‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 16 sur 125 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

De la bataille de Rippelmonde, et comment Cornille, fils bastard du doc de Bourgogne, j fust tuë, et comment aussi les Gantois fearent des* confits.

Le seiziesme jour de juing, audit an cinquantedeux, se partist Philippe, duc de Bourgogne, de Rippelmonde , et touts ses gens avecq lui, pour aller combattre les Gantois; mais au despartir, il ordonna

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trois batailles. La première bataille , que on appelle «yant-garde, mena le comte de Saint-Pol, avecq lui ses deux frères, et Cornille bastard dudit duc , le sieur de Saveuses, et messire Jacques de Lallaing. et autres chevalliers et escuyérs et archiers ; la se-

les Gantois, en grand nombre, fiers et orgueilleux ; et lesquels ne craindoient lors le duc leur seigneur et maistre, ne toute sa puissance. Lesquels Gantois avoient fait ung moult fort boullovert fort garni d'engins; et avoit en escript sur chacun engin , lequel mestier de Gand le5 avoit envoyés. Le duc, qui estoit ung valliant et hardi chevallier , et moult duict et stillé en armes , combien l'avoit monstre en son temps, s'appensa bien que si les Gantois véoient de prime face toute sa grande puissance , qu'ils ne vuideroient point de leurs forts; parquoi il envoya aucuns courriers et gen^ de guerre devant , et leur dict que si véoyent les Gafitois , qui estoient fiers et orgueilleux ,

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à ba- ^e , tant !t boulle duc nt près que la ïhèrent ns Gangnirent rs s'en- Quand :*s, cuie , saili^erts et fort, en belle ordonnance, et rengiés en bataille pour courrir sus au duc leur seigneur; et commenchèrent à marcfher vers l'ost du duc. Quand les courretirs veirent ce , sy vindrent au duc , et lui certiffièrent cpie les Gantois estoient et venoient en bat^Ue contre lui ; lors feit le duc touts ses gens descendre à pied , archiers et faoïtimes d'armes , réservés aucuns hommes d*armes ; et ainsi en belle ordonnance • les deux osts cou^menchèrent à approcher l'uûg de l'autre. Sitost qu'ils feurent près, sy commenchèrent à tirer les Picards sur les Gantois , et les Gantois sur les Picards , de coulevrines et crapaudaux; mais les Gantois feurenl; prestement si lardés des traicts des Picards, qu'ils ne pooient plus souffrir, ains se meirent en fiiite. Lors les hommes d'armes du duc se férirent entre

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eux, les cachant (chassant) et tuant ;;et en celle cache y oit ung vaillant et hardi chevalier nommé Cornille, fils bastard du duc Philippe de Bourgogne, capitaine.de Luxembourg, lequel, en cachant et tuant lesdits Gantois, fust iéru d'adventure d'ung Gantois, d'une picque au hastrel; et n'avoit point ledit Cornille de gorgerin ; duquel coup il mourut prestement. Quand les gens du duc veirent le chevalier mort, sy le vengèrent fièrement, car ils occirent tant de Gantois^ qu'on nombre Jes morts des Gantois jusqu'à quinze cents ou plus ; ceux des Gantois qui poeulrent eschapper feirent tant par fuire , qu'ils vindrent à Acres, ung très gros et fort villaige , lequel estoit très bien bouUoverequié ; et jusques audit Acres les suivirent, touts tuants les gens du duc de Bourgogne.

En ceste bataille, se porta moult vaillamment messire Jacques de Lallaing, chevalier. Après ceste bataille, le duc rassembla ses gens et loua Dieu de la victoire qu'il lui avoit donnée , sans que de ses gens fussent morts, sinon son fils bastard, duquel il fust naoult dolent ; et à la vérité ce n'estoit point sans raison , car ledit Cornille estoit preux , courtois et valliant chevalier ; et sy estoit aimé en toats lieux où il repparoit. Le duc fit portçr le corps dudit Cornille à Bruxelles, et enterrer à Saint-Nicolas; et y fit faire un moult riche service, auquel lui-mesme y fust; puis retourna avecq ses gens , et feit mener touts les engins qu'il avoit conquis sur lesdits Gantois, en la ville de Bruxelles.

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