‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 9 sur 107 · CHAPITRE CLXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXVI

Comment ladite reine , venue à Chartres , écrivit à plusieurs bonnes villes du royaume , et furent faites aucunes nouvelles ordonnances pour le gouvernement dudit royaume.

Après que la reine de France fut venue en la ville de Chartres, comme dit est, fut ordonné et conclu qu'elle écriroit lettres en son nom à toutes les bonnes villes étant en l'obéissance du duc de Rourgogne ; desquelles la copie s'ensuit de celles qui vinrent à Amiens.

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« Très chers etbien amés, vous savez comment, par la coulpe et iniquité causée par la damnable convoitise d'aucunes gens de petit état qui ont pris le gouvernement de la personne de monseigneur et de son royaume, maux innumérables et inconvénients s'en sont ensuivis, tant de la molestât ion de ceux du sang de mondit seigneur et d'autres comme de la perdition de la grand' partie de sa domination ; et mémement es duchés d'Aquitaine et de Normandie, a duré et encore dure ledit gouvernement, sans ce que les dessusdits gouverneurs veuillent entendre à quelconque bien et bonne gouverne à être mise en ce royaume ; mais ont conclu mortelle haine contre tous preux et loyaux ; et ravissent leurs biens; et plusieurs exécutent à mort. Et en continuant en leur mauvaiseté , quand ils aperçurent que voulions entendre à labourera la réparation et au bien de la paix de ce royaume , comme à nous compète , qui par la grâce de Dieu sommes compagne et épouse de mondit seigneur , comme il avoit été encommencé par notre fils et cousin de Hainaut , desquels Dieu ait l'ame ! ils trouvèrent moyen d'eux éloigner de sa personne, afin que ne fut sue leur iniquité el demeurassent en leurs états et offices. Et par ce moyen ils ont appliqué et appliquent cbacun jour à leur singulier profit toutes les finances *de mondit seigneur, sans ce qu'aucune chose en soit employée pour le bien de mondit seigneur ou de sondit royaume; et faussement et déloyale ment nous ont dépouillée et dérobée ; et

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ont tant fait que mondit seigneur, nouset ûtôredit fils le dauphin n'avons de quoi maintenir nos étals et paye* 1 nos dépens : car, comme dit est, ils ont tenu et tiennent notredit seigneur et notre fils le dauphin, tellement qu'il convient qu'ils fassent ce qu'ils veulent et commandent, et à ce pourvoir, que la domination de mondit seigneur vienne es mains d'étranges , que Dieu ne veuille ! Après ce que notre très cher et très amé cousin de Bourgogne a fait cesser lesdits inconvénients , il veut et offre paix à tousceux qui avecque lui la voudront avoir, par ses lettres-patentes, publiées en plusieurs lieux de ce royaume. À laquelle les dessusdits non voulant entendre , icelui notre cousin se mit en armes à très 'grand' compagnie de chevaliers et écuyers, en intention d'ôter icel ui mauvais gouvernement. Pour auquel résister et qu'il n'eut pas approchemetit à la personnelle mondit seigneur, lesdits gouverneurs mandèrent et appelèrent à Paris toutes leurs garnisons , et abandonnèrent l'héritage de mondit seigneur aux Anglois, anciens ennemis dece royaume. Et en ce faisant ils démontrèrent leur mauvaise intention; mais la plus grand' partie des nobles de ce royaume et aucune grand' quantité des prélats et bonnes villes , sacbantce que dit est, s'adjoindirent avecque lui pour le bien de mondit seigneur, comme de raison , lequel est triste et dolent , en acquittant sa loyauté, de l'escnndale et déshonneur que lesdits gouverneurs ont fait à mondit seigneur, à nous , à notre génération et à la noble mesgnie (maison) de

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France , et à ceux qui y oui affinité ou alliance par mariage ou autrement, et non sans cause ; car vraiment la chose lui touche grandement ; car il laissa son Siège devant Corbeil , et vint à nous pour nous mettre en franchise et ôter de la sujétion desdits gouverneurs ; et aussi à nous mettre à la compagnie de mondit seigneur , comme il est de raison. Et vînmes à la ville de Chartres; et notredit cousin avecque nous alla aviser et ordonner ce qui est à faire de nécessité pour la conservation de la domination de mondit seigneur et la récupération d'icelui, que brièvement entendons à faire nous et notredit cousin par le conseil et avis de bons prud'hommes, vassaux et sujets de mondit seigneur, sans plus dissimuler.

