des habitants de cette dernière ville , le roi , siégeant en conseil d'Etat , venait de révoquer cette décision *, et comme dans le cours de la procédure, les Toulonnais avaient peu ménagé leurs voisins , ceux-ci s'étaient vengés, le lendemain de leur victoire^ en les raillant publiquement. Ils avaient inspiré aux acteurs d'une représentation théâtrale, la pensée de faire allusion au procès perdu par les Toulonnais.

Cette injure fut vivement ressentie à Toulon. Les

^ f Une maison au quay , acquise par M. de Saqui , lieulenanl au senes chai (1 Yères, de messire Marc Antoine d'Aymar, prothoDOtaire el chanoine de la cathédrale de Toulon , confrontant : de ponent , maison de demoisclli> Victoire de Marin, veuve du sieur de Coquerel ; de midi, le quay, de levant et trémontane, deux rues t (Cadastre de 1632, folio 71 v.)

' Maintien du siège k Hvëres par un arrêt du juin 1619.

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consuls , après avoir pris l'avis du jurisconsulte Jacques Mourgues , auteur d'un savant commentaire sur les coutumes de Provence , et de deux autres avocats d'Aix , résolurent d'attaquer en diffamation les autorités municipales de la ville d'Hyùres , et de mettre en cause M. François de Saqui^ lieutenant de la sénéchaussée et ses collègues , qui avaient encouragé par leur présence la parodie scandaleuse dont ils se plaignaient.

Dans une consultation qui fut rédigée , le 19 septembre, par maître Mourgues et ses deux confrères , les faits incriminés sont ainsi résumés :

« Le 15 août dernier, jour et fête de l'assomption de Notre Dame, quelques particuliers de la ville d'Hyères ayant fait dresser un théâtre à la place du Piol, jouèrent sur icelui une certaine histoire , et à la fin , au lieu de la farce qu'on a accoutumé de jouer, pour la récréation des assistans , ils jouèrent une pasquinade ou libelle diffamatoire, contenant le commencement, les progrès et le succès du procès qui était peidant par devant nos Seigneurs du Conseil d'Etat du roi, entre les deux villes, sur la transférence du siège du sénéchal en la ville de Toulon.

« En la dite pasquinade, fut dit et proféré tout haut, parles acteurs, que la ville de Toulon, qu'ils appelaient tantôt Toulon , tantôt Tournon et quelquefois Cournoriy était un mutin, un séditieux prenant querelle avec tous ses voisins et ne rapportant d'iceux que honte et confusion; qu'il voulait faire du cheval d'Es-

pagne et se comparer à Mars, orès qu'il fut un petit asne; que tous les habituas de la ville de Toulon étaient des marranes \ jnifs et bonnets jaulnes, et comme ils étaient tous des c..., ils allaient volontiers nicher dans le nid des autres oiseaux et que la première lettre du nom de la ville (T), était semblable au gibet du mauvais larron.

« Et pour représenter la honte reçue par ceux de Toulon, en la perte du procès, ils firent semblant de faire asseoir, sur un petit siège, le personnage qui représentait Toulon , et lui tirant de par dessous icelui siège, le firent tomber de tout son long à la renverse.

« En tout ce discours là , les acteurs tenaient toujours en main quelques lettres patentes , arrêts et actes du procès, même Tarrétet la commission donnée sur icelui par Sa Majesté, scellée du sceau royal.

« Les officiers et consuls d'Hyères étaient là présents entendant et faisant des rizées publiques des dites injures; même le viguier et le procureur du roi au dit siège étaient sur le théâtre. — Les acteurs se jactent d'ailleurs de n'avoir rien fait en cela que de Tautorité des dits magistrats. »

La plainte des toulonnais était dirigée contre François de Saqui, lieutenant principal de la sénéchaussée d'Hyères, Charles de Saqui, lieutenant des soumissions, Pierre de Rodeilhat, lieutenant particulier, Charles Abrassein, procureur du roi , Charles de

' Prostituées.

