‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 39 sur 103 · CHRONIQUES D*ENOTT E RR AN D (UU · texte numérisé non relu

CHRONIQUES D*ENOTT E RR AN D (UU

l'arrière-gjircle , se logèrent à Tautre côté es faubourgs vers Belleroote, et par ainsi ladite ville d'Arras et cité, furent tellement environnées qu'à {jfrand' peine en pouvoit-il saillir personne que toi lie fut prise, combien que de jour en jour, durant ledit siège , iceux assiégés firent plusieurs saillies, une ibis de pied, l'autre de cheval. Et souvent advenoit qu'ils sailloient dehors par deux portes ou par trois ^ tout en une heure. Auxquelles saillies sou ventes-fois gagnoient plus qu'ils neperdoient, comme il fut su certainement; car devant ledit siège, à plusieurs saillies qu'ils firent de premier jusques en fin , emmenèrent dedans la ville bien douze vingt prisonniers, sans ceuxqui demeuroient morts sur les places , dont il j eut foison. Et par espécial à une escarmouche qui fut sur l'eau entre Bellemote et la poterne d'Arras , y eut grand' perle du côté des assiégeants , pour tant que ceux de l'avant-garde étoient passés à pied par-dessus une petite planche, un au coup , jusques A six ou sept vingts, pour venir devers la petite poterne. Mais incontinent les assiégés partirent à l'encontre d'iceux pour les .combattre ; et de fait les rechassèrent jusques à ladite planche. Et iceux voyants qu'ils ne pouvoient passer sinon à danger , rechargèrent sur ceux de la ville , et les remirent jusques assez près de ladite poterne.

Finalement , par la vaillance et entreprise d'un homme d'armes, nommé PercevaUe-Grand, lequel conduisoit ceux de kdite ville , furent iceux as-

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siégeants repoussés jusques à Teau; et là furent trèis forts combattus , tant qu'il en demeura sur la place , pris et morts , bien cinquante , sans ceux qui se noyèrent en ladite rivière à saillir l'un sur l'autre pour passer outre, desquels on tira lendemain de quinze à vingt tous armés. Et desdits assiégés furent pris ou morts à icelles saillies durant ledit siège y environ vingt hommes; entre lesquels furent pris gens de nom , Beaugeois de la Beuvrière, le bâtard de Bellay , le bâtard d'Ambrine, et aucuns gentilshommes de Bourgogne ; mais grand' partie de leurs meilleurs chevaux furent tués en faisant lesdiles saillies sur leurs ennemis. En outre^ le châtel de Bellemote^ séant assez près d'Arras, durant ledit siège, se tint assez toujours de la partie dudit duc de Bourgogne. Auquel châtel fut commis pour le garder messire Fleurant d'Ancre et messire Simon de Behaignon, avecques lesquels étoit un homme d'armes nommé Jean Rose, lequel fut soupçonné de vouloir vendre ledit châtel , et pour cette cause fut détenu prison* nier et ses biens confisqués. Toutefois ledit siège durant, fut ladite forteresse gardée par les devantdits chevaliers , toujours en l'obéissance du duc de Bourgogne, nonobstant que les assiégeants missent grand' peine d'icelle conquêter. Et tant qu'est à parler des courses et chevauchées que firent les gens du roi au pys d'Artois , de Ternois , et à Tenviron, ledit siège durant, il seroit long à rèciler chacun à part soi. Mais entre lesaulres , un des ba-

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tards de Bourbon et aucuns autres capitaines , accompagnés de mille combattants ou environ , allèrent fourrager la comté de Saint-Pol , en laquelle prirent et ravirent biens sans nombre : c'est à savoir , paysans , chevaux, juments, vaches, brebis et plusieurs autres cho5;es. Et mêinement furent autour de la ville de Saînt-Pol , en laquelle étoienl le comte Waleran, soi-disant encore connétable de France , et sa femme la comtesse , sœur au doc de Bar. Auquel Waleran iceux appelèrent par plusieurs fois de moult de reproches, disants qu'il feignoit être malade , afin qu'il n'allât servir le roi son souverain seigneur , et en lui remontrant qu'il avoit grand' affection au dud de Bourgogne , a(tendu que pour le servir il avoit envoyé messiit: Jean de Luxembourg , son neveu , et la plus grand' partie de ses gens. Néanmoins ledit comte Waleran , oyant ces paroles et plusieurs autres , ne voulut oncques souffrir que ses gens saillissent à rencontre d'iceux , pour la doute que le roi et son conseil n'en fussent mal contents. Et pourtant ne laissèrent pas qu'ils ne boutassent le feu et ardissent grand' partie des faubourgs de ladite ville Je Saint-Pol, et après s'en retournèrent à (avec) toutes leurs proies en l'ost du roi, devant Arras. Et puis un autre jour s'assemblèrent bien douze cents combattants , lesquels chevauchèrent par-devant Lucheu (Luxeuil) , tout fustanl (ravageant) jusques devant la ville de Hesdin , où ils firent moult de dommages. Mais ceux de la garnison de la ville de

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Hesdin et d'autres places, tenants le parti do duc de Bourgogne, les poursuivirent bien et roidement, elrescbuyrent (délivrèrent) aucuns prisonniers 5 et aussi prirent aucuns d'iceux.

Ainsi, et par plusieurs fols, firent les gens du roi plusieurs courses es pajs du duc de Bourgogne , dont le pauvre peuple fut moult fort travaillé et molesté.

En outre , les gens d'icelui duc de Bourgogne étants en ses bonnes villes et forteresses , c'est à savoir à Douai , Lens, Hesdin, MaiseroUes et plusieurs autres , issoient de jour en jour , en mettant aguets sur ceux de Tost qui alloient en fourrage, et aussi sur ceux qui d'Amiens , de Corbie , de Péronne et autres lieux menoient vivres à l'ost du roi; lesquels souvent ils délpoussoient , tuoient et prenoient prisonniers. Et par espécial Hector de Saveuse , lors très renommé en armes , assembla Je deux à trois cents combattants dessous son étendard, lesquels par plusieurs fois il mena secrètement en aucuns contre les gens du roi , dont il actjuit\ renommée très grande. Et tant fit que son seigneur et maître le duc de Bourgogne Teut monlt poiir recommandé. Avecques lequel se tenoit PhililJpe son frère , Louis de -Wargnies , Lamon de L^UDOj et aucuns autres experts hommes d'armes.

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