‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 103 sur 125 · DE J. DU CI^RCQ · texte numérisé non relu

DE J. DU CI^RCQ

il fust preschié publiquement, et jà-soit qu'il eust autrefois esté preschié put)liquemenl ailleurs, ne se vollutoncques rappeler, ne monstrer nuls signes de foi, mais disoitque feu que on allumast entour lui ne le polroit ardoir ; mais il mentit , car sitost que le feu fust boutté es fagots , il fust subitement ardselbrUslé.

Oudit an cinquante-huit, le jour du jeudi absolu, mourut Georges de Rocquillos, chevalier, sieur de Philomez, auchasteldeBemray, lequel estoit principal gouverneur de messire Anthoine, bastard de Bourgogne 5 et usoit ledit bastard de son cofiseil ou en partie. Icelui Georges avoil esté à la prinse de Luxembourg, où il avoit esté l'ung des quatre butiniersdes biens de ladite ville ; et fust son principal escoeuil , car il n'est nul qui sceut dire au vrai les grands larcins que on y feit depuis ceste prinse de Luxembourg, qui fust l'an mil quatre cent quarante-deux, que icelle ville fust prinse et emblée (enlevée)par les gens du duc de Bourgogne; et faisoit icelui Georges marier les serviteurs et archiers dudit bastard par forcbe apx filles des bons marchands, bourgeois ou ricbes labouriers, ou il falloil que les riches se appactissent (composassent) à lui par argent. Il faisoit parles prélats donner bénéfices, tant par forche que par amour; brief , il faisoit faire plu-sieurs choses illicites et irrésonnables, et aussi sa fin fust moult petite et périlleuse; car, combien qu'il fust sept jours malade, et qu'il fust fort admonesté, tant par son curé que par le gardien des frères mi-

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neurs de Béthune, lequel gardiea ledit curé le avoit envoyé quérir pource qu'il lui sembloit que ledit Georges ne voUoit ordonner ne* penser à sa conscience, comme bon chrestien doit faire, quelque admonestement que lesdits curé et gardien lui feissent , en lui encoires remonstrant le saint temps où il estoit, et qu'il estoit la péneuse et sainte semaine, icelui Georges mourut sans confession ne autres sacrements ; et feit plusieurs signes à sa mort, et à peine n'osoit nul approchier près de lui; et lui mort, son corps fust prestement tout noir.

En ce temps aussi mourut Arnould de Gouy , chevalier, grand baillj de Gand, lequel, par sa subtilité , jà-soit-ce qu'il fust de petit lieu venu de la ville de Douay, comme de bourgeoisie ou marchands, il s'estoit tellement conduit par sa subtilité , qu'il avoit esté long-temps bailly de Douay, et puis fust grand bailly de Gand , et avoit esté en , Cipre et ailleurs en plusieurs ambassades de Philippe, duc de Bourgogne; et avoit tant prouffité tant en jeus de dez, en gouvernement de justice comme autrement , qu'il estoit parvenu riche homme , et a\^oit achepté plusieurs belles terres, et fait son aisné fils chevalier, combien que au commenchement il n'avoit pas vaillant cent escus , comme on disoit.

Envirou ce temps après Pasques, l'an mil quatre cent cinquante-neuf, messire Jehan deCroy, sieur de Ghimay, et le sieur de Lannoy, gouverneur de Hollande, retournèrent de l'ambassade où ils es-

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toient allés, de par le duc de Bourgogne , devers le Toy de Franche , et disoit~on qu'ils avoient peu ou néant besoignié, et que, jà-soit-ce que le duc dé Bourgogne euist fait et envoyé par escript au roy plusieurs notables remontrances, en se humiliant , il ne avoit eu que rigoureuse response;, et sur chacun article que le duc avoit envoyé par éscript, on lui avoit respondu par escript très poignamment ; pourquoi on craignoit que ledit roy ne voullust esmou voir guerre contre le duc.

Oudit an cinquante-neuf, le premier jour d'apvril^ le fils de Jehan Malet, maistre de la chambre des comptes à Lille, lequel , par forche d'amis, estoit issu de Ripplemonde, où il avoit esté envoyé, comme dessus estxlit, quant son frère fust descappité, et se rendit en la maison de son père, à Lille, en continuant en ses mauvaises œuvres , et sy estoit banni de ladite ville , fust prins et mené au chastél de ladite ville, et illecq prestement descappité.

Environ ce temps aussi, en ladite ville de Lille , en une maison que on appelle Le Beau Regard , fust tué le bastard de Carmi , par ung nommé Jean Watel , sergeant du gouverneur de ladite ville.

Audit an aussi, le vingt-quatriesme d'apvril, mourut damp Jehan Jonglet, religieux et prieur de l'église de Saint- Vaast d'Arras, lequel , comme il pooit apparoir à touts ceux qui le veirent , fina en moult vraie foi et oit moult belle fin, comme vrai

3o2 MÉMOIRES {^h)

clirestien , et aussi avoit-il esté tout son temps de très belle et honneste vie et très bien servi Dieu.

Oudit an aussi , le premier jour de mai, en' la ville d' A vesne-le-Comte , lequel jour estoit la feste , vint ung gentilhomme, nommé Philippe de Brimeu, capitaine de Lucheux, lequel estoit au comte deSainct-Pol, accompagnié de bien vingtquatre hommes de guerre, tant de pied qu'à cheval; etillecq, environ deux heures après midi, trouvèrent Aignieux de Croix, compagnon de guerre , auquel ils donnèrent bien dix-sept ou dixhuictplajes; et illecq fust descouppé tantes bras , jambes , visaige , teste que ailleurs , car ils ne le voUoient point tuer; aiiis rlisoit toujours ledit Philippe , qu'ils ne Je tuasssfent point ; mais à chacun horion que on lui donnoit, on lui disoit que le comte de Sainct-Pol se recommandoit à lui. Et la cause pourquoi on lui feit ce , estoit pour tant que ledit Aignieux , environ huict ans devant , accompagnié de plusieurs compagnons, avoit battu et vilenné le bailly et sergeant de la ville de Sainct- PoL Desquels compagnons aucuns avoient esté pendus et exécutés à mort, tant pour ce que pour autres choses, et en avoient esté pareillement descoppés ; et disoit-on que encoires seroient ainsi habiliés ceux qui avoient esté avecq ledit Aignieux ledit baillv battre. ,

Oudit an mil quatre cent cinquante-neuf, le dix-huict de maj, après disner, ung chanoine de Nostre-Dame d'Arras, nommé messire Nicaise le

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Vasseur, lequel avoit long-temps gouverné le chapitre d'Arras , en l'âge de quatre-vingts ans ^ en allant aux vespres , et avoit fait bonne chière au disneretne se sentoitde rien malade, es cloistres de l'église , droit sur la tombe d'ung chanoine , surnommé Vaigier, auquel messire Nicaise avoit fait moult de travail et de peine en son temps à cause des chanteries de l'église , soudainement chéit tout mort , sans montrer tjuelques signes de vie. Icelui messire Nicaise estoit famé de avoir tenu une femme de laquelle il avoit deux filles, lesquelles , comme on disoit , il avoit cognu charnellement. Par espécial de l'une avoit eu une fille , laquelle il cognut aussi charnellement ; totitesfois icelui messire Nicaise faisoit très honorablement toutsles bons jours et grandes festes le serviche divin , c'est à sçavoir , chanter grandes messes, vespres, et estre au choeur de l'église , et bien lui séoit à le faire.

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