CHAPITRE XLI
De Pûbdissance que Philippe, dac de Boar^;og|ie, envoya rendre au pape Pias , et comment deux compagnons tuèrent deux autres , embastonne's amsy comme par miracle ^ et plusieurs autres choses.
AuDîT an cinquante-huit, environ le Noël, Philippe , duc de Bourgogne , envoya rendre obâssance de ses pays au pape Pius , et y envoya une très grande ambassade. De laquelle ambassade estoit chef Jacques de Coimbres , cardinal de Lisbonne, nepveu de la duchesse de Bourgogne , et avecq luiTévesque d'Arras, Jehan, lesquels pour lors estoient en cour de Rome; et des paysdudit duc y alla messiré wSymon de Lallaing , chevallier sage et discret, Antoine Rochebaron, chevallier, sieur de Brueil, et deux. docteurs en théologie et autres.
En ce temps , le lenden^ain du jour de Noël , entre le villaige nommé le Franoy, et la ville Bappaumes , deux compagnons, frères, fils du marissal de Franoy , sç meirent en aguet à la requeste de leur mère, et rencontrèrent deux compagnons, frères, dont l'un^ estoit josne clereq et l'autre sous-diacte, lequel estoit sans baston, l'autre avait ung baston. Lesquels deux frères sitost qu'ils veirent les deux fils du marissal vers eux embaston-
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nés , sy se doublèrent et tournèrent autre chemin pourleseschiever (éviter); ce voyant, les fils du marissal sy couppèrentlespoullannesdeleurssoulliers et fuirent après eux tellement qu'il les rattaindireivt et leur escrièrent : à la mort! Quant ce veirentles deux autres frères , sy se retourna et commencha le clerc à parler en leur disant : « Nous ne vous » meffeismesoncquesriens, et sy ne vous demandons » riens ; sy vous prions que en l'honneur du jour de » Noël , quel jour il fust hier , que vous ne nous » veuillez mal faire et nous veuillez laiSser aller en » paix. » Lors les fils dudit marissal en regniant et blasphesmant Dieu , commenchèrent à les assaillir, Tun le clerc, l'autre l'autre. Par es* pecial cellui qui assayllit le jôsne , Im lancha un coup et le cuida avoir occis ; mais ung pain qu'il avoit en son sein le saulva ; après le férit en la teste et le navra. Lors ledit clerc , qui toujours prioit mercy, voyant que mercy n'y valloit riens , sy se meit à deffense , tellement qu'il desbatonna son adversaire , et de ses^ propres bastons le tua ; puis alla au secours de son frère qui se deflTendoit à Faûtre fils du marissal. Quand il apperce\it que son frère estoit mort et qu'il ne valloit guèt?€S mieux , sy se meit à genoux en priant mercy aux dessusdits frères , et leur pardonna la mort de son frère et la sienne s'il ne pooit res*chapper ; et s'il pooit reschapper ou parier ains sa mort, il les disculperoit de leur mort à ses amys, car bien avoient desservi ce qu'ils avoient ;
lesquels fevres ne leférirent plus, lesdites paroles ouyes, ains le laissèrent aller ; lequel avoit bien aix-huictplayes, desquelles playes au bout de quatre jours il ittourut ; mais àins sa mort , coinme il leur avoit promis, en la présence de ses amis, il confessa comment à tort et sans cause , il les avoit espiés et assaillys , et descouppa (disculpa), etdit que ce qu'ils avoient fait avoit esté par l'instigation de leur mère, femme dudit marissal, laquelle leur avoit commandé ce faire, en disant qu'elle les regnioit, s'ils» ne tuoient ou descouppoient lesdits deux frères ; et la cause pourquoy , c'estoit qu'elle avoit eu parolles à la mère ou père de la maison desdits frères. Pour lesquelles parolles ou desbats, le sieur de Happlincourt leur avoit deffendu l'œuvre de fait, après ce qu'il n'avoit pu faire la paix; et pour ceste cause s'estoit ledit marissal party dudit lieu de Franoyet estoit allé demeurer à Bapaumes. 3e mets ce en escript , car il peut sembler que ce fut œuvre de Dieu ; car ceux qui vindrent pour tuerfeurent tués, et, à leur tort, non ayant mercy d'autruy.
