‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 91 sur 103 · CHAPITRE CLXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXIII

Gomment le duc de Bourgogne enroya ses lettres à plusieurs bonnes villes du royaume de France, contenant l'état de ceux qoi goovernoient le royaume*

En ces jours le duc de Bourgogne envoya ses lettres- païen tes avec ses lettres closes à plusieurs bonnes villes du royaume de France, afin de les émouvoir et attraire à son parti , dont la teneur s'ensuit.

ce Jean, duc de Bourgogne, comte de Flandre, d'Artois , de Bourgogne , palatin , seigneur de Salms et de Matines, à tous ceux qui ces présentes lettres verront , salut et recommandation de boDoe paix.

» &)mme jadis , par la grâce de Dieu , en ce royaume et ailleurs, nous fussions venus en recommandation et domination , et trouvé la disposition de la chose publique de ce noble royaume être jfouvernée par gens de petit état , et inconnus de lignage , qui à autres choses n'ont attendu fors à eux aller et attraire en secret et en appert par voies innumérables finances de la chose publique, et icelle appliquer à leur singulier profit , si outrageusement que monseigneur le roi, sa noble génération , ses gens et officiers petitement étoienl

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contents , avec ce ils ne payoient pas , ni soufFroient . être payées les aumônes et réparations de lieux et garnisons rojales , fournissoient leurs marchan-^ dises et dépens , et ils ne pajoieut point les autres choses nécessaires et compétentes ; mais , comme dit est 9 ladite finance étoit perdue avec celle qui étoit levée et cueillie par tailles , par empruntements, et autres exactions.

» Nous , à ce ayant regard , considérant la procbainelé du lignage dont nous actenons (appartenons) à mondit seigneur, comme dit est, d'être son cousin-germain ; de lui tenant la duché de Bourgogne et comtés de Flandre et Artois, étant double pair et doyen des pairs de France , et aussi par autres voies sommes obligés à lui et à sa oour ronne, si grandemen t que nul ne le pourroit ignorer; pour procurer de tout notre pouvoir, que lesdits inconvénients cessent , et que bonne réparation fût mise en la chose publique , nous avons fait remontrer en la ville de Paris, au Louvre , en la présence du grand conseil de mondit seigneur , auquel étoit président notre très redouté seigneur et fils , le duc d'Aquitaine défunt, dont Dieu en ait l'ame, en requérant que par son bon avis et acquit de conscience , ils voulsissent pourvoir au bien et conservation d'icelui; à laquelle prosécution adoncVadjoignit avecnous Tuniversiléde Paris j et decenous bailla ses lettres , lesquelles furent publiquement lues à Sainte-Geneviève à Paris, et en générale procession. Et jà*soit-ce qu'il nous lut n^ontré

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semblant de nous volontiers ouïr , et de vouloir entendre à ce 9 néanmoins leur intention étoit autre ; car comme il est tout notoire , nous n'avons trouvé fors eau telles y déceptions , dissimulations et perse vération de tous maux , dont en ce royaume grosses guerres se sont ensuivies ; et ce nonobstant, continuellement nous avons poursuivi ladite réparation, tellement que par potables clercs, tant de parlement que de ladite université, par prudents chevaliers et autres sages bourgeois, furent faites ordonnances tendant à icelle publiée et jurée en la présence de mondit seigneur , séant au lieu de justice , sans quérir nouvelletés ou acceptions de personnes. Mais maintenant la chose est dolente et misérable à raconter, en ce que le contraire a été fait; et est notoire que les dessusdits ravisseurs ^nt trouvé manière de nous éloigner de tnondit seigneur , et tantôt après firent rompre lesdites t)rdonnances, et tailles sur tailles, et prêts sur prêts, reformations , bannissements, décollations, travaux , et autres innumérables perditions , dont notre très redouté seigneur défunt dessusdit prit •très grand'déplaisance, ayant intention de pourvoir en ce de remède compétent; pour lequel remède il nous manda qu'en armes et puissance allissioos devers lui , nonobstant quelque mandement qui nous fût fait au contraire ; et de ce nous envoya trois paires de lettres écrites et signées de sa main. Et pour obéir à lui nous allâmes à Saint- Denis , et vers la dessusdite ville ; mais nous ne

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pûmes pas approcher à lui , car la besogne étoil jà « venue à la connoissance desdits ravisseurs ; et de Jailils saisirent noire très redouté seigneur etfils^ len tenant le châtel du Louvre , levant les ponts, et i tenant les portes closes par certain espace de temps , let firent emprisonner une très grand' partie de s ses serviteurs, tellement qu^oncques puis ne put être en sa pleine franchise. Et jà-soit-ce que par Tespace d'un an et plus ils purent avoir avis que fies ennemis de ce royaume étoient en intention ^avecque toute leur puissance de grever ce royaume, néanmoins^ par leur damnable avarice et concupisjCence , ils ne firent pas au contraire provision et résistance, dont advint que mondit seigneur perdit un port des plus notables de ce royaume, et clef de lous pays, avec la destruction de la plus jgrand' partie de sa chevalerie ; et que ne pourroit savoir les grands périls et dommages qui sont en aventure d'avenir , que Dieu ne veuille ! ,

