‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 43 sur 103 · CHAPITRE CXXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXIII

Comment le traite de la paix d'Arras , qai ëtoit le cinquième , fut lUf présent le doc d'Aquitaine et phisieurs^autres prinoesdu sang, et des serments qui s'en firent.

Ce sont tes choses que le roi a ordonnées , de ce qui est en humilité de la partie du duc de Bour gogine, traité par le duc de Brabant, la dame de Hainaut et les députés des trois états de Flandre , qomme ses procureurs ayant de lui puissance ; lesquelles choses furent lues et ordonnées en la pré^ sence du duc d'Aquitaine et du grand conseil du roi.

« Premier, pour ce qu'en temps passé sont advenues plusieurs pertes et dommages au royaume de France contre le plaisir du roi et de sondit fils d'Aquitaine, en toute humilité, humblement supplient les dessusdits de Brabant et dame de Hainaut , et lesdits députés au noip dudit de Bourgogne et comme ses procureurs, delui fondés suffisamment, au roi et à sondit fils, que toutes choses on ledit dnc de Bourgogne a défailli depuis la paix faite à

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Pontoise j ou le roi et le duc d'Aquitaine peuvent avoir pris déplaisir , ils lui veuillent pardonner , et en leur bonne grâce et amour le recevoir.

» En outre, iceux traiteurs bailleront ou ferontbail- 1er au roi, el au duc d'Aquitaine ou à leurs commis, les clefs de la ville d* Arras et de la cité , et aussi de toutes bonnes villes et forteresses du royaume appartenants au duc de Bourg^ogne , èsquelles le roi ou son fils mettront baillis, capitaines et autres pffiçieirsi tels et si longuenient que bon leur semblera , sans pour ce enfreindre la paix.

» En après fera ledit duc de Bourgogne délivrer au roi , ou à ses commis, le châtel de Groloy, et de fait le remettra en sa main •

» liem, ledit duc de Bourgogne sera tenu d'éloigner et mettre hors aucuns de sa famille , lesquels sont en ^indignation du roi et du duc d'Aquitaine , sans plus les soutenir en nuls de ses pays ; et loi seront iceux déclarés et baillés par écrit en temps et lieu.

» Item , toutes terres mises et prises en la main du roi , des vassaux , sujets et bienveillants alliés et favorisants dudit duc de Bourgogne , de quelque état qu'ils soient , pour Toccasion de cette guerre , seront mises et restituées à iceux ; et aussi tous baoT nissements et appellations faits à la cause devant dite seront mis à néant; et pareillement si ledit duc de Bourgogne a mis ou fait mettre aucunes terres , seigneuries , ou biens quelconque en sa main , des sujets favorisants et bienveillants , ou

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de ceux qui ont servi le roi en cette présente année, de quelque état qu'ils soient, seront misa pleine délivrance.

» Item, combien que lesdits traiteurs aient affirmé au roi et au duc d'Aquitaine , que le dessusdit duc de Bourgogne n'a nulle confédération ou alliance aux Anglois, néanmoins, pour éviter tout soupçon, les dessusdits nommés promettront pour ledit duc de Bourgogne , que dorénavant ne procédera ni fera procéder par manière d'alliance avecques lesdits Ânglois , si ce n'est par congé et licence du roi et de son fils, duc d'Aquitaine.

)) Item, quanta la réparation de l'honneur dudit duc de Bourgogne, pource que plusieurs lettres ont été faites , et en plusieurs lieux de ce royaume et dehors envoyées , lesquelles ledit duc de Bourgogne dit être à sa charge et déshonneur, est ainsi que, après cette paix faite , et que le roi sera à Paris , disposera aucuns de son conseil avecque aucunes gens du duc de Bourgogne, tels que lui plaira à commettre, et aviseront ensemble , premier sauf l'honneurdu roi, telles lettres que faire se pourront à la décharge et réparation de l'honneur dudit duc de Bourgogne.