En ce temps aussi, la nuict des trois roys,trespassa de ce siècle Marie de Borgne , fUle de CoUart de Borgne, bourgeois d'Arras, laquelle Marie avoit espousé un bourgeois d'Arras , nommé Roland Cardon, duquel avoit un fils, et en estoit demourée vefve en l'âge de trente ans; laquelle vefve, après la mort dudit Roland, son tnari, mena moult dévote et honnête vie, en accomplissant les œu-
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vres de miséricorde , et faisant le commandement de Dieu et moult asprement cliastiant son corps par pénitence ; et mesmement après la mort de son mari, quitta plusieurs grosseS sommes d'argent qui lui estoient dues , tant à causé de prez, que ledit Rolland avoit preste à plusieurs marchands , tant de vin comme autrement , en prenant gagnage, c'est à scavoir , sur chacun muid de vin qu'il vendoit , seize sous ; et quitta les arrérages et principal; et avec ce rendit plusieurs lettres de rentes viagères, et quitta ceux qui lui debvoient , et dont elle avoit , ou son mary , receu lé principal de la somme, et aux autres ne prenoit que le résidu du principal de la somme qu'ils debvoient sans compter les rentes pour reste. Icelle noble vefve revestoit plusieurs povres, visitoit les chartriés, et leur donnoit de ses biens, leur lavoit leurs linges; et plusieurs autres vertus av(5it, et autres bonnes œuvres faisoit, et feit jusqu'au jout de son trespas; et fut vefve environ douze ans ou quatorze ans. Dieu par sa grâce lui fasse mercy ; car la commune renommée estoit , et tellela tiens, que c'estoit une bonne, dévote et sainte femme.
Environ ce temps aussi, Philippe, duc de Bourgogne , pour obvier aux larchins que les Anglois faisoient, tant en se$ pays comme ailleurs, meit garnison à Boulogne , à Arras , à Gravelines , Fresnes , Saint-Omer et autres places ; et ne lust ce fait seulement, adfin que quand lesdits Anglois aljoient courre, qu'ils fussent prins par ceux desditès gar-^ ni sons avec ceux du pays.
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CHA*mTRR XLII.
De la mort da duc de Bretaigne^ et d^une grosse ambassade des Orecqs qui yindreat devers le duc ; et comment la paix fust laite du comte de Sainct-Polet du duc de Bourgogne, et autres choses.
Audit an cinquante-huit, environ le jour de Noël, mourut et cloist son dernier jour, Artus, duc de Bretaigne, comte de Richemont et connestable de Franche ; et mourut sans avoir hoirs de sa chair. En laquelle duchié de Bretaigne, succéda Jehan de Bretaigne , comte d'Estampes. Et pour tant que Jehan de Bourgogne se disoit aussi comte d'Estampes, le roy de Franche tenoit ladite comté en sa main , et comme on disoit en hailloit les proufits audit Jehan de Bretaiarne ; lequel Jehan estoit fils du frère du vieil duc de Bretaigne et duc Artus , et de par sa mère estoit fils de la sœur du duc d'Orléans^
Envirorî ce temps aussy , fut l'accord fait d'entre Philippe, duc de Bourgogne, et le comte de Sainct-Pol ; et vint le comte devers le duc à Mons eu Haynaut , là où ledit duc le receut très bénignemeat j et parlèrent par plusieurs fois le duc et le comte moult privément ensemble seul à seul. Duquel accord chacun fust moult joyeux, et n>esme le comte de GharoUois, fils dudit duc, lequel fes-
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toya le comte moult haulteirient en màngiers et autrement, sy firent les seigneurs et princes.
