CHAPITRE PREMIER
APERÇU SUR LA CONSTITUTION PHYSIQUE DU TERRITOIRE CRAONNAIS, SUR L'HISTOIRE DE SON AGRICULTURE ET SUR SA STATISTIQUE AGRICOLE.
Non oderis rusUcationem creatam ab altissimo. Aimex l'agricollore, elle est fille dn del.
fEcCLI., Yfl, 16.)
De toutes les occupations utiles, l'agricultore est la meilleure. la plus profl table, la plus douce, la plus digne d'un homme libre»
(Cic, De Of.» 42.}
*ANciEMSE ville de Craon était, avant 1789, le centre d'un territoire beaucoup plus étendu qui avait reçu le nom de Craonnais [Creonia). Or, pour qu'un pays reçoive un nom particulier, il faut qu'il ail- eu jadis une certaine importance et que sa population remonte à une haute antiquité. Avant d'en écrire les Chroniques, nous pensons qu'il n'est pas inutile de faire connaître sa configuration, sa constitution physique et son histoire agronomique.
Situé à Textrémité méridionale du département de la Mayenne, le canton de Craon, tel qu'il a été constitué par la loi du 23 décembre 1789, est borné au nord par celui de Cossé, à l'ouest et à Test par ceux de Saint-Âignan et de Château-Gontier, au sud par le département de Maineet-Loire. Sa superficie totale est de 21,361 hectares, dont
^0,107 cultivables, 387 en bois, 16 en étangs, et 227 en terrains bâtis ;
le reste n'est pas imposable.
Vu d'un peu loin le Craonnais ressemble beaucoup à une forêt : cette
illusion est produite par les fortes haies vives qui entourent nos champs
de petite étendue, S hectares au plus, et que surmontent de nombreux
â CONSTITUTION PHYSIQUE
têtards et des arbres de haute futaie, parmi lesquels dominent le chêne, le cerisier-guigne, le hêtre et le châtaignier.
Sa surface, sans être plane, n'offre que de faibles ondulations ; aussi, point de sources pérennes ou vives, et point d'eau Tété dans nos rivières, mais presque certitude d'avoir un bon puits en le creusant seulement à 10 mètres.
Sa pente générale, du*nard au sud, se compose de deux versants réunis par rOudon [Uldo)^ qui coule parallèlement à la Mayenne.
Ses principales altitudes au-dessus du niveau delà mer sont, pour le versant ouest et en parlant du nord : le Chef-lieu, 80"", — Beauvent, 87, — Tancien étang de la Raincerie, 80, — les Thibergères, 82, — les Avanries , 94, — le moulin à vent de la Crue, 108 , — Rochepoulain , 97, — bois de la Pucelière, 92, — et la Petite-Moricière, 97. Moyenne de tout le versant, 87".
Au versant oriental : le bois du Plessis. en Denazé, 94", — Turlaudière, 72, — moulin de la Meslière, 80, — les Aulnais, 76, — et les Quatre-Vents, en Saint-Quentin, 71. — Moyenne du versant, 78". — Moyenne des deux versants, 82" 8.
En outre, un petit coteau courant du nord-ouest au sud-est, et traversant les communes de Saint-Martin et de Bouchamp, mesure à la Mézan-
gère 101".
On voit, par ces chiffres, qu'en outre de la pente générale du département, du nord au sud, notre canton, qui fait partie du versant ouest de la rivière de la Mayenne, est plus élevé de 9 mètres environ du côté ouest que celui de l'est : aussi les affluents sont-ils plus nombreux et plus importants sur la rive droite de l'Oudon que sur la rive gauche.
Quant au bassin même de l'Oudon, son altitude au tertre de la Minière, à son entrée dans le canton, étant environ de 48" et de 30 seulement à sa sortie sur Cherancé, il en résulte une pente de 18" pour 24 kilomètres environ de parcours, soit trois quarts de millimètre à peu près par mètre.
Celte rivière prend sa source dans l'étang de la Guéhardière qu'alimentent les ruisseaux de Mont-Jean et de Beaulieu ; elle passe par Méral, Athée, Craon, Chatelais, Nioiseau, Segré, où elle devient navigable, et le Lion-d'Angers, où elle se réunit à la Mayenne.
