MONNAIES D* ARGENT ET DE CUIVRE
La livre-monnaie d'argent fut toujours une valeur nominale ou de compte, et subit de grands changements soit comme valeur d'échange, soit dans son rapport avec l'or; elle dut aussi son nom à la livre-poids.
La livre-poids d'argent romaine ou de Charlemagne, de 12 onces ou de 367 grammes avec plus ou moins d'alliage, valut intrinsèquement, jusqu'au xi® siècle, environ 66 de nos francs.
(i) La LXXXIX« eh. de La Roë dit : « Retinuil sibi quatuor dcnarios, tali paclo quod si canon icus ficri volucrit quatuor ilios nummo^ dimiserit. »
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La livre-iijonnaie nominale fut divisée en 20 sols ou sous de cuivre. Le sou en 4 liards, le liard en 3 deniers, le denier en 2 oboles ou mailles et Tobole en 2 pites. Le double était de 2 deniers (1 .
Le blanc valait 5 deniers ; les six blancs valaient donc 2 sous 1/2.
Mais il y avait quelque variété dans le sou de chaque province. Ainsi, au XII® siècle, le sou parisis valait 1 sou 1/2 tournois ; le sou manceau 2 sous tournois ou d'Anjou, ou un et demi de Normandie, d'où le proverbe : ^i un manceau vaut un normand et demi. »
Depuis les Romains jusqu'au xi** siècle, la livre d'argent, monnaie nominale ou de compte, valut donc
intrinsèquement en monnaie de u livre. Le sou. Le denier,
nos jours 66fr. » — 3fr. 30 — 0fr.27c. »
Du XI® au XIV' elle ne valut plus que de 17 à 19
Au XIV' 14
De 1350 à 1380, sous les rois Jean et Charles V 9
De 1380 à 1422 (Charles VI). 7
De 1422 à 1661 (Charles VII). S
De 1461 à 1498 (Louis XI, Charles VJII) 4 » — 0* 20 — 0 01 66
De 1498 à 1560 (Louis XII, François P', Henri II) 3 » — 0 15 — 0 01 2"
De 1560 à 1610 (Charles IX, Henri III, Henri IV) 2 »— 0 10 — 0 00 83
De 1610 à 1643 (Louis XIII, Vécu était de 3 livres) 1 75 — 0 08 — 0 00 73
De 1643 à 1800 (Louis XIV, à LouisXVI, République, Empire) 1 » - 0 05 — 0 00 41
Rapport entre l'or et l'argent :
Sous les Romains et jusqu'aux croisades, l'or était à l'argent comme 10 est à
En 1344 12
De 1349 à 1401 11
De 1421 à 14B4 10
De 1470 à 1527 It
(1) Un double presque neuf de 1638, trouvé à Saînl-Glémeni, pèse 52 grains. Le sou devait donc peser six fois plus ou 312 crains, ou 16 grammes 536. Noire nouveau sou de 18C0 ne pèse que 102 grains ou trois fois moins que l'ancien.
En 1543 12 est à
Enl845et1546 10
De 1547 à 1600 11
En 1604 12
En 1626 13
En 1666 14
De 1717 à 1863 15
Mais si nous possédons à peu près la valeur intrinsèque de nos anciennes monnaies, il n'en est pas ainsi de leur valeur relative qui dépend d'une infinité de circonstances, de la rareté ou de l'abondance des produits agricoles, industriels, ou des métaux précieux. Cependant, par la comparaison des prix de quelques objets les plus usuels, nous croyons qu'on peut donner à un môme poids d'argent la valeur relative qui suit : Du v« au X* siècle, sept fois plus de valeur ou de pouvoir qu'au xix*. Du xi* au xiv%jcinq fois plus.
Au XIV*, égalité.
Au xv®, trois ou quatre fois plus.
Au xvi", deux ou trois fois plus.
Au xvii®, une fois et demie plus.
Au xviii*, trois fois plus.
Ainsi sous Charles VII (xv* siècle), la livre monnaie pesait ou valait intrinsèquement 5 de nos francs ou 25 grammes. Mais le poids d'argent équivalant à nos 5 francs ayant alors quatre fois plus de pouvoir, on aurait acheté avec la livre de 25 grammes quatre fois plus de denrées alors qu'aujourd'hui. La livre de Charles VII valait donc relativement 20 de nos francs. Remarquons aussi que si, au xviii® siècle, le prix du blé était à peu près le même qu'aujourd'hui, malgré que le prix de la terre ait triplé, c'est que le produit de celle-ci a augmenté dans la proportion de sa valeur; c'est-à-dire qu'un champ qui rapportait 30 hectolitres en rapporte 100 maintenant, ce qui triple le revenu, le prix de l'hectolitre restant le même.
La main-d'œuvre a suivi la même progression. L'ouvrier d'état du Graonnais qui gagnait :
Enl731,undoubl.déc.defrom.ou 30 liv. de pain avec 5 journées à 60 c. De 1760 à 1789, gagnait 40 liv. — avec 5 — à 1 tr.
En 1830, — ' 60 liv. — avec 5 - à 1 25
En 1861-1866, — 100 liv. — avec 5 — à 2 25
De sorte que si le propriétaire recueille trois fois plus de blé qu'en 1731, il paye la main-d'œuvre quatre ou cinq fois plus cher, ses impôis sont augmentés, et en somme il n'est pas plus riche. Mais l'ouvrier qui,
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depuis cent ans, employait à acheter son pain de chaque jour, un tiers du prix de sa journée, n'y emploie aujourd'hui qu'un dixième, et les autres neuf ♦ dixièmes lui procurent viande, vôtement, meilleur logement, etc., ce qui est un grand avantage matériel, s'il savait économiser.
Toutefois nous prévoyons un écueil. Si la population, restant stationnaire, les fabriques et les travaux des villes continuent de faire hausser le prix de In main-d'œuvre, pendant que la libre entrée des grains fera tomber leur prix au-dessous de celui de revient en France, notre agriculture sera évidemment forcée d'en faire le moins possible, et alors plus de blé, plus de paille, plus de fumier, et pauvre agriculture. Or, si vingt-quatre ou vingt-cinq millions d'acheteurs agriculteurs désertent le marché intérieur, que deviendra l'industrie elle-même? Et en cas de disette, la subsistance de (rente-huit millions de Français sera-t-elle abandonnée aux hasards de la mer ou à la bonne volonté de l'étranger? Qu'on lise dans Tacite ce qu'un tel système avait produit à Rome. [Ann., lib. III, 54, et lib. XII, 43.)