CHAPITRE XLV
Dé Fetitrée du comte de Danois , comme lieutenant du roy.de Francliey en la ville et cite de Bàyonne.
Le satnedy onriesiïie jour dudit mois d'aoust, audit an cinquante et un , entrèrent les gens du roy en la ville de Bayonne ; ^t premièrement entra le comte de Foix, avecqùeslui le maistre d*hostel du roy , le seigneur de Lautrec , frère dudit comte ; le seigneur deNouailles, le seigneur de la Bessière et plusieurs autres. Et avoient avecques eux mille archiersque gouvernoitl'Espinace. Et après vindrent deux héraux du roy , et autres portants leurs costes d'armes. Et après messire Bertrand d'Espagne , sélieschal de Foix, armé tout au blancq, qui portoit la bannière du roy , monté sur ung coursier moult richement habillié; et avoit son cheval ungchanfrain garni d'or et de pierres précieuses , prisé à quinze mille escus , et grand nombre de gens après lui ; et sans intervalle venoîent six cents lanches à pied. Et de l'autre part, entra le comte de Danois, qui avoit debvant lui douze cents archiers et deux des héraux du roy , et autres portants diverses armes. Après venoit messii:e Jennet de Saveuses ,
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monté sur ung coursier porlaot Tune des bannières du roy ; et à ceste entrée feit le comte de Dunois , chevallier ledit Jennet, le sieur de Monlgujon, Jehan de Montmorencj, et le seigneur de la Boussey . Après ladite bannière entra le comte de Dunois , armé au blancq , et son c|jeval couvert de velours cramoisy; après, le sieur de Loheach, mareschal de Franche, le sieur d'Orval, plusieurs autres grands sieurs; et derrière eux six cents lanches. Ainsi allèrent jusques àla porte delà grande église, où estoit révesque revestu en .pontifical, chanoines et autres gens d'église revestus en cappes ; et les attendoient atout les reliques; et là descendirent les seigneurs à pied et allèrent faire leur dévotion dedans l'église, puis s'en allèrent en leurs logis. Et envoya le comte de Foix la couverture de son cheval , qui estoit de drap d'or , et prisée à quatre cents escus d'or , devant Nostre-Dame de Bayonne , pour faire des cappes. Le lendemain, les seigneurs allèrent entendre la messe en l'église, et après la messe prindrent les serments de ceux de la ville , en la présence du sieur d'Albreth, qui y estoit venu le samedy debvant. Et en icelle ville feurent commis maire messire Jehan Le Boursier, général de Franche, et messire Martin Gratien, lesquels demeurèrent pour gouverner la ville; et le lundy procliain , les dessusdits seigneurs avecques leurs gens s'en allèrent es pays à eux assignés pour vivre, Ettantost après, les ^^arons, chevalliers, nobles, bourgeois et geiisde toutsestats, du paysdeBourdelois, de Bayon-
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nois et ceux du pays d'environ allèrent à Tallebourg, devers le roy de Franche, pour confermer les articles et appoinctements passés par eux, et faire au roy les hommaiges de leurs seigneuries. Après lesquelles choses faictes au roy, le roy quicta àceuxde Bayonf e vingt mille escus, de quarante mille qu'ils debvoient payer ; après , chacun retourna en son lieu. Ainsy que dit est, fust réduite en la main du roy de Franche , toute la duchié de Guyenne et Normandie , et généralement tout le royaume de Franche, excepté la ville de Calais, que les Angloistenoient encoires.
CHVPITRE XLVT.
Gomment Femp^reur Frëdëricq espousa pour femme la (ille du roy de Portugal^ et du discord qui fust en Angleterre pour le gouyemement du royaume entre le duc d'Yorcket le duc de Sombreset; et de Tarnbassade du pape.
Audit temps , l'an cinquante et ung , fust Tempereur Frédéricq, duc d'Autriche, couronné et espousé à Rome, par le pape Nicolas, à la fille dii roy de Portugal , et y eut grande Teste et sollempnité , comme aux parties appartenoient bien ; et y après peu de temps, se parteit de Rome , et s'en retourna en Allemagne , et y mena sa femme ; et là feurent grandement et honorablement receus, selon les usages et stile du pays.
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En icelle ooesme année j y eut grandes discordes en Angleterre , entre les ducs d' Yorck et de Sombreset , pour le gouvernement du royaume. Et estoit le roy d'Angleterre pour le duc de Sombreset , lequel tenoit les champs avecques sa puissance , en belle bataille bien ordo;inée ; le duc d'Yorck pareillement les siens en bataille. Et feurent les ungs debvant les autres cuidants combattre ; mais les prélats, avecques ceux du pays, considérants les grands maux qui s'en polroient ensuivir , trouvèrent manière de traicter; et promeit le duc d'York non jamais faire assemblée ne armée contre son roy ; et ainsy se retraièrent chacun en son lieu.
En ic^Uuy temps, vint le cardinal d'Estouteville, avecques l'archevesque de Rouan devers le roy, comme légat du pape, et commis de par le pape Nicolas, lui requérir qu'il voulsist faire paix avecques le roy d'Angleterre : caria guerre qui estoit entre eux deux portoit grand préjudice à la foi catholique ; et plus se pouroit faire , se brief ne se faisoit l'accord entre les deux royaumes ; car touts les jours les Turcqs et Infidels entreprennoient et gagnoient pays sur les chrestiens. A quoy fust respondu par le roy, qu'il estoit prest d'y entendre en toutes bonnes voyes pour icelle paix trouver ; et encoires estoit prest avecques ce de s'employer sur les mescréants en tout ce qui lui seroit possible. Et cependant qu'icelluy cardinal estoit devers le roy , le pape, ayant la chose à cœur, envoya l'archevesque de Ra venue, qui estoit extraictdela famille desUrsins de Rome,
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devers le roy d* Angleterre ; lequel lui remonstra semblablement qu'il voulsist faire paix avecqués le roy de Franche, pour les raisons de vaut touchiées, et que la division polroit engendrer contempt (mépris) contre la chrestienneté, attendu que les Infidels conquéroient sur les marches de Hongrie et des Ailemaigne^ très fort. Auquel fust respondu pour le roy d'Angleterre, par ceux à ce commis , car icelluy roy n'estoit point des plus malicieux , et ne se mesloit comme peu du gouvernement du royaume, que quant les Anglois auroient autant conquesté du pays de Franche , que le roy de Franche avoit conquesté sur eux, il seroit temps de parler d'icelle matière. Et sur ceste response retourna ledit archevesque d'une part, et ledit cardinal d'autre, porter leur response au pape Nicolas; et autres choses par eux ne feurent faictes en ceste matière.
Fiir DU fUemier litre.