Avant d'arriver à Craon, l'Oudon reçoit par sa droite : les ruisseaux du Bois-Jousselin, de la Huilerie, de la Briffaudière, de la Menardière et la rivière de Mée^ venant de Laubrières et de Livré ; par sa gauche : les ruisseaux de Maussion, de Cossé, de Cosmes, de la Chapelle et de Denazé.
Arrivé à Craon, il reçoit par la rive droite l'U^wr^ venant de Niafle et des anciens étangs de Pelletrée et de la Raincerie, les ruisseaux de Bou-
DU TEBRITOIRE. 3
champ, da Tertre et peu après être entré en Maine-et-Loire, la rivière du Cheran qui arrose une partie delà Boissière ; parla rive gauche, lesruis-* seaux du Luarçon et de la Touche-à-rAbbesse, et en entrant en Maine-et- Loire la rivière d*fltét'e qui, après avoir reçu le ruisseau de Marigné, sert de limite aux communes de Pommerieux, de Mée, de Gherancé et de Saint--Quenlin.
Dans son cours de 24 kilomètres et avec une pente de 18 mètres, TOudon fait mouvoir sur le canton de Graon 12 moulins (1), ce qui donne à chacun d'eux un bief de 2,000 mètres et une chute moyenne de 1 mètre 50. Ses quatre af&uents en font mouvoir un égal nombre sur le même canton (2).
On sait que la hauteur barométrique, moyenne, c'est-à-dire le variable^ au niveau de la mer, est de 758 millimètres (28 pouces).
Nos coteaux ayant une hauteur moyenne de 82*" 60, et le lit de TOudon 39"", la moyenne de Taltitude du terrain du canton serait de 60"* 75 au-dessus du niveau de la mer.
Or, à raison de 1 millimètre d'abaissement dans la colonne du mercure par 10* d'élévation du terrain, la hauteur barométrique de Craon devrait être d'un peu moins de 752 millimètres (27** 9').
Notre échelle barométrique devrait donc s'établir comme suit:
miliia. poaces lignes
Beau fixe \ 767 — 28— 4
Beau 768 — 28 — »
Variable 751 — 27— 9
Pluie ou vent 741 — 27 — 4 1/2
Grande pluie 730 — 26 — 11 1/2
Tempête 720 — 26— 7 1/2
Graon, placé par 3^ 17' 22" longitude ouest, et iV 50' 48" de latitude, est conséquemmentO* 59' 14" plus au midi, et3* 17' 22" plus à l'ouestque Paris ; d'où il résulte qu'à Graon le midi vrai doit se compter 13' 17" plus lard qu'à Paris, à raison de 4 minutes de temps par degré équatorial. La différence de latitude fait aussi qu'en été les jours sont plus courts de 8 minutes, et en hiver plus longs de 8 minutes à Graon qu'à Paris; c'està-dire que le jour le plus court (21 décembre) y est de 8 h. 18 min., et le plus long (21 juin) de 15 h. 58 min.
(1) Voici In nom de ces moulins, avec la hauteur de chute d*eau possédée par chacun d'eux : Martin, l» 53; — Alhéo, 1« 10; — l'Ile, 1« 00; — le Val, l» 69; — Courbure, i"» 23; — Blochet, 1"» 84; - Craon, 1"> 14;— Verger,!" 16; — Chouaigne, 1"» 46; — Bouche-d'Usure, 1»» 70; — Tresvougcs, !"»; — Moulin-Neuf, 1» 38.
(2) Sur la ^ée, l'Epronnière, 2™ ; — sur VUsure, le Bas- Parvis, 1™ £;0; Balayère, 1™ 65 ; laFosse, l™ 18; Bas-Theil, !•" 50; les Planches, 1™ 48; David, I™ 44; Bigot, 1™ 44; —sur le Cheran, la Boissière, 1»» 25 ; — sur ÏBièrey Gobert, 2™ ; le Tertre, l™ 30 ; le Pon i « 35.