‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 87 sur 107 · CHAPITRE CCLXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXI

Comment ledit duc de Bourgogne 6t grand* assemblée de gens d'armes pour aller en Bourgogne ; et plusieurs autres matières advenues en ce temps.

En après, durant le temps dessusdit, tant par le mandement du duc Philippe de Bourgogne comme par l'ordonnance de la duchesse sa mère, douaigière , s'assemblèrent en armes en très grand nombre les seigneurs de Bourgogne , pour venir quérir ledit duc es pays de Picardie, et le mener devers elle au pays de Bourgogne , où elle étoit pour avoir avis et conclusion sur leurs affaires et besognes qui étoient moult grands. Et eux assemblés , jusques à six mille chevaux , se mirent à chemin , sous la conduite du prince d'Orange , des seigneurs de Saint-Gebrge et de Château- Vilain , demessire Jean Cotte-Brune, maréchal de Bourgogne , el autres seigneurs et capitaines ; et s'en vinrent, en traversant pays par la Champagne , jusques emprès Lille en Flandre, où ils laissèrent es villages leurs gens dessusdits , et allèrent lesdits seigneurs devers le duc, audit lieu de Lille, qui les reçut joyeusement. Et pour ce qu'il n'éloitpas encore prêt, fut requis à aucuns des capitaines dessusdits, par messire Jean de Luxembourg, qu'ils

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allassent avec lui pour combattre et assaillir les seigneurs de Moy et de Chin , lesquels te noient la partie du Dauphin, et travailloient et dégâtoient raoult fort le pays dudit de Luxembourg et de sa belle-fille , comtesse de Marie. Laquelle requête par iceux leur fut accordée et oclroyée, et s'en allèrent ensemble avec lui , qui avoit assemblé environ huit cents combattants ; et enfin se logèrent vers Saint-Quentin, en Vermandois, et là passèrent outre. Mais quand ils vinrent assez près de Moy , où se tenoitle dessusdit chevalier par coutume, il leur fut rapporté qu'il s'étoit parti de sondilchâtel, et l'avoit laissé très bien garni de gens de guerre, vivres et habillements, et avoit ars et mis en flammes sa basse-cour, et plusieurs autres ^maisons de sa ville. Etadonc lesdits Bourguignons, doutants que ledit châtel ne pût être pris sinon par long siège et grand dommage de leurs gens , conclurent l'un avec l'autre , nonobstant la prière dudit de Luxembourg , d'eux en retourner vers Douai et Lille , en conduisant ledit duc de Bourgogne. Et en venant , séjournant , et retournant , firent de très grands mauxet oppressions es pays où ils passèrent, dont plusieurs plaintes et clameurs se firent audit duc, tant par les gens d'église, comme autres, et par espécial du pays de Picardie , auxquels toutefois , il fit faire réponse que bref il les remande roi t en leur pays de Bourgogne, elles délivrèrent des oppressions dessusdites. Et messire Jean de Luxembourg, triste et courroucé du retour des

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dessusdits , donna congé aux dessusdits , et après s'en retourna à son hôtel de Beau -Revoir.

En après , le seizième jour de décembre , le duc de Bourgogne vinl , et la duchesse, sa femme, en la ville d'Arras , le comte Philippe de Saint-Pol avec eux , et très grand' chevalerie. Et bref ensuivant y vint messire Jean de Luxembourg. Et les capitaines des dessusdits Bourguignons ; et au troisième jour alla ledit duc à Douai , pour voir sa tante la comtesse deHainaut , laquelle il mena atout son état à Arras , où elle fut reçue très honorablement par la duchesse de Bourgogne et autres dames et damoiselles, et aussi de tous les seigneurs là étant ; et y séjourna trois ou quatre jours, durant lesquels fut faite audit lieu d'Arras moult joyeuse chère à ladite comtesse. Et après qu'elle eût eu parlement et conclu avec ledit duc de Bourgogne , son neveu, se partit de là, et retourna en Hainaut, au Quesnoy-le-Comte , où étoit sa principale demeure.

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