» Item, promettra ledit duc de Bourgogne , que jamais ne fera ni procurera par lui être fait en appert ni en couvert aucun mal , détourbier (trouble) ou empêchement aux vassaux, serviteurs, bienveillants , officiers et sujets du roi qui en celte querelle l'ont servi, tant en personne comme sous autres ca-

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pitaines de leur compagnie, ni aussi aux bourg^eois de Paris , ni autres habitants par voie de fait , ni par aucune manière pour l'occasion dudit service, empêchement ne fera ni d'être fait ne procurera.

» Item, le roi veut et ordonne, pour toujours tenir ses sujets en vraie obédience , comme ils doivent être tenus , que le traité de Chartres , et autres traités qui depuis ont été faits, soient fermement et sans corruption gardés , et que si aucune chose y a à parfaire et réparer, que de l'un et de l'autre lez (côié) soit fait et réparé.

» Item, pour la sûreté des choses dessusdites être fermement tenues et accomplies par le duc de Bourgogne , ledit duc de Brabant , la dame de Hainaut^ et les dessusdits députés jureront tant en leurs noms et propres personnes , comme eux faisants fors des prélats et gens d'église , des nobles^ et des bonnes villes et tous leurs pays ; c'est à savoir ledit duc de Brabant , la dame de Hainaut , et les dessusdits députés jureront, au nom dudit duc de Bourgne, pour tout le pays de Flandre, que ledit duc de Bourgogne tiendra fermement et gardera perpétuellement cette bonne paix, sans désormais faire venir ou procurer par lui ou par autrui aucune chose au contraire. Et au cas que ledit duc de Bourgogne commenceroit aucune chose en appert ou en couvert contre la teneur et traité de cette bonne paix , iceux duc et dame ne lui feroient et donneroient aucune aide ni conseil de corps, ni de pécune, ni en quelque manière; aussi que les sei-

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gneura du sang du roi, et autres prélats et nobles, et bonnes villes de ce royaume, feroient semblable serment. Et de ce les dessusdits bailleront bonnes lettres et compétentes à l'ordonnance du roi et de son conseil. Et avec ce promettent les dessusdits duc de Brabant , dame de Hàinaut , et les dessusdits députés, qu'ils feront loyaument leur pouvoir à faire semblablement jorer et promettre par ceux d'Arras, et par les nobles et autres qui sont dedans, à tenir les choses dessusdites , et aussi ceux qui pour le présent sont en la compiagnie dudit duc de Bourgogne , et es garnisons de ses villes et châteaux d'Artois , de Bourgogne et de Flandre quand ils en seront requis de par le roi. »

Après lesquelles choses dessusdites traitées et mises par écrit , afin que mieux fussent -en tretetenues et gardées, jurèrent et firent serment les partiesà loyaument et fermement tenir et accomplir ledit traité. El premier jurèrent ledit duc de Brabant, la dame de Hainaut , et les députés eux fai-* sants fort pour ledit duc de Bourgogne, bienveillants et alliés , comme dit est. En après qu'iceux eurent fait le serment en la présence du duc d'Aquitaine, et de plusieurs autres princes, etdu grand conseil du roi , le duc d'Aquitaine présentement jura et fit serment solennel d'entretenir la paix et traité dessusdits : et puis appela Charles, duc d'Orléans , son cousin -germain , en lui requérant . qu'il jurât la paix; lequel d'Orléans s'inclina bien bas,^ei) disant au duc d'Aquitaine : « Monseigneur,

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» je ne suis pas tenu de faire serment , car je suis » venu seulement pour servir monseigneur le roi » et vous. M Et lors le duc d'Aquitaine lui dit : « Beau cousin nous vous prions que jurez la paix.» £t adonc ledit duc d'Orléans dit encore une fois : ce Monseigneur, jen'aipasrompulapaix, et ne dois M point faire serment> plaise vous être content. » Auxquelles parolesderechef pour la troisième fois lui requit le duc d'Aquitaine de ce fairp : et adonc ledit duc d'Orléans par grand courroux lui dit : (c Monseigneur ^ je n'ai pas rompue la paix , ni » ceux de mon conseil , ni mon côté. Faites ceux » venir qui Font rompue , présent vous faire ser- » ment, et après je ferai votre plaisir. » Et lors l'archevêque de Reims et aucuns autres , voyant le duc d'Aquitaine non être content de tant de paroles , dirent au duc d'Orléans : « Monseigneur, faites M ce que monseigneur d'Aquitaine vous requiert. » Lequel après toutes ces choses fit serment d'entretenir la paix, ainsi que contre sa volonté; et lui sembloit que le duc de Bourgogne et ses alliés avoient rompu la paix dernièrement faite à Pontoise.

