‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 2)Chapitre 8 sur 167 · I. Commande · texte numérisé non relu

I. Commande

XTuj DES MÉMOIRES

» évesquiés, que abbayes, que priorés conren- » tueux ; et n'y avoit nul preslat esleu par les col- » léges ou couvents. Plusieurs fils de princes on » faisoit archevesques ou évesques sans estre pres- » très, ettenoient abbayes en conimanderie. Et en » ce temps , le plus de gens d'église , les grands jus- » ques aux moindres Mendiants et autres, estoient » sy abandonnés et syoutrageux en orgueil, luxure » et convoitise , qu'on ne polroit plus dire : en ce » passoient oultre mesure toutes gens séculiers. »

Ailleurs reviennent les mêmes doléances : « Lors » c'estoit grande pitié que le péchié de luxure ré- » gnoit moult fort, et par espécial es princes et » gens marries; et estoit le plus gentil compagnon » qui plus de femmes scavoit tromper et avoir au » moment, qui plus luxurieux estcât; etmesmeré- » gnoit encore plus icellui péchié de luxure es près- » lats de l'Eglise et en touts gens d'Eglise. »

Il eût été raisonnable que ces ministres au ciel^ si enclins aux faiblesses de la terre , eussent montré pour les autres une indulgence dont ils avaient besoin eux-mêmes* Mais ils n'en étaient que plus ardents à la persécution. Les barbaries exercées contre les Vaudois le sont en vertu de sentences rendues par des juges ecclésiastiques. Des malheureux, à force de tortures ou de séductions, sont conduits à s'avouer coupal>les ou à désigner de nouvelles vic-

DE J. DU CLEICQ. xÀx

times. Ils se réiractent sur l'échaiauc} ; mais c^esl là un d^ caractères Se la sorcellerie : oq ne rournit pas de prenTes solides ^ mais elles sont inutiles ; les principaux témcHos sont des filles perdues, des gens infômes : il ne faut rien dédaigner quand il s'agit d'one sainte cause. Ici s'offrent trois sortes d'accusés : des citoyens riches qu'on vent dépouiller^ des magistrats incorruptibles dont on a à se Tenger, des miséraUes dont on arrachera de nouvelles accusations, et qu'on fera parler comme on le tronvera convenable. A la tête de cette horrible procédure paraissent plusieurs docteurs en théologie avec un Jacobin inquisiteur de la f<H. Cela contrarie l'opinion commune , d'après laquelle on s'imagine que l'inquisition était ignorée aux Pays-Bas avant la révolution du seizième âècle. Nous consignerons ici d'autres preuves du contraire. La première est tirée d'un ouvrage intitulé Excettente Chronique de Fiandre , impriméeen flamand, à Anvers, chez Guillaume Vorsterman , en i53i , in-folio. On y lit qu'il y avait, l'an i477? à Bruges, un dominicain nommé Eustache Leenwercke, cpii était inquisiteur de la foi catholique. Il admonesta un jour, en présence du peuple , un nommé Jean , qui avoit été clerc de la paroisse de Beyselare , près d'Ypres. Ce clerc fut condamné à une prison perpétuelle par des juges

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