‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 40 sur 107 · CHAPITRE CCXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXVI

Comment le roi Henri d'Angleterre ne fut pas bien content de la paix dessusdite; de la prise de Pontoise par les Anglois sur le seigueur de l'Ile Adam , et ce qu'il en advint.

Or convient retourner à parler du roi Henri d'Angleterre , lequel, quand il ouït nouvelles de la paix et alliance qu'avoient faites ensemble le duc de Touraine, dauphin, et le duc de Bourgogne, contre

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lui, ne fut pas de ce bien joyeux , et non sans cause ; car bien lui sembla, et c'étoit vérité, que plus forts seroient à être tous deux ensemble, que quand ils étoient divisés. Néanmoins il se conclut et délibéra de mener à fin sa querelle et entreprise à Tencontre de tous ceux qui nuire le voudraient. Et jeta son imagination et avis , que trop bon et profitable seroit a lui la ville de Pontoise s'il la ponvoit avoir. Et sur ce manda aucuns de ses pins féables capitaines , et aussi de ceux qui a voient été dedans icelle ville, durant les ambassades dont dessus est faite mention ; si leur déclara sa volonté, et ils firent réponse qu'en toutes autres choses qu'il lui plairoit à eux commander, étoient prêts d'eux employer sans épargner leur corps , quelque péril , peine et travail qu'ils y dussent avoir. Et sur ce lut ordonné par le roi ceux qui de cette besogne auroient la charge. Et finablement vinrent le derrain ( dernier) jour de juillet, entre le point du jour et soleil levant , à une des portes de ladite ville de Pontoise, et pou voient être environ trois mille combattants; laquelle porte n'étoit pas encore ouverte; et tantôt les aucuns, par échelles qu'ils avoient , commencèrent à monter amont sans être aperçus du guet ; et de fait ouvrirent icelle porte, par laquelle incontinent entrèrent dedans à grand' puissance, en criant hautement, Saint- George ! ville gagnée !

Auquel cri fut tantôt la ville tout émue, et le sire de l'Ile Adam éveillé ; lequel, sans délai, tout

armé , avec aucuns de ses gens monta à cheval , et alla voir où étoit ledit effroi avec aucuns de ses gens; mais quand il aperçut lesdits Anglois dedans la ville en si grand nombre, s'enretournabâtivement, et fit prendre pa finance et ses bagues , atout ( avec ) lesquelles éveillant plusieurs bourgeois, alla vers la porte de Paris, qui étoit encore fermée, et la fit rompre et ouvrir. Et puis en sa compagnie, bien dix mille personnes delà ville, tout désolés et déconfortés se partirent, allant vers Paris; desquels v avoit plusieurs emportant de leurs meilleurs biens, et par espécial , or, argent, vaisselle et joyaux , dont l'une des parties allant vers Beau vais furent détroussés et leurs bagues ôtéesde Jean de Guigny et Jean du Clau.

En outre, lesdits Anglois, sans trouver quelque résistance, prirent et gagnèrent ladite ville, dedans laquelle ils firent maux innumérables comme en ville conquise, et gagnèrent grands finances; car elle étoit remplie de tous biens ; et fut le principal eonduiseur des Anglois faisant cette entreprise, le Captai de Buch , frère au comte de Foix\

Pour laquelle ville ainsi prise, les pays de France , et par espécial vers Paris , furent moult

1. Gaston , second fils d'Arc hambaut , comte de Foix. Ll reçut des Anglois le comté de Longueville et celui de Benange. Son fils, Jeau de Foix, épousa une nièce de Williams de la Pôle , duc de Suffolk , et devint comte de Ken- <lal. Le père et le fils furent chevaliers de la Jarretière*

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décon fortes , et se dépeuplèrent les villages d'enlour dudit lieu de Paris , et en l'Ile de France très fort. Et quand les nouvelles en ce même jour vinrent à Saint-Denis 011 étoit le roi de France et le duc de Bourgogne , et tout leur état , assez tôt se départirent , et par Provins s'en allèrent à Troyes, ensemble la reine, madame Catherine, el moult d'autres seigneurs , laissant à Paris pour icelleonf tretenir le comte de Saint-Pol et maître Eustachedè Lactre , chancelier de France , et ledit seigneur de l'Ile Adam , maréchal de France, qui, au plus bref qu'il put , rassembla certain nombre de gens d'armes , atout (avec) lesquels il se mit en garnison dedans la ville deBeauvaîs, pour tenir frontière et résister aux entreprises que faisoient chacun jour les Anglois dessusdits. Toutefois icelui seigneur de File Adam fut moult déparlé et blâmé, poorce qu'ainsi négligemment» par faute de guet , îlavoit laissé perdre ladite ville de Pon toise; et par espécial les gouverneurs du dauphin en furent très mal contents.

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