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Cambe , viguier, François de Blancard , sieur de Gaubert, premier consul , et contre tous les officiers de la municipalité qui avaient assisté « à la pasquinade. » Seulement, comme la plupart de ces personnages étaient alliés aux meilleures familles d'Aix et notamment avec des magistrats du parlement, les consuls de Toulon avaient récusé cette cour et s'étaient pourvus par devant le conseil du roi.

Une enquête fut ordonnée pour rechercher les alliances qui pouvaient exister, en effet, entre les magistrats de la ville d'Hyôres et ceux de la cour d'Aix. Dès les premiers jours, le commissaire enquêteur constata que le fmt était des plus exacts. Les deux frères François et Charles de Saqui étaient parents ou alliés avec la cour tout entière :

« M. Charles de Saqui, lieutenant des soumissions est beau-frère de M. de Paule, conseiller en la dite cour, ayant épousé deux sœurs, qui sont damoiselles Claire et Victoire de Pourcellet.

« Le dit M. Charles de Saqui est cousin remué de germain , de M. de la Molle , conseiller en la dite cour, pour être le père du sieur de la Molle , cousin germain avec la mère de la femme du dit M. de Saqui , enfants de frère et sœur de la maison de SoUiès. »

Je fais grâce au lecteur des autres alliances de la famille de Saqui. Du reste, l'affaire n'eut pas de suite. Il est probable qu'elle s'arrangea amiablement, car il n'en est plus rien dit dans la délibération du conseil municipal, après la remise du dossier aux avocats de

Paris, chargés de soutenir la plainte des toulonnais devant le conseil du roi.

Cependant, les démarches tendant au transfert du siège de la sénéchaussée ne furent jamais abandonnées. C'était une mission sacrée ([ue se transmettaient les administrateurs, elh laquelle chacun d'eux se dévouait enticreme!]t. Les consuls en exercice, en 1643, eurent enfin la joie d'obtenir un nouvel édit transférant le siège à Toulon , et le bonheur de voir arriver dans leur ville tout le personnel de la sénéchaussée d'Hyères. L'installation du tribunal eut lieu le 3 septembre 1643, en j>résence de Tlntendantde Provence, M. Bochard de Champigni.

Dès ce moment, les rôles changèrent entre Hyères et Toulon, les premiers altcupièreîit et les seconds se défendirent. Après douze ans de latte les hyérois remportèrent. Un édit du mois de mai 1055 rétablit le siège dans leur ville. Mais ce triomphe fut de courte durée; un arrêt contradictoire, rendu par le conseil d'Etat, le 29 octobre 1658, révoqua l'éJit de 1655, et un nouvel éditdu mois dejuillet 1662, confirma défiiiitivement la translation du siège ù Toulon. Cependant les hyérois ne perdirent pas complètement leur procès; il fut décidé que la ville, mais la ville seule, conserverait un tribunal, et que le surplus de l'ancienne circonscription serait réuni à la sénéchaussée de Toulon.

M. François de Saqui, sieur des Thourets, acquéreur depuis 1632 , de la muison n° 35 , s'était bien gardé de former opposition ù l'édit de 1643, qui avait trans-

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féré le siège à Toulon. Il avait acquis précédemment, le 2 octobre 1619, de M. Gaspard de Thomas , baron de Sainte-Marguerite, le beau domaine « appelé Les Thourets, » qui constituait un fief important, avec haute, moyenne et basse justice * , et cette acquisition l'avait dt\jà rapproché de notre ville, où il fixa définitivement sa résidence.

La veuve de M. François de Saqui , M™® Gabriel le de Nas, dame des Thourets, vendit, le 29 juillet 1647, la charge de lieutenant principal de la sénéchaussée de Toulon ù M. François de Chabert, moyennant 31,000 livres; mais, en 1660, quand son fils, Amédée de Saqui, fut en âge d'occuper le siège, il se fit rétrocéder l'office de son père au même prix *.

