‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 3)Chapitre 91 sur 107 · CHAPITRE CCLXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCLXV

Comment le seigneur d'Offemont alla pour entrer dedans Meaux , et fut pris par les Anglois ; et de la ville qui fut gagnée d'assaut par les assiégeants.

En ces propres jours, le seigneur d'Offemont assembla environ quarante combattants des plus experts et renommés en fait de guerre qu'il put finer , et les mena et conduisit jusques assez près de la ville de Meaux, où étoit devant le roi d'Angleterre , comme vous avez ouï , sur intention d'en* trer secrètement dedans icelle ville , pour aider et conforter les assiégés , qui par plusieurs fois l'avoient mandé pour être leur capitaine. Lesquels, sachant sa venue, étoient préparés de le recevoir, et avoient sur le soir mis une échelle dehors leurs murs par où il devoit monter atout ses gens. Et lors , au jour assigné par les parties , s'approcha ledit seigneur d'Offemont pour fournir el accomplir son entreprise; si rencontra aucuns de ceux du guet des Ànglois , qui tantôt furent mis à mort; el après alla jusques aux fossés de ladite ville; et commencèrent ses gens à monter dedans par l'échelle dessusdite , et de fait y en monta plusieurs : mais lui, qui alloit tout derrière pour les bouler, en passant en avant, sur une vieille planche par-dessus

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un grand fossé , chut armé de plein harnois dedans ledit fossé, et ne put de là être tiré par ses gens , nonobstant qu'ils lui baillèrent deux lances Tune après l'autre, lesquelles lui demeurèrent es mains.

Et entre temps ceux del'ost , qui ouïrent le murmure et effroi, vinrent sur eux à grand' puissance sans délai, et les prirent. Si fut ledit seigneur d'O/Femont navré cruellement au visage, et pareillement plusieurs de ses gens. Et en cet état le menèrent devers le roi d'Angleterre, qui de sa prise (ut moult joyeux , et l'examina sur plusieurs propos , et après le fit mettre en bonne garde et bien panser desa personne. Et le lendemain, les assiégés, tristes en cœur de cetle aventure , doutant qu'au long aller ne pussent garder la ville et le marché , firent retraire aucuns des biens de ladite ville dedans ledit Marché; laquelle chose aperçue par les gens de Jean Guigny , Savoyen , qui étoit audit siège , s'émurent soudainement et allèrent assaillir ladite ville; et d'autre côté commença l'assaut de toutes parts, tel et si âpre, qu'en bref fut gagnée sans ce que les assiégés y fissent grand' perte ; et se retrahirent lesdits assiégés atout partie de leurs biens dedans le Marché. Toutefois il en y eut aucuns pris et morts, non pas grand nombre. Dedans laquelle ville se logea le roi anglois et grand' multitude de ses gens ; et bref ensuivant gagna une petite île assez près du Marché, en laquelle il fit asseoir plusieurs grosses bombardes , qui moult ter-

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riblemeut grevèrent les maisons dudit Marché , et aussi les murailles d'icelle. Et par ces moyens furent lesdits assiégés fort contraints et mis en grand' nécessité; car avecque ce ledit roi d'Angleterre avoit fait dresser plusieurs engins , taudis, bouleverts et autres habillements près de la muraille. Et tant avoit ce continué, qu'iceux assiégés étoient de jour en jour en péril d'être pris d'assaut ; et si n'avoient nulle espérance d'être secourus par ledit dauphin , leur seigneur , pour ce que les jours éloient passés que ledit secours leur avoit été promis à envoyer. Et derechef , en continuant de mal en pis pour lesdits assiégés, furent pris par les Anglois les moulins dudit Marché : parquoi ils ne pou voient moudre leurs blés , sinon en grand danger.

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