» Et qui plus est , pource qu'il nous convenoit acquitter en loyauté vers mondit seigneur , en faisant son service , nous , comme loyal parent et vassal , nous avons mis en armes avecque toute notre puissance pour résister et soutenir et défendre ce royaume , comme faire devons. Et les dessusdits rapineurs et dissipeurs firent défense par cités et bonnes villes fermées, qu'en icelles on ne nous laissât pas entrer ni nos gens, ni vivres ne nous fussent pas administrés , comme si nous fussions propres ennemis de ce rovaume. Toutefois , tous ceux de

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notre compagnie mieux aimoient et aiment mondit seigneur très grandement. Et en assemblant manx avecque maux , ils firent emprisonner très grand nombre de prudhommes par les villes et cités de ce royaume ; lesquelles aimoient la conservation etdominalion de mondit seigneur, et il preooitdépUisance à voir les inconvénients dessusdits.

»'Et encore, qui pis est , au temps que mon très redouté seigneur commençoit à connoître leurdiles malices , veuillant à ce obvier selon raison et pouvoir , ils le firent mourir par poison , comme il apparut par les manières de sa mort ; et ce firent-ils augmenter leur autorité. Et quand nous vîmes leur fureur, afin d'échever (éviter), selon notre pouvoir, toute matière de division, nous allâmes en nos pajs de Flandre et d'Artois, et vers notre très cher et très amé frère le comte de Hainaut, afin d'exposer à notre très cher et très amé neveu, monseigneur le dauphin, naguère trépassé, dont Dieu ait Taaae! notre bonne intention et les inconvénients et mauvaises matières dessusdites; laquelle expositioo nous ne pensions pas faire sitôt, pource que nôtredit seigneur et neveu étoit en Hollande ^ et nepat pas sitôt venir en Hainaut pour le péril de la mer. Toutefois, après sa venue, nous allâmes vers lui à Yalenciennes , et lui exposâmes plusieurs choses r et la paix générale à tous qui à nous la youloîeat avoir , excepté le roi Louis , contre lequel noos avons grands intérêts touchant et regardant grandement notre honneur et Tétat de notre personne;

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dont il fut très bien content ; et aussi fut nolredit frère. Et pour la perfection de ladite paix et autres grandes besognes de ce rojaume , ils se transportèrent à Saint-Quentin , en Vermandois , et de là à Compiégne : mais les dessusdits rapineurs , par leurs malicieuses fraudes , attravèrent notredit neveu jusques à Paris, qui en bonne foi procédoit à ladite besogne, et qui du tout ne crojoit pas que pour si grand bieft procureraucunvoulsît attenter à sa personne. Laquelle chose eut été faite , comme il est tout notoire , s'il n'eût à ce pourvu par son sens; car il se départit de Paris hâtivement à petite compagnie, et vint à Compiégneen ce même jour de haute heure, jà-soit-ce qu'il y ait de Paris à Compiégne vingt lieues , et que cet inconvénient ne fut pas tant seulement ; car en ce jour, aux vêpres, notr« très redouté seigneur et neveu fut si très grièvement malade , que tantôt après il trépassa tout enflé des joues , par la langue et les lèvres , ayant les yeux élevés et saillants hors tellement, que c*étoit grand' pitié à voir , vu que celle forme de mourir est une manière dont gens empoisonnés ont accoutumé de mourir i Les dessusdits rapineurs icelui empoisonnèrent comme notredit très redouté seigneur et fils son frère; laquelle chose nous racontons dolentement, tenant fermement que toas^ hons pi^ud'hommes de ce royaume en prendront déplaisance à ouïr réciter la mort d'iceux.

M Ainsi, et en cet état, demeura. la chose, que iesdits rapineurs et empoisonneurs ne voulurent en-

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tendre à ladite paix ni prendre pilié du pauvre peuple de France , qui est misa destruction pourToccasion desdits débats. Vraiment la nature d'iceux est moult malheureuse , qui ne veulent fors mal, et qui ont rompu et enfreint six traités solennelment jurés : c'est à savoir , de Chartres , de Viceslre , d'Auxerre , de Ponloise , de Paris et de Rouvres , en Bourgogne. Lesquels traités et la manière de rompre iceux, présentement nous ne déclarons point y pource qu'ils sont assez notoires/ et que ce seroit trop long à raconter. Les choses dessusdites nous vous signifions» afin que connoissiez vraiment la mauvaisetédes faux traîtres^séditieux, parjures , tyrans , homicides et rapineurs , dissipeurs et empoisonneurs des choses dessusdites, qui sont sans foi, sans loyauté , remplis de toute trahison , cruauté et déloyauté ; et vous faisons savoir que jà-soit-ce que nous prenons patiemment, comme faire devons , les déplaisirs et persécutions qui nous ont été faites touchant notre personne) ayant devant nos yeux ce qui est trouvé es anciennes histoires, tant divines qu*autres, que communément les amis de Dieu et de la chose publique furent merveilleusement persécutés pour leurs pro* sécutions vertueuses , néanmoins , notre bonne intention et volonté est de poursuivir de toute notre puissance , à l'aide de notre créateur et de nos bans parents et amis , vassaux , alliés et bienveillants de la couronne de France, et de nous, et la bonne prospérité de mondit très redouté sei«

