CHAPITRE CXCI
Comment le roi de France envoya ces ambassadeurs à Mon texeau-Fa*t- Yonne , pour l'union de l'église, et comment ceux de Rouen. se rendirent Bourguignons.
En après , le roi Charles et son conqétpble envoyèrent leurs ambassadeurs à Montereau où faut Yonne l , c'est à savoir l'archevêque de Reims, les évêqnes de Paris , et de Clermont en Auvergne, Jean de Harcourt , comte d'Auraale ; messire Mansart d'Esne , et messire Regnault de Merqueques, chevaliers ; maître Guérard Marchet , le juge maître Jean de l'Olive , et autres , jusquesau nombre de seize notables personnes , pour être et convenir avec les, ambassadeurs , afin de traiter paix çptre icelles parties. Et furent envoyés de par ladite reine et le duc de Bourgogne , à Bray-surrSeine , c'est à savoir , l'archevêque de Sens , frère à messire Charles de Savoisy ; les évêques de Langres etd'Arras , messire Jean de la Trimouille , seigneur de Jonvelle ; le seigneur de Courcelles , messire Jacques de Courte-jambe, Coppinde Vielville, maître Pierre Cohen , depuis évêque de Beauvais ; Jean le
i . Où l'Yonne se jette dans la Seine.
Clerc depuis chancelier de France , Gilles de Clamecy , maître Thierry le Rai , Jean le Mercier , Jacques Bran] art, et maître fiaude des Bordes, lesquels ambassadeurs dessusdits avoient chacun , de sou adverse partie , bon et sûr sauf-conduit.
Et eux venus aux villes dr ssusdites , c'est à savoir à Montereau et Bray , avisèrent d'un commun accord de convenir ensemble , et à certains jours nommés , en un village nommé la Tombe , qui étoit à mi-voie des deux villes. Auquel lieu fut ordonné , pour la sûreté des deux parties , ayant certain nombre de gens d'armes , le seigneur de la Trimouille. Et dura cette ambassade par l'espace de deux mois ou environ , souvent les deux parties ayant recours devers leurs seigneurs , envoyant les réponses de leur adverse partie , chacun en droit soi , sur l'espérance de mener la besogne à bonne conclusion.
Et adonc, en ces mêmes temps, fut mise l'union par toute l'universelle église. Car, après que pape Martin fut pontifié , il fit mettre hors de prison le pape Jean , lequel se mit du tout en sa merci et
obéissance , et ledit pape Martin le reçut à ce bé-
nignement , et le fit cardinal *■ , mais il mourut
dedans brefs jours ensuivant.
En outre , çn ces propres jours , les bourgeois et
citoyens de là ville de Rouen , qui moult étoient
i. Il fut fait doyen des cardinaux.
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favorables au duc de Bourgogne , mandèrent secrètement aucuns capitaines tenants son parti ; lesquels, avec foison de gens d'armes , ils boutèrent dedans leur ville , c'est à savoir messire Guy 1^ Bouteillier , et Lagnon , bâtard d'Ailly. Et quand, ils furent dedans, à l'aide des dessusdits citoyens r allèrent assaillir très puissamment la forteresse , que tenoient les gens du roi contre ladite ville ; et en ce tant continuèrent , que ceux de dedans la. rendirent, par si qu'ils s'en allèrent sauvement; et fut ledit messire Guy le Bouteillier constitué capitaine. Auquel assaut se porta très vaillamment icelui Lagnon d'Ailly, et tant qu'il en acquit la
nommée et bienveillance de tous les bourgeois et manants d'icelle ville. Pour laquelle besogne ainsi achevée , le roi de France et ceux qui le gouvernoient furent très mal contents; et pour vrai, alors, en là plus grand' partie du royaume de France , y avoit guerre et division ; et par ce moyen étoient les églises et le pauvre peuple moult désolés ; et aussi n 9 y étoit justice aucunement obéie.
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