Joseph de Saqui , fils d' Amédée , lui succéda ; il était lieutenant général de la sénéchaussée en 1696 ; mais les enfants de ce dernier entrèrent dans la marine. En 1790, la maiso 1 n^ 35 était encore possédée par un officier de ce nom : M. Jean-Joseph de Saqui, sieur d'Astouret , capitaine de vaisseau.

Cette maison , très remarquable par sa porte du XVII® siècle, appartient aujourd'hui à M. Fabri , conseiller à la cour d'Aix.

' Il paya cette terre, avec ses dépendances et le droit de Justice , U,400 livres

' Acte reçu par M« Cogorde, année 1660, folio 917 LtuJe de M" Aube, notaire.

Le coté Est de la rue d'Alger était à peu près complètement habité par des chaudronniers; c'est Ih que les Borme et les Mistral, syndics de la bruyante confrérie de saint Eloy , avaient établi leur quartier général. J'ai déjù dit comment ils s'y comportaient; ils roulaient leurs chaudrons au milieu de la rue et frappaient dessus ù coups redoublés. Personne ne pouvait résister h ce tapage infernal; les locataires fuyaient et les propriétaires eux-mêmes abandonnaient leurs maisons. Cependant, une famille^ patiente et résignée, finit par s'y habituer et demeurera dans cette rue pendant plus d'un siècle. Je veux parler de la famille Saurin, qui possédait la maison n^ 38, occupée aujourd'hui par M. Girard, marchand de cristaux.

Joseph Saurin, négociant en blé, sa femme Isabeau Arnavès et leurs nombreux enfants logeaient, en 1698, dans cette maison, qui leur appartenait depuis quelque temps déjà. C'était un intérieur patriarcal. Le père , vieilli dans les affaires, et plusieurs fois élu trésorier de la communauté, intendant de la santé ou recteur des hôpitaux , était un des plus honorables commerçants de notre ville. La mère élevait ses enfants dans des sentiments de piété. Une des jeunes filles nommée

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Ursule, entra plus tard dans le couvent des Ursulines pour se vouer ù Tinstruction des enfants pauvres *.

Le fils aîné, Jean-François Saurin, succéda à son père et fit comme lui le commerce du blé. Pieux et charitable, il accepta diverses fonctions gratuites et administra avec un généreux dévouement l'hôpital du Saint-Esprit. L'évéque de Toulon écrivant ù M. de Latour, intendant de Provence, pour faire obtenir à ce commerçant l'autorisation d'exporter 2,000 charges de blé, retenues par les autorités de la ville d'Arles, lui disait, le 6 septembre 1747 : « Indépendamment du bien qui en reviendrait à la ville de Toulon , M. Saurin mérite cette grâce par les services essentiels qu'il rend ù l'hôpital des malades , dont il est trésorier, et auquel il a déjà avancé, de son propre argent, pour faire subsister cette maison , plus de 12,000 livres. »

Jean-François Saurin avait épousé, le 25 février 1727, M"^ Marie-Anne Sibon, dont il eut un fils, Joseph-Charles Saurin , qui fut le troisième négociant en blé du même nom. Ici encore la tradition était respectée; les enfants suivaient avec honneur le chemin tracé par leurs parents.

Cet honorable négociant venait d'être élu pour la seconde fois deuxième consul de Toulon, quand sa femme, Claire-Désirée Deydier, de Pierrefeu *, lui

^ Voir le procès de la Cadière» dans lequel elle fut appelée en témoignage. (1 YOl. in folio, 1734, p. 150 et 15i } ' Il lavait épousée le SI mai 1771.

donna un fils. Ses collègues lui offrirent, suivant Tusage adopté depuis fort longtemps, de tenir cet enfant sur les fonts baptismaux, au nom de la ville de Toulon . Il accepta cette offre avec empressement et le baptême eut lieu le 29 janvier 1779. Le parrain, M. Joseph Gautier, docteur en médecine , premier consul et lieutenant de roi au gouvernement de la ville, et la marraine, M"»* Gabrielle-Rosalie Le Blanc de Castillon, épouse de M. Deydier de Pierrefeu, donnèrent au nouveau-né les noms de F r ançois-de-Sales- Joseph- Charles-Franço is- Toulon.

