CHAPITRE CCLXIX
Comment Henri, roi d'Angleterre, eut l'obéissance du marché de Meaux j et des exécutions qui furent faites à ceux de dedans , pat ledit roi.
En après, le roi Henri d'Angleterre, qui, à grand labeur et diligence* avait continué son siège, et encore continuait devant le marché, et astreint les assiégés par telle manière , que grand' partie de leurs murs et oient tous crevantes et dérompus en divers lieux , les fit un certain jour sommer qu'ils se rendissent franchement eu la vplonié du roi de France et de lui, ou si ce ne faisoient les feroit assaillir. À laquelle sommation ne voulurent pour cette fois entendre aucunement j mais dirent qu'il n'étoit pas encore heure d'eux rendre ; et pour tant le dessusdit roi fit commencer l'assaut très puissamment, lequel dura de sept à huit heures moult cruel et ensanglanté ; et y furent, tant d'un côté comme d'autre , moult d'hommes navrés et occis. Mais , nonobstant que lesdits assiégés fussent fort travaillés de résister à la puissance desdits Anglois, qui moult étoil grande , néanmoins se défendirent moult vaillamment; et combattirent tant, qu'ils n'a voient dedans ledit marché de lances, siaon ea petit nombre , que toutes n'eussent été rompues
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aux défenses dessusdites ; mais, au lieu desdites lances, combattirent, par longue espace, dehastiers (broches) de fer, et tant continuèrent que pour cette fois raboutèrent iceux Anglois hors de leurs fossés, dont grandement furent réjouis. Et entre les autres desdits défendeurs se porta moult prudenlement GuichardChisay, et tant, que, pour sa vaillance, et prudence , le roi d'Angleterre, après la reddition d'icelle ville , lui fit offrir grands biens s'il vouloit tenir son parti, et faire serment à lui, ce que point ne voulut consentir, mais demeura Dauphinois.
Si furent faits à l'assaut dessusdit plusieurs chevaliers nouveaux de la partie des Anglois , entre lesquels le furent Jean Guigny , Savoisien, et le bâtard deThien, qui autrefois, comme dit est en autre lieu , avoit été grand capitaine, avec les régents des compagnies , sous le duc Jean de Bourpogne. Et d'autre partie, étoient avec ledit roi d'Angleterre à icelui siège les seigueurs de Châtillon et de Genly , avec plusieurs autres nobles hommes des marches de France. Et de première venue que le siège y fut mis , jusques au derrain que les assiégés n'eurent plus espérance d'avoir secours, tant de nuit comme de jour, dirent moult d'injures et de paroles vilaines auxdits assiégeants. Et, entre les au très choses, mirent sur les murs de la ville no âne, lequel par force de coups ils faisoiènt braire en eux moquant desdits Anglois, en disant que cetoit Henri leur roi , et qu'ils le vinssent secourir ;
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pourquoi le roi Anglois, avec autres choses, fut moult indigné contre eux. Et aussi devant icelle ville fut tué un jeune chevalier , fils du seigneur de Cornouaille , qui étoit cousin-germain du dessusdit roi Henri , et fut tué d'un canon. La mort duquel lui vint à grand' déplaisance , et à tous les princes d'Angleterre ; car, nonobstant qu'il fût jeune d'âge, si et oit-il très sage et prudent.
En outre, après toutes les besognes et continuations dessusdites , environ la fin d'avril, iceux assiégés, qui plus n'avoient, comme dit est , quelque espérance d'avoir secours du dauphin leur seigneur, sachant que longuement ne se pourroient tenir ni défendre contre la puissance du roi d'Angleterre , commencèrent à parlementer pour avoir traité. Et y fut commis de par celui roi son Oncle le duc d'Excès tre (Exeter), les comtes de Warwick et de Conversan , etmessire Gaultier de Hongrefort. Et de la partie des assiégés, messire Philippe Mallet % Pierronde Luppel, Jean d'Aunay, Siuador de Giresmes, le Borgne de Cauchon, Jean del'Espinache, Guillaume du Fossé; lesquelles parties convinrent ensemble par plusieurs journées , et enfin vinren à conclusion par la manière ci-après déclarée.
Premièrement fut ordonné que l'onzième jour de mai le marché de Meaux seroit rendu et délivré par lesdits assiégés en la main des rois de France et d'Angleterre.
Item , seront rendus et délivrés en la volonté desdils rois messire Louis de Gast , le bâtard de
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Vaulru, Jean deRomières, Tromagon, Bernard de Meure vil le, un qui a voit buisiné (buccioé) du. cornet durant le siège , nommé Oraces , et seront mis en justice , laquelle leur sera faite et administrée.
Item, Guichart de Chisay, Pierron de Lnppel , maître Robert de Giresmes, Philippe de Gamache et Jean d'Aunay, demeureront en la volonté desdits rois, jusques à tant qu'ils, auront rendu ou fait rendre toutes les forteresses, que eux ou leurs commis tiennent en ce royaume ; et après qu'ils les auront rendus auront leurs vies sauves.
Item, tous étant dedans ledit marché» c'est à savoir, Anglois , Gallois , Irlandois , Ecossois et autres, qui par avant avoient étéobéissants au roi d'Angleterre , demeureront en la volonté desdits rois.
Item, tous les autres gens, tant gendarmes comme, bourgeois et habitants , demeureront en la volonté desdits rois , sauve leur vie.
Item , le comte de Con versa n demeurera quitte envers Pierron de Luppel ou autres, à qui ce peut toucher de sa rançon et finance ; et lui promettront de le tenir quitte à toujours , sans fraude ou ma: le n gin.
Item y en dedans les-huit jours que lesdits assiégés doivent rendre la ville , mettront et feront mettre tous leurs biens généralement en certains lieux, où ils puissent venir à connoissance sans les dégâter ou empirer ; et bailleront par. parties les inventoiros aux commis desdits rois.
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Item , mettront et feront mettre les reliques , ornements el autres biens d'église en certain lieu , comme dit est.
Item , rendront quittes et délivrés tous les prisonniers qu'ils tiennent , tant audit marché eomme es forteresses , et autres lieux à eux obéissants , et les acquitteront de leur foi.
Item , durant les jours dessusdits , ne souffriront homme, de quelque état qu'il soit } se trans-r porter hors dudit marché ; et pareillement n'y en laisseront nuls entrer, sinon qu'ils y soient commis de par lesdits rois.
Item 9 pour entretenir et accomplir toutes les choses dessusdites sans nulle enfreindre, sur peine de non demeurer en la grâce desdits rois , bailleront lesdits assiégés leurs lettres scellées de leur* sceaux, ou signées de leurs mains jusques à cent des plus notables ; desquels vingt-quatre demeureront en otage devers lesdits rois ; tels qu'il plaira auxdits rois à demeurer.
Item après ledit traité, fineront et cesseront entre lesdits assiégeants et les assiégés toutes guerres et voies de fait.
Après lous les articles dessusdits accordés et accomplis par les deux parties , demeurèrent en cet état jusques au dixième jour du mois de juin, que les Dauphinois firent ouverture aux commis des rois de France et d'Angleterre ; et leur délivrèrent ,par la manière qu'avoit été traité, ledit marché deMeaux. Lesquels commis envoyèrent tantôt