‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 153 sur 167 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Ba capitaine apostat et de petit lieu qui esment une partie de la commune d^ Angleterre contre les n«bles , et comment plusieurs princes et seigneurs feurentpar lui mis à mort et décapites ^ et en la fin comment il fust occis.

Ew l'an mil quatre cent cinquante , ung nommé Jean Cade , lequel estoit apostat , esmeut une partie de la commune de Treux ( Kent ) , et jusques au nombre de vingt mille combattants , desquels il fust fait capitaine; et ne sçavoit on bonnement d'où il estoit. Laquelle communauté , avec leur capitaine, allèrent tenir ung camp, ainsi que à dix mille près de Londres , qui font environ cinq lieues , allencontre desquels le roy d'Angleterre vuida de Londres pour les combattre ; mais quand il fust adverti que c'estoient

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gens populaires et meschants gens, il fust conseillé de ne les combattre, et j envoya le duc de Belingam (Buckingam) , pour leur dire que le roy leur mandoit que touts ses loyaux subjets vuidassenl du champ. Et incontinent que le cry fust fait , le ca pitaine respondit qu'il estoit l'ung d'iceux , et se partist ; et en allant , il rencontra messire Hamffroy StafPort, et Guillaume Staffort , son frère , lesquels il combattit et les tua. Ce faict, le roy retourna à Londres, et se bouta au chasteau de Wallingfort. Et après ce, alla ledit capitaine en la ville de Londres , et y entra franchement le quatrième jour de juillet. Il desrobba ung marchand appelle Philippe Malpas, et se logea la nuit hors de Londres, en la grande rue appelle Sortswerbe ; et le lendemain il entra à Londres , vestu d'une robbe de velour atout une espée en sa main ; feit tirer le sieur de Say hors de la tour de Londres , et le feit mener en la halle, où il fust incontinent jugé à mourir, et incontinent on lui trancha la teste en la principale rue de Londres, appellée Gepe (Gheapside); et la teste fust mise en une 1 anche, avecq la teste de son beau-frère et les autres qui feurent tués, comme dictest; et son corps fut mis en detrais à la queue de deux chevaux. Après ce , ralla ledict capitaine en squ logis , et là se tint le jour ensuivant , et fist décoller ung grand larron notomé Hol Bardin. Puis print conseil, icellui capitaine , comment il pourroit desrobber ceux de la ville de Londres* Duquel fourfaict ceux de Londres feurent

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advertis, Sy orJonnèrewt le sieur Destalles et Mathieu Goughe , capitaines , avecques grand nombre de gens pour les prendre subitement. De quoi icellui capitaine fust adverti , et feit guet autour de son hostel ; lecpiel guet cria alarmes à la venue du sieur Destalles et Mathieu Goughe. Et fust icellui sieur recuUé jusquesauplusprèsdumontquiest au plus près de Londres ; mais enfin , le sieur Destalles feit le capitaine recuUer jusques à l'autre pied du pont , et en ce faisant , Mathieu Goughe entra en une maison pour dormir, cuidant avoir recullé ses adversaires du tout ; mais ledit capitaine les reculla derechief comme debvant ; et comme ledit Mathieu eust ung peu dormi , il issit dehors, criant son enseigne , cuidant estre avecques ses gens ; et là fust tué par les gens du capitaine. Quant le capitaine veit que ceux de Londres estoient multipliés, il feit ardoir le pont qui j avalle, adfin que nul luy approchâst ; mais les archiers ne laissèrent à les assaillir toute la nuict, jusqu'au lendemain, que l'archevesque de Cantorbéry et rarchevesque d' Yorck feirent tant , que les gens du capitaine s'en rallèrent en leur pays ; et demoura le capitaine seul à privée maisnie (suite) et lors s'enffuit en la terre de Tanet ; mais ceux de Londres envoyèrent après pour Jie prendre. Et ainsi qu'il estoit assis au disner , un Gallois entra en la maison pour le prendre; lequel, sitost qu'il le veit, entra en ung jardin, auquel jardin ledit Gallois lui donna ung coulp dont il mourut ; et fttst son corps porté en la ville de

Londres, et la teste mise sur le pont de Londres. Et assez tost après, le roy Henry d'Angleterre print grande punition de touts les plus grands qui esloient avecques icelluy capitaine , et qui auroient esté consentants de faire ce qu'il avoit fait.

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