CHAPITRE CXCVIIL
Comment les nouvelles de toutes les besognes avenues à Paris forent portées au duc de Bourgogne, qui y mena la reine ; et la mort de Jean Bertrand.
Durant le temps des besognes dessusdites , ies nouvelles de la prise de Paris , et aussi de la réduction des aulres villes et forteresses , furent portées au duc de Bourgogne , qui étoit en sa ville de Dijon. Lequel, de ce très joyeux, hâtivement, atout (avec) ce qu'il put finer de gens , alla à Troyes devers la reine. Auquel lieu de Troyes il fut moult joyeusement reçu , et tantôt fit préparer l'état de ladite reine pour l'amener à Paris; et manda gens de toutes parts pour l'accompagner. Et aussi messire Jean de Fosseux , messire Jean de Luxembourg et plusieurs autres capitaines de Picardie, atout (avec) mille combattants ou environ , allèrent au-devant de lui jusquesà Troyes. Auquel lieu de Troyçs vinrent nouvelles audit duc de la mort du comte d'Armagnac et d'autres prisonniers morts à Paris, dont grandement fut courroucé; car, par le moyen d'iceux et par leur délivrance , avoil em-
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pensé de ravoir le dauphin et toutes les places que tenoit le comte d'Armagnac et ses gens. Toulefois , le second jour du mois de juillet , se partirent la reine et le duc de Bourgogne , de Troyes , pour aller à Paris en moultgrand' ordonnance; et faisoient messire Jean de Luxembourg et les Picards l'avantgarde; et ledit duc, atout (avec) sa bataille, conduisoit la reine; et allèrent le chemin de Nogentsur-Seine et de Provins.
Finalement, le quatorzième jour dudit mois de juillet, ils entrèrent dedans Paris en moult grand' quantité, tous armés, étendard déployé, et par belle ordonnance. Et étoient allés au-devant de la reine et du duc , bien six cents bourgeois de Paris , vêtus de cottes bleues, ayant la croix Saint-Andrieu des- • sus, au lieu de la bande qu'ils avoienl portée par long* temps. Et baillèrent audit duc de Bourgogne et à son neveu , le jeune comte deSaint-Pol , deux robes de bleu velours , lesquelles ils vêtirent , et entrèrent par la porte Saint-Antoine.
A l'entrée desquels fut menée dedans Paris moult grand' joie pour la venue d'iceux , et crioit-on : Noël ! par tous les carrefours, à hautes voix ; et des hautes fenêtres, en plusieurs lieux , on jetoit sur le cbarriot de la reine et sur les seigneurs, fleurs en grand 9 abondance. Et ainsi le duc de Bourgogne mena la reine jusques à l'hôtel de Saint-Pol , où émit le roi , qui à elle et audit duc de Bourgogne fit joyeuse réception. Et brefs jours ensuivant, forent en icelle ville tenus plusieurs grands con-
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seils, tant par icelui duc , comme par autres seigneurs, sur Je régime et autres affaires du royaume.
Après la fin desquels conseils furent constitués, en la faveur dudit duc de Bourgogne, plusieurs nouveaux officiers de par le roi ; c'est à savoir, les seigneurs de l'IIe-Adam et de Chastellus , furent faits tous deux maréchaux de France ; messire Robinet de Mailly fut fait grand panetier ; et messire Charles de Lens , fut commis amiral de France, jà-soit-ce que par avant en eûl eu le don du roi messire Jennet de Poix , et se nomina amiral certaine espace ; maître Eustache de Lactre fut fait chancelier de France; et maître Philippe de Morvilliers, premier président en parlement ; et lé duc de Bourgogne fut capitaine de Paris , et j commit son lieutenant messire Charles de Lens. Et aussi, comme dit est , lors eut audit lieu dé Paris plusieurs besognes remuées, tan ides offices de France cormfte d'autres choses , desquelles le roi étoit content; et accordoit toutes requêtes à lui faites par cenx de tjui il étoit administré.
Esquels jours, par le commandement de messire Jean de Luxembourg, comme il fut commune renommée, fut misa mort à la Chapelle, entré Paris et Saint-Denis, un nommé Jean Bertrand, Capitaine dudit Sainî-Denis, lequel âvoït été un des meneurs de compagnies avec messire Gàstelinas , Jean deGingin et Jean deClau, etétoient bouchers. Pour la mort duquel les Parisiens furent très mal contents; et pour" trouver et punir ceux qui la-
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voient misa mort, saillirent hors de leur ville eu grand nombre ; mais ils ne furent pas trouvés ; car hâtivement s'éloient misa sauveté. Si en firent grand* plainte au duc de Bourgogne . lequel de- . manda au dessusdit de Luxembourg , s'il a voit fait faire cette œuvre, et il répondit que non : toutefois il demeura morl. Et comme il fut informé, les principaux facteurs de cette besogne , furent Lyonnet de Vendôme, le bâtard de Roubaix , et autres leurs complices , jusques au nombre de douze compagnons , mauvais garçons.