En après fut appelé le duc de Bourbon pour faire serment 9 lequel, comme avoit fait le duo d'Orléans , cuida faire attargation (délai) de paroles , mais incontinent le duc d'Aquitaine coupa court , disant : « Beau cousin , nous vous prions que n'en » parlez plus » : et là fit le duc de Bourbon serment ; et tous les autres princes ensuivant le firent

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pareillement , sans y meltre contredit ; et aussi les prélats, réservé l^arcbevêque de Sens, frère de Montagu , qui dit, quand il fut appelé audit duc d'Aquitaine, w Monseigneur, souvienne vous du serment » que vous fîtes à nous tous, au partir de la ville de » Paris, présent la reine. » Et le duc d'Aquitaine répondit : «N'en parlez plus , nous voulons que la » paix se tienne et que la jurez» » Et icelui archevêque répondit : «Monseigneur, puisque c'est vo- « tre plaisir, je le ferai. » Et n'y eut plus de toute la seigneurie étant avec le roi, qui fit refus de jurer ladite paix que les trois dessusdits. Et aussi , comme dit est , firent serment ceux de la ville d'Arras, c'est à savoir messire Jean de Luxembourg, tous les autres capitaines et les gouverneurs de la communauté d'icelle ville; et furent toutes ces choses faites et accomplies par avant que le roi et ses princes se départissent de devant Arras.

Après lequel déparlement, et que le roi fut retourné à Senlis , comme dit est , moururent plusieurs nobles et autres, qui avoieni été en son armée, de flux de ventreé Entre lesquels mourut Emenon d'Albrel , et son frère le seigneur de Hangest , et aucuns autres , de la grand' peine et travail qu'ils avoient souffert et enduré durant ledit chemin et voyage.

Auquel temps aussi ceux de Paris , oyants les nouvelles du traité fait par le roi et ses princes au duc de Bourgogne, sans les cpnvoquer ni appeler, de ce non contents, vinrent devers le duc

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de Berri , leur capitaine et gouverneur, demander comment icelle paix avoit été faite , et qui avoit mu le roi et son <;onseil de ce faire sans les appeler , disants qu'à eux appartenoit de le savoir . et convenoit qu^en icelle fussent appelés et compris. Lequel duc de Berri leur répondit : «Ce ne vous » touche en rien ; ni entremettre ne vous devez »> de noire sire le roi, ni de nous, qui sommes » de son sang et lignage ; car nous nous cour- » rouçons l'un à l'autre quand il nous plaît , et « quand il nous plaît , la paix est faite et accor- » dée. « Et adonc ceux de Paris, sans rien répondre , retournèrent en leurs propre lieux.

Or est vrai que les dessusdits duc de Brabant , la dame de Hainaut, et les députés n'allèrent pas à Senlis au jour qui leur étoit assigné, pour la confirmation de la paix du duc de Bourgogne leur frère ; mais par conseil envoyèrent leurs hérauts et ambassadeurs , c'est à savoir le doyen de l'église cathédrale de Liège , Guillaume Blondel , écuyer , et plusieurs autres , à comparoir pour eux et en leurs noms devant le roi et son conseil , pour la cause dessusdite , au jour et au lieu dessus nommés;lesquels ambassadeurs ne purent avoir réponse du grand conseil du roi , sur leurs demandes et requêtes , pource que le roi étoit malade; et pour tant s'en retournèrent devers leurs seigneur sans rien besogner.

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