‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 129 sur 167 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Comme la ville de Vires et autres Tilles feurent mises en Tobâssance du roy de Franche j et du siëge mis debvant la dté de Bajreux ; et comme on Tassaillit par deux fois , et enfin fust rendue par compontion.

Après la desconfiture que feirent les Franchois sur les Anglois , à la bataille de Fourmigny , les seigneurs franchois allèrent mectre le siège devant

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la ville de Vires. N'y fust gnères, car messire Henry de Morbery , qui estoit prisonnier, en estoit capitaine; si feit tant par composition, que les Ang'lois qui dedans estoient de trois à quatre cents, s'en allèrent, leurs corps et leurs biens saufs, dedans Caen. Après la ville de Vires rendue , le connestable de Franche, le sieur de Laval, et autres, qui estoient en leurs compagnies, se partirent et s'en allèrent vers le duc de Bretaigne, soubs qui ils estoient, lequel duc, avec la compagnie dessusdite , alla mectre le siège en personne devant Avranche, et le tint trois semaines; et cependant feit faire des grandes approches et feit battre la muraille d'engins , tellement , que ung nommé Lampot, qui en estoit capitaine, rendit icelle ville d' Avranche au duc de Bretaigne, et s'en alla, ung baston au poing tant seulement, et ses connpagnons pareillement, qui estoient de quatre à cinq cents. Pareillement se rendit la place de Couloigne , qui est une forte place , et imprenable , tant qu'il y ait à manger ; car elle est toute assise sur une roche en la mer, près du mont Saint- Michel. Ils étoient dedans de quatre-vingts à cent Anglois; lesquels s'en allèrent, leurs corps et leurs biens saufs , à Chierbourg.

Assez tost après la prinse de Vires , les comtes de Clermont , de Chastres , et aultres de leurs compagnies, qui avoient tenu le siège devant Vires , allèrent mectre le siège devant Bayeulx ; et selogèrent es faulxbourgs du costel devers Carentan , les

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comtes de Dunois , lieutenant général du roy de Franche , de Nevers , d'Eu ; les sieurs de Cullant , grand oiaitre d'hostel du roy , et de Jalloingnes , son frère , d'Orval , de Bueil , et plusieurs aultres chevalliers et escuyers ; et de l'aultre coslel , es faulxbourg des cordeliers , se logèrent le sieur de Montenay , conduiseur des gens du duc d'Allenchon , Pierre de Louvain , Robert 0>rungamf Cunningham ) , et grand nombre de francs archiers. Le siège clos de tous costés , les Franchois battirent fort la ville de canons , bombardes et autres ensrins , par l'espace de seize jours continuellement ; et tellement l'oppressèrent de mines et trenchis, qu'elle estoit preste à assaillir. Mais le roj de Franche avoit pitié de la destruction de la cité , et ne le volut consentir ; néanmoins sans leur congié ne sceu , et sans aucune ordonnance , d'ardeur que les gens de gnerre avoient de gaigner , ils assaillirent la cité deux fois en mesme jour ; et il y eustde I>elles armes faictesd'un costel et d'autre; et s y portèrent de tout costé très valliamment ; et en y eust des morts des deux lez , tant des traicts , comme des couleuvrines ; mais en la fin, les Franchois se retraierent sans rien faire , pour tant qu'ils ne l'assaillirent que d'ung costel, et sans ordonnance de leur capitaine ; et fust leur faute , car s'ils l'eussent assaillie par l'ordonnance des capitaines et de deux costels , sans faulte nulle elle euist esté prinse d'assault, D'icellui assault fust fort espouvanté le seigneur de Mathago , car il y enlt tués de valliants gens anglois,

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Età ceste cause parlementa icellui Mathago avecques le comte de Dunois et autres sieurs Franchois , et rendit la cité aux Franchois , et s'en alla à Chierbourg , lui , Jannequin Vacquier , et touts les autres Anglois qui soubs eux estoient , ung baston en leurs poings seulement , lesquels estoient nombres à neuf cents Anglois des plus valliants gens de guerre qui fuissent en Normandie de leur parti ; et issirent de la cité , par la porte du chastel. Les Franchois leur laissèrent à aucuns, pour l'honneur de la gentillesse , une partie de leurs chevaux , pour porter les damoîselles et aultres gentillesfemmes ; et avecques ce , leur feirent délibvrer des charettes pour porter aulcunes des plus notables femmes des Anglois, qui s'en alloient avecques leurs maris; lesquelles faisoient piteulx doeuil à veoir , car il partit d'icelle ville , de trois à quatre cents femmes , sans les enfants , dont il en y avoit grand nombre. Les unes portoient les petits berceaulx où estoient leurs enfants , sur leurs testes ; les autres portoient les petits enfants sur leur col ; les autres autrement, le mieux qu'elles pouvoient ; et en tel estât se partirent les Anglois et leurs femmes , qui estoit pitié à regarder.

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