CHAPITRE CCLIX
Comment le roi d'Angleterre conquit Dreux et poursuivit le dauphin , et puis assiégea Meaux en Brie; et autres matières.
Oft convient parler de l'état et gouvernement du roi Henri d'Angleterre , lequel , après que le duc de Bourgogne l'eut laissé à Mantes, comme dit est par avant , se partit de là à toute sa puissance , qui étoit grande, car chacun jour lui venoient gens nouveaux de Normandie et de Paris. El s'en alla devant Dreux, aj5t»ès que le dauphin eut levé son siège de Chartres ; laquelle ville de Dreux il assiégea tout à l'environ ; mais ceux de dedans , bref ensuivant , firent traité avec lui , et lui promirent de rendre ladite ville , le vingtième jour d'août , au cas qu'ils ne seroient combattus du dauphin leur seigneur, au jour dessusdit. Et sur ce baillèrent bons otages. Et pour tant qu'icelui dauphin ne comparut point à icelle journée, eut le dessusdit roi l'obéissance de ladite ville de Dreux , laquelle il garnit puissamment de ses Anglois, après que
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les Dauphinois furent partis de là bien huit cents atout leurs bagues, et aussi qu'ils eurent Fait serment d'eux point armer un an entier conlre lui, ni ses alliés. Et ce lait et achevé, se partit le dessusdit roi de là, et s'en alla vers la rivière de Loire, pour poursuivir le dauphin , lequel il avoit grand désir de trouver avec sa puissance pour le combattre , et lui venger de la mort de son frère, le duc de Clarence, et autres de ses gens déconfits à Baugj. Et en son chemin , mit à l'obéissance du roi de France et de lui Beaugency-sur-Loire , et aucunes autres forteresses. >
Et après, voyant que ledit dauphin ne l'altendoit pas à bataille, retourna par le pays de Beausse; auquel trouva en son chemin , de cinquante à soixante hommes d'armes dauphinois, montés sur très âpres chevaux. Et avoient plusieurs fois côtoyé et épié son ost ; mais soudainement il les fit chasser par aucuns de ses gens très bien montés; et iceux, en fuyant , se retrahirent en un «fchâtel en Beausse, nommé Rougemont. El là les fît le roi des susdit assaillir assez bien et roidement par ses gens ; lesquels, en assez bref terme, prirent ledit cbâtel , et tous ceux qui étoient dedans , sans perte de leur* gens, sinon d'un seul homme. Pour lequel danger, le roi les fit noyer en la rivière de Loire, et de là s'en alla mettre le siège devant Ville-Neuvelé-Roi. Laquelle lui fut assez tôt rendue par les Dauphinois , lesquels se départirent atout leurs biens , et le roi Henri y mit garnison de ses gens;
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et puis , à l'issue du mois de septembre > vint loger de sa personne à Lagny-sur-Marne , et ses gens se logèrent en la plus grand* partie des villages à l'environ. Auquel lieu de Lagny fit icelui roi charpenteret habiller plusieurs engins et instruments nécessaires à mettre siège, pour mènera Meaux en Brie ; et si envoya le duc d'Excestre ( Exeter ), son oncle, atout quatre mille combattants, très hâtivement loger es faubourgs de ladite ville de Meaux, afin que ceux de dedans n'y boulassent les feux. Et après que le roi dessusdit eut apprêté toutes ses besognes en ladite ville de Lagny, se partit de là à toute sa puissance, où il avoit bien vingt mille combattants. Et le sixième jour d'octobre, se logea tout à l'en viron de la ville et marché de Meaux; et brefs jours ensuivant, fit fermer son osl de haies et de fossés, afin que de ses ennemis ne pût être surpris ; et avec ce , fit dresser plusieurs engins contre les portes et murailles de la ville , pour l'abattre et démolir ; et en ce , par grand' diligence , fit continuer. Dedans laquelle ville et marché étoient , pour le dauphin , le bâtard de Vaulru , général capitaine de toute la place , Denis de Vaulru , son frère, Pierron deLuppel, GuicharddeChisay , messire Philippe Mallet , rnessire Louis Gast , le Borgne de Caucun , Jean d'Àunay , Tromagon, Bernard de Méreville , Philippe de Gamache , et autres, jusques à mille combattants , gens élus et éprouvés en armes, sans les bourgeois et communautés. Si commencèrent à résister très vaillam-
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ment aux assauts et entreprises dudil roi d'Angleterre, et en ce continuèrent par longue espace de temps, comme vous verrez ci-après.
Lesquels jours aussi fut ordonné à Paris, parle conseil royal , que les florettes , qui avoient cours pour quatre deniers, seroient remises à deux; et Técu d'or , qui avoit couru pour dix-neuf sols, fut mis a dix-huit sous parisis. Pour lesquelles mutations en ensuivant , telles dont dessus est faite mention, furent moult de gens troublés , voyants que leurs chevances , qu'ils avoient es monnoies dessusdites, étoient diminuées la huitième partie. Et pour avoir provision d'autre mon noie nouvelle , qui fût de valeur, furent forgés sains d'or, qui eurent cours pour vingt-cinq sous tournois la pièce; et y avoit en iceux deux écus , l'un de France et l'autre d'Angleterre. Et au regard de la blanchemonnoie, on forgea doubles, quieurent cours pour deux deniers tournois ; et enfin , en commun langage, furent nommés niquets ; et furent en règne environ trois ans tant seulement.
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