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gneur, notre souverain seigneur, la destruetion duquel v qui seroit caiKse delà destruction des autres ile sou royaume ; et aussi de poursuivir justice et punition des coupables des deux dessusdits empoisonnements et de leurs adhérents et conTortants, si longuement que Dieu lui prêtera la vie au corps. Avecque ce poursuivrons ladite réparation de ce royaume par nous commencée y comme dit est , et le relèvementdu pauvre peuple , qui si grièvement est grevé et oppressé par aides, impositions, tajUes et gabelles , dîmes , dépouilles et autres exactions. Nous avons conclu et fermé en notre courage de soutenir tous preux et nous y employer de tout, notre pouvoir.

» El pour ce vous prions, et néanmoins sommons surlafoietobédiencequedevezàmondit seigneur et à la chose publique de son royaume> à eschever (éviter)crimede lèse-majesté, que vousetchacunde vous veuillez aider, conseiller et conforter àfaire punir les détruiseurs delà noble mégnie(maison)deFrance, et coupablesdes fausses trahisons, homicides,tyrarinies et empoisonnements dessusdits , comme vous êtestenusselon raison divine, naturelle etcivile; et ence nous connoîtronssi charité , loyauté et vertu et cre» meur (crainte) de Dieu est en vous, à réprimer toute leur tyrannie, cruauté, déloyauté, fureur, vanité et avarice; etpar ce seraeschevés (évités) la destructioa^ <jle France et mondit seigneur sera obéi et honoré. . Laquelle chose est que plus désirons en ce monde, et que semblablemeat plus devez désirer. Et airisL

4^4 GBRONIQUCS D*£nQUER AAUD (lit?)

sera le royaume en paix , les églises seront défendues , mauvaisetés punies , et injures faites au peuple cesseront. Certainement icelle chose est digne et nécessaire que vous en icelle veuillez occuper vos cœurs , et non quérir la grâce des faux traîtres ' et damnables gens dessusdits, en vilipendant la grâce divine. El ne doutez aucun devons que notre intention soit à prendre Vengeance desdits déplaisirs qui nous ont été faits; car nous vous promettons, sur la foi et loyauté que nous devons à Dieu, à mondit seigneur et à la chose publique de son royaume , que toute notre intention et volonté est d'empêcher de tout notre pouvoir que mondit seigneur et son royaume ne viennent pas à destruction , laquelle procurent notoirement les dessusdits traîtres, détruiseurs , rapineurs et empoisonneurs; et que raisonnable punition soit faite de ceux qui , par avis à ce nous aideront , conseilleront et conforteront; et pour cette cause voulons, et par ces présentes nous offrons paix à tous ceux qui la voudront tenir et avoir avecque nous , excepté le roi Louis, pour là proséculion de notre bonne intention , tendant au bien de mondit seigneur et de son royaume ; sachant qu'en cette loyale et nécessaire prosécution nous attendrons jusques à la mort sans autres attentes ou douces voies devers les dessusdits traîtres, détruiseurs et empoisonneurs ; car cette besogne a eu trop longue dilation , et chacun peut assez considérer qu'iceux sont tous obstinés à détruire la dessusdite noble

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maison de France, toute la noblesse , et généralement tout le royaume , et mettre icelui en main étrange. Nous avons ferme espérance en Dieu, qui connoit le secret des cœurs , que nous viendrons à la conclusion du bien dessusdit par moyen des bons et loyaux sujets de ce royaume, lesquels en ce cas nous soutiendrons, mainliendronsetseronsavecque eux pour les maintenir perdurablement en toutes leurs noblesses , franchises et libertés. Et ferons à notre pouvoir qu'ils ne paieront dorénavant tailles, aides, impositions, gabelles ni autres subsides , ni quelconques exactions, comme requiert le noble royaume de France; et contré ceux qui viendront au contraire ou qui dissimuleront en cette partie, nous procéderons par voie ennemie de feu et de sang, soit universités , état ou communautés, chapitres, collèges, nobles et tous autres, de quelque condition qu'ils soient,

» En témoin de ce, nous avons signé ces présentes de notre main, et fait sceller de notre scel secret en l'absence du grand.

» Donné en notre châlel de Hesdîn, le vingt-quatrième jour d*avril , l'an de grâce mil quatre cent dix-sept, après Pâques, »

Lesquelles lettres dessusdites furent envoyées es villes de Monlreuil, Saint- Riquier, Abbeville , Dourlens , Amiens, Corbie , Saint-Quentin, Roye, Mont-Didier, Beauvais et plusieurs autres lieux; et par le moyen d'icelles y eut plusieurs bonnes villes et communautés, qui très fort furent émues au contraire de ceux qui gouvernoient le roi.

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