La cérémonie se fit avec beaucoup de solennité. Les bonbons et les étrennes ne furent pas épargnés. Je transcris, ci-après , le détail des frais, qui s'élevèrent à la somme de 384 livres. Le lecteur retrouvera dans ce document la plupart des traditions que nous observons encore aujourd'hui en pareille circonstance. Il y a peut-être un peu moins de bonbons et de rubans , mais les étrennes sont distribuées avec la même abondance, sauf les gros sous que les enfants ne réclament plus en criant : « Jette, peirins! » parce qu'ils ignorent le passage des parrains et des marraines, qui se rendent à l'église en voiture.

« Etat de la dépense faite à V occasion du baptême de V enfant de M. Joseph-Charles Saurin, consul, que Messieurs ses collègues ont tenu sur les fonts au nom de la ville, le 29 janvier 1779, savoir :

« A l'organiste qui a touché des orgues pendant le baptême 6 liv. » s.

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(c Au curé. . 12 liv. » s.

« Au clerc 3 »

« Au domestique du chapitre 1 45

<c A la nommée Anne Rose, d'OUioules, pour le coût des bouquets présentés aux

dames qui ont assisté à la cérémonie 24 »

« Au sieur Adrien, marchand de soie , douze pans de rubans en or, à deux livres le pan, deux onces quatre gros; franges en or à 10 livres , six grelots, et douze pans de rubans à deux livres le pan, pour orner et embellir les deux bouquets présentés

aux marraines ' 57 »

« Aux trois servantes de M. Saurin. . . 18 »

« A la gouvernante 12 »

« A la sage-femme. . . .* 12 »

« A la fille qui a porté l'eau 1 4

« Aux enfants qui demandent en sortant

de l'église 3 »

^« Au sergent de ville major 6 »

« Aux sept sergens de ville 21 »

<c Au trompette major 6 »

« Au trompette en second. 3 »

« A Jacques Masse , valet de ville attaché au service de M. Saurin 6 »

« A Gerfroit et à Garrus , autres valets de ville 6 »

^ Il paraît que les deux consuls avaient cliacun une commère, bien qu'il n'y eut réellement qu'un parrain et une marraine .

« A Pierre Esclangon, concierge de riiôtel-de-ville 3 liv. » s.

« Au même , pour le voyage qu'il a fait ù Ollioules, pour nous amener la bouquetière avec les fleurs 1 10

« Aux quatorze porteurs qui ont porté les dames qui assistèrent au baptême, à raison de 30 sous chacun 25 16

« Aux deux vicieuses qui ont joué au bal , la nuit du baptême 12 »

« Au sieur Roubaud , confiseur pour 30 cornets de confiture à 1 livre 4 sols pièce, y compris les rubans employés aux dits cornets 36 »

« Au sieur Carron , pour 89 cornets de confiture à 1 livre pièce 89 »

« Au même, pour 89 cannes de rubans à 4 sous la canne, employés aux dits cornets 17 16

K Au sieur Dufour, cirier pour un cierge d'une livre 2 »

Total 3841. 10s.

Réélu consul pour la troisième fois, en 1786, M. Charles Saurin s'engagea, avec ses collègues , dans un conflit qu'il aurait certainement évité, s'il avait suivi ses propres inspirations, car son caractère n'était point fait pour la lutte.