Environ ce temps aussi , vint une ambassade dé Grèce devers Philippe, duc de Bourgogne, etestoient environ cinquante chevaux ; lesquels ambassadeurs i'eirent requeste et prière au duc qu'il volsist estre ou envoyer à certaine journée assignée dé par notre saint-père le pape Pius, où le pape et touts les princes chrétiens debvoient estre et envoyer pour aucunes causes touchant la chrestienneté; lesquels ambassadeurs le duc honora, bienviègna et festoya moult noblement et haultemeoi, et teur donna des beaux dons, et leur promit de y envoyer. Après ce se partirent les ambayadeui*Si
Environ ce temps, ledit duc de Bourgogneen voya le bastard de Sainct-Pol , chevalier, sieur de Hautbourdin , et autres de ses conseillers en ambassade en Angleterre.
Oudit an aussi cinquante;huit, environ laChândrf^ lier> revinrent les ambassadeurs d'Angleterre, qui estoient allés devers le roy de Franche, pour cuider trouver alliance à lui par le marriage ou trefves*; et avoient niené plusieurs hacquenées en espérance de les donner; mais la roy ne ne voulut parler à eux ; ne bommel de son royaume , ni de sa cotir , prendre nulle de leurs hacquenées; aips s'en retournèrent sans rieos faire, et nepàssè?eat pbintla ville de Rouen.
Audit arîi , le penultiesme jour de janvier, en la
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ville d'Arras, ung nommé Gilles Daulet, bourgeois d'Arras , lequel avoit esté homme de guerre , de l'âge de soixante ans ou plus, mourut sans confession , et sans parler, ainsi que à minuict ; et n'a voit oncques eu ne sens ne cognoissance depuis que la maladie lui prist ; laquelle lui prist le soir de devant, ainsi qu'il revenoit de jouer à dez, qui fust le lundi au. soir, et il mourut le mardi, à minuict. La cause pourquoi je le may (mets) par escrip test pour tant que, jà-soit-ee que ledit Gilles fust riche homme et euist bon sens naturel, et à l'église fust de bonneste vie, tant de régnier Dieu, motàmot, de jurer les saints et saintes , et blasphémer déshonnestement la vierge Marie , comme de jouer aux dez, tables et autres jeux, brief, il se délectoit du tout à mal dire, à mal faire et à veoir mal faire, et estoit homicide, pourquoi il peut sembler que se il fust de meschante vie, aussi il finameschantement.
Environ ce temps aussi, entour la Chandelier, au pays de l'Alloeu, fust ards le fils Jacques du Bois, pour l'ord et maudit peschié» dé sodomie; et disoit-on que si ledit Jacques pèrç euist vécu , lequel estoit de nouvel trespassé, il euist esté aussi ards pour ledit peschié; et en raccusa plusieurs sans aucuns qui estoient prins ; dont trois jours après fust ards encoires ung audit pays, lequel estoit bastard de Bourgogne.
Oudit an aussi, le vingt-uniesme de janvier, en la ville de Hesdain , un nommé Olion d'Aix tua d'ung coup de dague Andrieu de Fontaines, fils de Bau-
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duin de Fontaines , de l'âge de vingt ans, ou environ ; et la cause fust pour ce que- ledit de Fontaines estoit venu monier où ledit Olion estoit en feste avecq les sœurs dudit de Fontaines, auquel ledit Olion demanda qui il estoit, lequel ne se vollut nommer, pourquoi ledit Olion lui donna ung coup de dague, duquel il mourut prestement sans parler, sinon qu'il dit à sa sœur, qui illecq estoit : « Ma sœur, je suis mort, » laquelle sœur dudit de Fontaines ledit Olion eut, comme on disoit, voUontiers eu en marriagé; et estoit ledit de Fontaines très bien ami et compagnon dudit Olion, et ne cuidoit point ledit Olion que ce fust ledit de Fontaines.
Et en -ce temps, environ six jours après ce fait, en la ville de Hesdain, on ardit ung compagnon pour ledit peschié de sodomie.
Audit an aussi, le vingt-quatriesme de febvrier, par ung samedi au soir^, en la ville de Douay^ entre la porte d'Esquerelins et la seconde porte, feurent ardses plusieurs maisons , au nombre de vingt ou vingt-quatre ; et se prisl par une femme par mescher en une estable , et fust ardse la femme , par quoi le feù se prist, parce qu'elle ne sceut vuidier assés tost de l'estable où le feu se prist.
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