» Pourquoi, très chers et bons amis, nous qui devons avoir le gouvernement de ce royaume es besognes de mondit seigneur par le conseil de ceux de son sang, et de ce nous avons lettres-patentes de lui irrévocables, passées par son grand conseil, présents tous les grands seigneurs de son sang , comme sont oncles, cousins-germains et autres; et nous , qui avons entière et certaine connoissànce de vos bonnes et loyales intentions au regard de la seigneurie de mondit seigneur, et mêmement parce que pour le bien d'icelui vous êtes enclins avecque notredit cousin à vous employer de corps et de pouvoir , sans épargner, jusques à la mort , pour parvenir plus brièvement à la conclusion désirée et nécessaire , vous sommons, requérons et néan-

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moins de par mondit seigneur et de nous , exprès-: sèment vous mandons, que vous maintenez en sain propos à l'intention de notredit cousin , sans aucunement obtempérer ou entendre à quelques lettres ou mandement qu'au nom de mondit seigneur et mon fils le dauphin vous seroient envoyés au contraire. Et ne souffrez qu'iceux gouverneurs dorénavant aient de vous aucunes pécunes, par quelque manière ou couleur que ce soit et que puisse être, et sur la loyauté et obéissance que devez à mondit seigneur , et sur toutes les choses que pourriez for* taire et être notés de rébellion et inobéissance en-i vers lui et nous : car en ce faisant , vous ferez votre honneur et devoir ; et vous aiderons , secourrons el défendrons de tout notre pouvoir contre tous qui pour cette cause et occasion s'efforceroientde vous nuire , grever et dommager. Très chers seigneurs et bien amés , de vous soit garde Notre-Seigneur.

» Ecrit audit lieu de Chartres , le douzième jour de novembre. »

Et après ce, fut ordonné par le conseil de ladite reine et du duc de Bourgogne , que maître PhilippedeMorvilliersiroit en la ville d'Amiens, accompagnéd'aucuns notables clercs, déclarés parledit conseil , avecque un greffier juré ; et là feraient , de par la reine, la souveraine cour de justice, au lieu de celle qui étoit en parlementa Paris, afin que ne fût besoin d'aller à la chancellerie du roi pour impétrer mandements , ni pour quelque autre cause qui pût advenir es bailliages d'Amiens , Ver-

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mandois , Tournai et sénéchaussées dePonthieu , avecque les ressorts et enclavement des dessusdits pays. Auquel maître Philippe fut baillé un scel ou étoit gravé l'image de la reine , étant droite , ayant les deux bras tendant vers terre; et au droit lez étoit un écu des armes de France, et au sénestre avoit un écu parti des armes de France et de Bavière, et si étoit écrit autour : « C'est le scel des » causes, souverainetés et appellations pour le roi.» Et fut ordonné par icelui conseil, que dudit scel on scelleroit de cire vermeille , et que les lettres et mandements se feroierit au nom de la reine par la manière qui s'ensuit :

«Ysabelle, par la grâce de Dieu, reine de France; ayant , pour l'occupation de monseigneur le roi, le gouvernement et administration de ce royaume, par l'octroi irrévocable à nous sur ce fait par mondit seigneur et son conseil. »

Par le moyen duquel scel et mandement devant dit , ledit maître Philippe assembla grand nombre de pécunes ; et pareillement fut ordonné, outre l'eau de Seine , pour les pays obéissant à la reine et au duc de Bourgogne , un autre chancelier.

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