CHAPITRE CLXXV
Comment Raoul de Gaucoart , bailli de Rouen , fut mis à mort par aucuns de la communauté ; du gouvernement d'iœux ; et dé la Tenue du dauphin audit lieu de Rouen.
En ces propres jours, par l'exhortation d'aucuns quiétôient favorables et aimoient le parti du duc de Bourgogne, se mirent sus, pafmanièrederébellion, aucuns méchants gens et de peut étal, en la ville de Rouen; desquels éloil le principal un nommé Alain Bianchart, qui depuis fui capitaine du commun d'icelle ville. Et de fait allèrent à la maison du bailli royal de ladite ville de Rouen , nommé messire Raoul de Gaucourt , chevalier; et tous armés et embâlonnés husquèrent (frappèrent) à son huis très fort, disants à ceux de dedans : «Nous voulons çy M entrer, et parler à monseigneur le bailli pour lui M présenter un traître que nous avons maintenant » pris en la ville. « Et pou voit être environ dix heures de nuit.
Auxquels fut répondu par iceux serviteurs , qu'il missent leur prisonnier sûrement jusques au lendemain. Néanmoins par leur importunité, tant par force comme autrement , ouverture leur fut faite; et tantôt ledit bailli se leva, et, aiFublé d'un grand mantel, vint parler à eux. Et lors aucuns de
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la compagie, qui avoient les faces mucées (cachées) l'occireot cruellement; et après, eux partant de là, allèrent en l'hôtel de Son lieutenant, nommé Jean Léger, et le mirent à mort, et de là en autre lieu en tuèrent jusques à dix. Mais aucuns des autres officiers, comme le vicomte et receveur, de ce avertis, s'enfuirent au châlel, où ils furent reçus par messire Jacques de Bourdon, qui en éloit capitaine. Et lelendemainaumatins'assemblèrentceuxduditcommun en très grand nombre , et allèrent en armes devant ledit cbàtel, sur intention d'entrer dedans; lequel leur fut bien défendu par ledit capitaine, quiavoit avecque lui cent soudoyers de par le roi pour le garder. Et en la fin , après plubieurs paroles, fut traité entre eux , qu'audit châtel entreroient seize hommes des plus notables de la ville, pour parler audit capitaine sur aucuns affaires qui moult lui touchoient. Lesquels dès ce qu'ils y furent entrés s'excusèrent moult de la mort dudit bailli et des autres, et aussi toute la communauté de la ville, disants que moult seroicnt joyeux , si les facteurs étoient connus et punis; car pour leur homicide moult cremoient (craignoient) le roi et son fils le dauphin ; et pour ce lui requéroient qu'il leur baillât ledit châtel à garder ; laquelle requête leur fut refusée.
Secondement requirent que la porte du châtel , vers les champs, fut condamnée; et pareillement leur fut refusé,
Tiercement dirent que si le roi , ou le dauphin ,
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avec leur puissance vouloit entrer dans leur ville, ils lui refuseroient l'entrée. Et après , lui prièrent très humblement qu'il voulsit excuser lui et le commun devers le roi et le dafiphin son fils. Auxquels ledit capitaine répondit; qu'il les excuseroit en temps et en lieu ; et puis leur conseilla qu'ils fissent ouverture au roi et à son fils s'ils y venoienl.
Après lesquelles paroles les dessusdits bourgeois rentrèrent en leur ville. Et depuis lesdits jour^ ensuivant, ce qu'ils doutoient advint; carie fils du roi, partant de Paris atout(avec) deux mille combattants, alla au Pont de l'Arche , duquel lieu il envoya l'archevêque de Rouen , son cousin , frère au comte de Harcourt, audit lieu de Rouen, pour enhortericeux à obéir au dauphin. Et quand il fut venu , il trouva à la porte aucuns des chanoines de l'église cathédrale armés , avecques les bourgeois , auxquels il exposa le mandement dudit dauphin , et ils lui répondirent qu'il savoient tous ensemble conclu qu'en la ville pas il n'entreroit à (avec) toutesa puissance ; mais s'il y vouloit aller à petite compagnie et payer ses dépens , ils étoient contents , et non autrement.
Et adonc ledit archevêque , voyant qu'il ne pouvoitrien besogner, retourna vers le dauphin, exposant ce qu'il avoit vu et ouï. Et après ledit dauphin manda Pierre de Bourbon, et puis alla logera Sainte- Catherine en la montagne ; en la fin dit audit de Bourbon : « Notre cousin , allez en votre châtel , et » par la porte des champs, recevez deux cents
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n hommes d'armes et autant d'archers, que nous » vous enverrons. » Laquelle chose fut ainsi faite ; pourquoi ceux de la ville furent remplis de grand* fureur. Toutefois , en dedans les trois jours en suivant, icelui dauphin , par traités , entra en la ville avecque toute sa puissance , et alla à cheval jusques à la plus grand' église faire son oraison , et fut logé audit cbâtel. Et après huit jours qu'il eût traité avec ceux de Rouen, en les confirmant en obéissance , et en pardonnant tous leurs forfaits, excepté les occiseurs dudit bailli , il se partit avecque , tous ses gens, payant leurs dépens, et retourna à Paris , où il ordonna nouvel bailli de Rouen le seigneur de Gamaches, commandant à icelui qu'il prît punition de tous les homicides trouvés coupables^ par bonne information, de la mort de son prédécesseur; et ainsi fut fait des aucuns. Mais le dessusdit Allain Blanchart s'absenta certaine espace de temps; et depuis retourna en ladite ville de Rouen , où il eût grand autorité , et gouvernement, comme ciaprès sera déclaré.
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