Le 27 juin , dans la ipatinée , pendant qu'il était seul

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à riiôtel-de-ville « une personne vêtue de noir * » vint lui annoncer que M. de Ribbe, commissaire du bureau des seigneurs trésoriers de France • était arrivé à Toulon pour dresser l'inventaire des effets dépendants de la succession de feu M. de Lascaris, évêque du diocèse. Ce commissaire , qui était logé dans la rue des marchands, chez M"'® Amyot *, désirant recevoir la visite des consuls, demandait à quelle heure ceuxci se rendraient chez lui , afin de s'y trouver luimême.

M. Saurin répondit qu'en l'absence de ses collègues il ne pouvait fixer l'heure de cette visite, mais qu'à leur arrivée, ils prendraient ensemble une décision è cet égard et s'empresseraient d'en donner avis à M. de Ribbe.

Quand MM. de Drée, premier consul et Grasson, troisième consul, connurent cette démarche, ils firent remarquer à leur collègue qu'ils étaient commandants militaires, par suite de l'absence de M. le général de Coincy, commandant supérieur de la place, et qu'en cette qualité, la visite du Trésorier des finances leur était due.

* CNsl ainsi que le jj'reflier, envoyé par M. de Ribhe, est désigné dant le procès verbal dressé par le secrétaire des consuls.

• Le père on Toncle de ce commissaire, Augustin Sauveur de Ribbe, avocat au pailfMneul d Aix, avait été reçu trésorier de France le 9 août i74i. (ArtffefeuH l. 2, p. 316)

' Celle maiwn \>ortr aujourd hui le n» î; elle est située à l'angle de la rut* Sainte-Claire et de la rue des Marchands.

Cette réponse fut communiquée à M, de Ribbe, qui ne la trouva pas satisfaisante; il répliqua qu'il était tout disposé à faire la première visite au commandant militaire en son hôtel, mais que les consuls lui devaient cette visite en leur qualité de magistrats municipaux.

L'observation était très-juste et les consuls auraient dû s'exécuter de bonne grâce, d'autant plus qu'un conflit semblable, soulevé en 1760, avait été tranché, par ordre du roi, en faveur des trésoriers de France. Mais M. de Drée et ses collègues objectaient, qu'à cette époque, le général était dans la ville et que les consuls, lieutenants de roi, n'exerçaient pas le commandement militaire.

Le bureau des trésoriers de France soumit l'affaire à M. le baron de Breteuil, ministre secrétaire d'Etat, qui prescrivit à l'intendance de Provence de faire une enquête. Les consuls de Toulon fournirent des explications et le conflit n'eut pas de suite.

Du reste, de part et d'autre, on ne fit rien pour envenimer les débats *, qui devaient tomber naturellement, puisque l'occasion du conflit ne se reproduisit pas. La même querelle, soulevée antérieurement entre le bureau des trésoriers et les consuls delà ville d'Aix, avait été autrement vive et s'était prolongée pendant

' M de Ribbe soutint les prérogatives du bureau des trésoriers avec une parfaite convenance. II appartenait à une famille extrêmement honorable, dans laquelle la distinction, le tact et la bonté sont héréditaires.

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fort longtemps, parce que, cliaque année, les prétentions réciproques étaient mises en présence , h propos d'une cérémonie religieuse dans laquelle chacune des parties revendiquait la préséance *.

M. Charles Saurin, le voisin etTamide la famille Amyot , chez qui logeait M. de Ribbe, les deux autres consuls eux-mêmes auraient été désolés d'être désagréables, personnellement, au délégué du bureau des trésoriers; mais les questions de préséance et le respect des traditions avaient, à cette époque, au moins autant d'importance qu'en aurait aujourd'hui une question politique. Les administrateurs qui ne savaient pas défendre les prérogatives coniiées h leur garde, et conserver intactes les traditions municipales ou les simples usages, étaient considérés comme indignes d'occuper des fonctions. publi([ues.

Toute la force de l'ancienne société résidait, en quelque sorte , dans ce respect de la tradition , dans co maintien des loua})les coutumes, dans ces liens de famille, dont nous avons rencontré de si nombreux exemples dans le cours de notre promenade à travers les rues de Toulon.

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