CHAPITRE CLV
Comment, après Je parlement du roi d'AngJeterrc , plusieurs-. François vinrent sur le champ pour trouver les amis du comte de Charrolois, qu'ils firent mettre en terre, et autres matières»
Après ce que le roi d'Angleterre et ses Anglois se furent partis te samedi, pour aller à Calais , comrpe dît est , plusieurs François vinrent et retournèrent sur tfedit champ ; et ce que par plusieurs avoit été remué, fut d'iceux de nouvel renversé ;. les aucuns , pour trouver leurs maîtres et seigneurs, afin de les emporter en leur pays enterrer. Les autres y vinrent pour piller ce que lesdils Anglois a voient laissé; car ils n*avoient emporté lors or, .argent, vêtements précieux, hauberts et aucunes choses de grand' valeur. Pourquoi la pltis grand' partie du harnois desdits Françqis fut trouvé en le champ ; mais il ne demeura pas grandement, qu'ils furent tous dénués de leurs vête^ ments ; et mémementà la plus grand' partie furent ôtés leurs linges , draps , braies , chausses et tous autres habillements y parles paysans , hommes
prisonniers , et à plusieurs autres (jui ne sont pas nomm/és.
icié
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et femmes des villages à Tenviron. Et demeurèrent sur le champ tout dénués, comme ils étoient quand ils issirent du ventre dé leur mère.
£t en cedit samedi, dimanche^ lundi, mardi et mercredi , furent levés , et bien lavés plusieurs seigneurs et princes ; c'est à savoir les ducs de Brab^nl , de Bar et d'Alençon ; les comtes de Nevers, deBaumont, de Vaudemont, de Fauquembergue; le seigneur de Dampierre, amiral; messire Charles d'Albret, sénéchal de France, lequel fut enterré à Hesdin , en TégUse des frères mineurs ; et les autres furent emportés par leurs serviteurs , les uns en leurs pays , et les autres en di-^ verses églises. Et quant à ceux du pays, tous ceux qui purent être connus furent levés et emportés pour mettre en terre es églises de leurs seigneuries.
En après, Philippe, comte deCharrolois, sachant la dure et piteuse aventure des François, de ce ayant au cœur grand' tristesse, et par espécial de ses deux oncles , c'est à savoir du duc.de Brabant et du comte de Nevers , mu par pi lié , fit enterrer à ses dépens tous les morts qui étoient demeurés nus sur le champ. Et à ce faire furent commis, de par lui, l'abbé de Rousseville et le bailli d'Aire , lesquels firent mesurer en carrure vingt-cinq verglas de terre, en laquelle furent faits trois fossés de la largeur de deux hommes^ dedans lesquels furent mis , par compte fait, cinq mille huit cents hommes , sans iceux qui avoient été levés par leurs amis , et aussi les autres navrés à mort qui allèrent
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mourir es bonnes villes aux hôpitaux et ailleurs , tant aux villages comme par les bois qui étoient au plus près , desquels y eut un très grand nombre, comme dit est ailleurs.
Laquelle terre et fossés dessusdits furent assez tôt bénits et faits cimetière par l'évêque de Guines,. au commandement , et comme procureur de Louis de Luxembourg, évêque de Thérouenne. Et après furent faites tout autour fortes haies bien épinées par-dessus, afin que les loups, chiens ou autres bêtes ne pussent entrer dedans, ou déterrer et manger les dessusdits corps.
Après laquelle pite«se et douloureuse journée ,. aucuns clercs du royaume de France moult émerveillés firent \ei vers qui s'ensuivent :
Cy voit-on que, par piteuse ad?enlure,.
Prince régnant^ plein de sa Toulenté, Sang si divers, qui de l'autre n'a cure,. Conseil suspect de partialité Peuple détruit par prodigalité , Feront encor tant de gens mendier.
Qu'à un chacun fooldra faire mestier..
Noblesse fait encontre sa nature; Le dergé craint, et cèle vérité; Humble commun obéit et endure; Faux protecteurs lui font adversité; Mais trop souffrir induit nécessité, Dont adviendra , ce que jà voir ne quier. Qu'à un chacun fauldra faire mestier.
Foible ennemi en grand' déconfiture y Victorien et peu débilité,
36o CHRONIQUES D BNGUBUJIAND (i4i^)
ProTision verbal, qui petit dure, Dont nulle rien n'en est exécuté.
Le roi des deux même est persécuté.
La fin Tiendra, et notre état dernier.
Qu'à un chacun fauldra faire mestier.
S'ensuivent les noms des principaux qui à la» dite bataille ne furent ni morts ni pris : premier le comte deDampmartin, seigneur de la Rivière; messire Clignet de Brabant, soi-disant ami rai de France, messire Louis Bourdon , messire GalUot de Gaules , et messire Jean d'Engennes,