‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 47 sur 107 · CHAPITRE CCXX1II · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXX1II

Comment le dessusdit dauphin se partit de Montereau; de la délivrance de ceux qui avoient été en la compagnie du duc de Bourgogne , et autres matières.

En ces propres jours, après que le dessusdit dauphin eut constitué messire Pierre de Guitry capitaine de Montereau , lequel de Guitry avoit été présent quand le duc de Bourgogne fut mis à morl, se départit de là atout (avec) ses gens, et envoya tous les prisonniers dessusdits , la dame de Giac , et Philippe Jossequin, à Bourges en Berri. Lesquels,

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prisonniers firent serment audit dauphin de le servir et tenir son parti , fors Charles de Bourbon , par dessus nommé , et messire Pierre de Giac. Et quant aux autres, jà-soit-ce qu'ils fussent par plusieurs fois requis d'icelui dauphin et de ceux de son conseil , qu'ils voulsissent demeurer avec lui et faire ledit serment , et que grands biens et honneurs leur fussent offerts à être faits, néanmoins, oncques ne s'y voulurent consentir j ainçois (mais) firent réponse à toutes lesdites requêtes , que mieux aimoientde mouriren prison ou autrement, comme il plairoit au dauphin , que de faire chose qui à eux et à leurs successeurs pût être réprouvée à mal/ Et pour tant , voyant leur volonté , et que autre chose on n'en pou voit avoir, furent depuis tous misàdélivrance, moyennant certaine grand' somme de pécune , qu'ils payèrent pour leur rançon , excepté ledit messire Charles de Lens , amiral , qu'ils firent mourir; et ne retourna pas.

En outre, le dessusdit dauphin venu en la ville de Bourges , comme dit est , manda gens d'armes de toutes parts à venir par-devers lui , atout (avec) lesquels il alla en Anjou , et eut parlement avecque le duc de Bretagne, lequel consentit qu'une partie des nobles de son pays servissent ledit dauphin. Et avecque ce lui vint grand' aide d'Ecossois , qu'il envoya et fit conduire sur la rivière de Loire ; et de là alla à Poitiers, puis en Auvergne; et en Languedoc, par tout assembler gens , et faire alliance , sur intention de résister contre tous ceux

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qui grever ou nuire lui voudroient. Et par toutes les bonnes villes tenant son parti, faisoit prononcer que ce qu'il avoit fait contre le duc de Bourgogne, éloit et avoit été en bonne et juste querelle, en remontrant plusieurs titres , qui à ce faire l'a voient mu pour sa justification ; lesquels seroient trop longs à raconter.

Et entre-temps, le roi de France, la reine et ceux de leur conseil, qui avoient su les nouvelles de toutes les matières dessusdites , en étoient très déplaisants; el afin d'y pourvoir, furent envoyés mandements royaux en diverses parties du royaume où le roi dessusdit étoit obéi, contenant la mort du duc de Bourgogne , et la déloyauté des faiteurs; mandant et défendant auxgouverneursd'icelles, sur tant qu'ils se pou voient méfaire, qu'au dauphin ni à ceux de son parti ne baillassent conseil , confort et aide ni faveur , mais se préparassent à toute diligence d'y résister ; et à ce faire et poursuivir la réparation du royaume , ils auroient bien bref bonne aide.

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