‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 47 sur 103 · CHAPITRE CXXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXVI

Comment le duc de Bourgogne , après le département du roi de devant Arras , alla à puissance en Bourgogne et autres besognes qui adyinrent en ce temps.

Après que le roi et ses gens furent partis de devant Arras , comme dit est , le duc de Bourgogne fit aller loger ses Bourguignons au pays de Cambrésis et de Thiërascbe, et alla en personne en la cité de Cambrai. Auquel lieu vint devers lui son frère le duc de Brabant. Et après que avec lui eut eu aucun parlement sur ses affaires , et aussi qu'il «ut ordonné sur toutes les besognes , prit son chemin à aller en Bourgogne, menant avec lui messire Robinet de Mailli , maître Eustache de Laictre , naguèrechancelierde France, Jean LeGois, maître Jean de Troyes, surgien (chirurgien) , Dénisot de Chaumont , et plusieurs autres , qui autrefois avoient été bannis du royaume , ensemble leurs femmes et enfants, et ses dessusdits Bourguignons , qui tous ensemble^ avec aucuns autres, tant de Picardie

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comme d'autres pays, pouvoient être vingt mille chevaux, ou environ, à aller en Bourgogne; et prit son chemin en Thîérasche , où il fut logé.

En après alla à Mézières-sur-Meuse , en la comté de Rhetel , avec tout son ost ; auquel lieu il reposa lui et les siens , par petit de temps, avec le comte Philippe son frère ; puis alla loger devant Ghâlons , à rencontre duquel ceux de ladite ville cloirent ( fermèrent ) leurs portes , par la vertu d'une leltrf du roi envoyée, contenant qu'icelui ni ses gens ne missentou reçussent en leur ville; laquelle chose déplût audit duc de Bourgogne , car il avoit disposé de passer Teau de Marne par ladite cité. Pourquoi alla vers Vitry, dont il fut déboulé par la vertu des lettres du roi, comme il avoit été de Ghâlons ; et en la fin s'en alla loger vers Saint-Dizier , où il passa Teau. Et après ce , en la vigile de Toussaint , vint à Dijon , auquel lieu il fut reçu moult honorablement et joyeusement , comme seigneur de tous ses sujets. Auquel temps régnoit au pays de Picardie maladie de flux de ventre , dont plusieurs , tant nobles personnes comme autres, moururent.

En outre, ledit duc de Bourgogne, à son partement de Picardie, avoit donné congé à tousses capitaines d'icelles marches, c'est à savoir messire Jean de Luxembourg, les seigneurs de Croy , de Beau- Vergier, deFosseux, deJumont, deRonq, de Beaufort, de Noyelle , de Humbercourt, Hector et Philippe de Saveuse , Louis de Wargnies , et plusieurs autres meneurs de ses gens d'armes , qui de-

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mearèrent pour la garde de ses pays.Et d'autre partie laissa, à son déparlement, à son seul fils Philippe, comte de Charrolois , le gouvernement du pajs de Flandre, seulelpourletout,|usquesàson retour.Et lui venu en Bourgogne, commedit est, fit envahir et prendre la ville et cfaâtel de Ton noirre( Tonnerre), lesquels Turent pillés, et ledit châtel détruit et désolé par ses gens ; duquel châtel s'en étoit fui uu peu devant le comte de Tonnoire , et ses gens d'armes , non osant attendre la venue des gens du duc de Bourgogne , desquels étoient conduiseurs et capitaines messire Elion de Jacqueville, Fribourg, et aucuns autres.

Et tantôt après envoya ledit duc de Bourgog'Be à Paris devers le roi , pour lui faire savoir la voie par laquelle il étoit allé de Flandre en Bourgogne , et ësquels lieux il paya ses dépens , et ceux où il ne les paya pas, et la cause pourquoi ; et aussi lui fit savoir la destruction du châtel de Tonnoinre , qu'il avoit fait, faire , pource que ledit comte son vassal s'étoit rebellé plusieurs fois cobtre lui, et sans cause , en lui défiant et entreprenant sur sa terre, icelle détruisant et emmenant les proies ; non pas qu'il voulsit aucunement enfreindre la paix faite naguère devant Arras, mais la vouloit fermement tenir, garder et entretenir. En outre , ledit duc fit assiéger le château Belin, situé et assis en la comté de Bourgogne, appartenant audit comte de Tonnoirre, lequel châtel, nonobstant qu'il fût moult puissant et fort , fut conquis par long siège ,

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et le donna à son fils, comte de Gbarrolois, en déshéritant ledit couite de Tonnoirre ; lequel , du vivant du duc son père, s'écrivoit comte de Gharrolois et seigneur de Château Beli n .

Auquel an fut mis le concile , à Constance en Allemagne 9 de plusieurs cardinaux, patriarches, évéques , archevêques et autres prélats et ambas* sadeurs de plusieurs rois et princes chrétiens. Et étoient lors en très grand division en l'église, par Pierre de la Lune , nommé le pape Bénédict ; et ne vouloit céder , nonobstant que subs traction lui étoit faite pour plusieurs causes par la plus grand' partie de chrétienté, et n'avoit obéissance qu'en Espagne et Arragon ; auquel royaume d'Arragon il se tenoit en une forte ville sur la mer« Et aussi en cet a^ avoit été pris et mené en foison , en la duché de Bavière , le cardinal de Boulogne , nommé le pape Jean ; et le prit le roi deff Romains , empereur en Allemagne , pour plusieurs crimes et articles qu'on luimettoit sus.

Et pour mettre l'église en bonne paix et vraie union, fit tant le roi des Romains, que ledit concile fut mis au lieu de Constance; en laquelle ville ledit concile se tint continuellement par l'espace de deux ans , aii^is (avant) que ceux desdits royaumes d'Espagne et d'Arragon y vinssent; lesquels y vinrent en l'an mil quatre cent et seize, au mois d'août, en très noble et belle compagnie de prélats et de chevaliers ; et tant qu'après leur venue, on procéda à la vraie élection de

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pape '.El enfin fut élu et confirmé, et pontifié, le cardinal de Colonne ^ , et de la nation de Rome , en l'an mil quatre cent et dix-sept , et fut nommé pape Martin.

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