CHAPITRE CCXXV
Comment le duc Philippe de Bourgogne fit faire un service à Saint- Vaastd'Arras , pour feutle duc Jean son père : et plusieurs autres matières suivant après.
Le treizième jour dudit mois d'octobre, fit ledit duc de Bourgogne faire un service en l'église Sain t- Vaast d'Arras , pour le salut de l'âme du duc Jean son père. Auquel service furent les évêques d'Amiens , de Cambrai , de Therouenne , de Tournai et d'Arras , avec plusieurs abbés de Flandre , d'Artois et des pays à l'en viron; etétoienten tout vingtquatre crosses. Et faisoient le deuil avec ledit duc , messire Jean de Luxembourg et messire Jacques de Harcourt ; et dit la messe l'évêque d'Amiens. Durant laquelle messe prêcha frère Pierre Floure , docteur en théologie , de l'ordre des frères prêcheurs , inquisiteur de la foi en la province de Reims. Lequel prêcheur en sondit prêchement, désenhortoit ledit duc, tant qu'il pouvoit, qu'il ne prensît ( prît ) vengeance de la mort de son père , en lui remontrant qu'il requît à justice réparation à lui être faite , disant que si justice n'étoit assez forte , qu'il la devoit aider , et non par sa puissance
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prendre vengeance , laquelle appartient à Dieu tant seulement ; pour lequel propos et désenhortement, aucuns nobles là étant avec ledit duc , ne furent pas bien contents dudit prêcheur.
Après lequel service fait , vinren t audit lieu d'Arras , devers icelui duc , sire Jean de Sens , chevalier , docteur en lois et chancelier de feu le duc Jean , messire Andrieu de Valines , maître Jean . d'Orles , avocat en parlement , Jean de Chaumes» nil,*et aucuns autres bourgeois , tous ensemble envoyés de par le comte de Saint-Pol et les Parisiens , devers ledit Philippe , pour savoir ce qu'il avoit volonté de faire. Auxquels ; après que joyeusement de lui et de ceux de son conseil eurent été reçus, fut dit qu'en dedans brefs jours ledit duc feroit traité et alliance avecque ledit roi d'Angleterre , par le consentement du roi de France ; et avecque ce, de toute sa puissance , poursuivroit vengeance et réparation de la cruelle mort de son père.
Après lesquelles réponses et autres conclusions prises avec eux , s'en retournèrent à Paris pour reporter les nouvelles et entretenir les Parisiens , et autres villes sur les marches de l'Ile-de-France , en bonne obéissance. Et ce fait , ledit duc de Bourgogne rassembla plusieurs notables seigueurs des plus féables de ses pays , tant d'église comme séculiers, avecque lesquels tint plusieurs détroits conseils , pour savoir comment il se avoit à conduire et gouverner selon les grands affaires qui lui étoienU survenues , et par espécial de la mort de son père.
Si furent de diverses opinions ; mais fînablement , selon le conseil de la plus grand' partie , fut conclu et délibéré pour le mieux , par la licence , autorité et congé du roi de France , que il s'alliât au roi d'Angleterre , comme dit est dessus. Et sur ce furent bref ensuivant envoyés ses ambassadeurs derechef à Rouen , devers ledit roi ; c'est à savoir l'évêque d'Arras , messire Athis de Brimen , messire Roland de Hulekerk et aucuns autres. Lesquels là venus atout (avec) la charge qu'ils avoient, furent bénignement reçus par le roi dessusdit . et aussi par ses princes ; car moult désiroit d'avoir alliance avec ledit duc de Bourgogne , pour ce qu'il savoit que par ses moyens pourroit avoir dame Catherine, fille du roi de France, mieux que par nul autre, laquelle lui étoit moult agréable. Et pourtant quand lesdits ambassadeurs eurent montré les causes et articles pourquoi ils étoient envoyés , en fut icelui en partie assez content , et leur fit réponse que dedans bref temps il envoieroit ses gens devers leur seigneur et maître , qui seroient chargés de ce qu'il auroit intention de faire. Après laquelle réponse s'en retournèrent les dessusdits à Arras.
Environ la Saint- Andrieu ensuivant , vinrent les ambassadeurs dudit roi d'Angleterre devers ledit duc , audit lieu d'Arras ; c'est à savoir l'évêque de Rochestre , les comtes de Warwick et de Kent , avec plusieurs autres chevaliers et écuyers ; lequel duc leur fit très honorable réception ; et après ce , montrèrent aucuns articles de parle roi, contenant
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les traités, tels qu'il les vouloit avoir , avecque Charles roi de France , et ledit duc de Bourgogne, sur lesquels furent baillés pareillement certains autres articles , de par ledit duc de Bourgogne, es quels étoit contenue et déclarée grand* partie de sa volonté.
Finablement, tant envoyèrent lesdits roi d'An- . gleterreet duc de Bourgogne l'un devers l'autre, qu'ils vinrent à conclusion d'avoir bon appointeraient ensemble , au cas que le roi de France et son conseil en seroient contents. Lequel roi de France et la reine sa femme , et dame Catherine , leur fille, pour lors étant à Troyes en Champagne , étoient gouvernés et conduits de plusieurs qoi étoient à la posté ( pouvoir ) et tenant la partie dudit duc de Bourgogne. Sur lesquels traités et appointements ainsi encommencés , fut ordonné que les gens des deux partis ne feroient point guerre nullement l'un contre l'autre ; c'est à savoir les gens du roi de France et du duc de Bourgogne , aux Ànglois , ni les Anglois aussi à eux ; et furent les trêves de rechef reconfirmées. Et si fut apointé que ledit roi d'Angleterre envoieroit ses ambassadeurs en la compagnie d'icelui duc de Bourgogne , audit lien de Troyes en Champagne, devers le roi de France, pour au surplus parconclure des dessusdits appointements; lequel duc avoit intention d'y aller bref ensuivant.
Après lesquelles besognes , et qu'iceux ambassadeurs eurent été grandement festoyés et moult
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honorés dedans la ville d'Arras , parle duc de Bourgogne et ceux de son conseil , s'en retournèrent à Rouen devers leur roi.
Durant lesquels traités et besognes dessusdites, messire Jacques de Harcourt se montroit en toutes manières bienveillant de la partie du dessusdit duc de Bourgogne ; et étoit des premiers appelé à tous ses plus privés conseils ; et aussilni faisoit ledit duc grand honneur et révérence , autant qu'à nul autre de sa cour ; et l'aimoit moult cordialement ; car depuis la mort du duc Jean son père , avoit fait serment de le servir en toutes ses affaires. Lequel messire Jacques , pour ce temps , faisoit grandement réparer , fortifier et pourvoir de vivres , ha* billements de guerre , et autres choses nécessaires , la ville et forteresse du Crotoy , dont il avoit le gouvernement de par le roi.