‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 45 sur 107 · CHAPITRE CCXXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXXL

Copie des lettres envoyées par le dauphin en plusieurs bonnes villes du royaume , après la mort du duc Jean de Bourgogne.

Le lundi onzième jour de septembre , après ce que le duc de Touraine, dauphin, eut tenu , dedans la ville de Montereau grand conseil sur ses affaires ; afin qu'il ne fût noté d'avoir rompu ladite paix, et aussi qu'on ne le tenît (tînt) pour parjure , fit écrire plusieurs lettres , lesquelles il envoya à Paris, Reims, Châlons et autres bonnes villes du royaume ; desquelles la copie de celles qui furent envoyées à Paris s'ensuit.

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« Chers et bien aimés , nous tenons qu'assez avez eu la connoissance comment naguères nous convînmes avec le duc de Bourgogne, au lieu de Pouilly, après ce que nous lui eûmes accordé toutes les choses qu'il nous requit en faveur du bien de la paix , et pour esche ver ( éviter) la perdition de la seigneurie de monseigneur et de nous , et qu'entre les autres choses il nous promit , par la foi et serment de son corps , dedans un mois faire guerreaux Anglois , anciens ennemis de monseigneur et de nous , et en ce faisant il eût été accordé par entre nous deux d'ensemble convenir derechef à besogner et pourvoir aux besognes de ce royaume , et contre les ennemis dessusdits ; pour laquelle cause nous vînmes en cette ville de Montereau , et en icelle attendîmes dix-huit jours la venue dudit duc de Bourgogne , auquel fîmes bailler le châtel de celte ville de Montereau , en nous délogeant d'icelui.

» Et après ce que nous convînmes avec lui en la manière qu'il demanda, nous lui remontrâmes amiablement comment, nonobstant ladite paix et sesdites promesses , il ne faisoit niavoit fait aucune guerre auxdits Anglois , et avec ce n'avoit fait issir les garnisons qu'il tenoit , comme il avoit été traité et promis par ledit de Bourgogne; desquelles choses nous le requîmes. Lequel de Bourgogne nous répondit plusieurs folles paroles , et chercha son épée à nous envahir et villener (avilir) en notre personne. Laquelle, comme après nous avons su,

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il conlendoit à prétendre , et mettre en sa sujétion. De laquelle chose , par divine pitié , et par la bonté et aide de nos loyaux serviteurs , nous avons été préservés ; et il , par sa folie , mourut en la place, » Les choses dessusdites nous vous signifions , comme à ceux qui auront grand' joie , comme nous sommes certains, qu'en telle manière de tel péril nous avons été préservés. Et vous prions et néanmoins vous mandons sur toute bonne loyauté que toujours avez eue à mondit seigneur et à nous, que pour quelque chose qu'il advienne , vous ne laissiez que ne fassiez bonne résistance auxdits ennemis de monseigneur et de nous , et vous préparez à faire toute guerre. Et soyez certains que nous vous secourrons et aiderons et conforterons avec toute notre puissance, laquelle, par la grâce de Dieu, est bonne et grande. Et voulons que toutes choses advenues soient pardonnées , et que pour icelles à nul ne soit fait dommage ou déplaisance ; mais l'abolit ion faite par mondit seigneur nous garderons de point en point , et ladite paix. Et ce vous promettons en bonne foi , et en paroles de fils de roi.

» Et sur ce envoyons nos lettres-patentes au prévôt des marchands , des échevins et bourgeois de Paris , à icelles signifier à vous et aux autres, et à publier où il appartiendra; et de ce donnerons telles sûretés comme il voudra ; et entretiendrons au duc de Borgogne et à ses serviteurs , et à tous autres qui ont tenu son parti, paix, comme elle fut

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concordée et publiée, sans icelle enfreindre en aucune manière, désirant tenir tous les sujets de mondit seigneur et les nôtres , à résister en bonne paix auxdits ennemis. Et à ce est notre intention à nous employer en notre personne ; et voulons que les choses dessusdites fassiez publier es villes et places autour de vos marches , et que semblablement icelles choses vous assuriez de par nous.

» Chers et bien aimés , Notre-Seigneur vous ait en sa sainte garde.

» Ecrit à Montereau , où faut Yonne , le onzième jour de septembre.

» Ainsi signé Charles Champion.»

Au dos étoit écrit : « A nos très chers et bien aimés les bourgeois , clergé , manants et habitants de Paris. »

Auxquelles lettres , par espécial es villes qui lenoient le parti du roi et du duc de Bourgogne , ne fut par eux rendue aucune réponse. Et pareillement messireClignet de Brabant, qui se tenoit à Vitry , écrivit à plusieurs bonnes villes pour les attraire du parti du dauphin ; mais quand il vit qu'ils ne lui répondirent pas à son plaisir , il commença à leur faire très forte guerre.

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