‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 30 sur 125 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Comment Philippe , duc de Bourgogne, envoyai Courttay son marischai de Bourgogne et le feit capitaine principal de touts ses gens dWmes, et des garnisons qu'ilymeit es bonnes villes j des ordonnanches que feit iceluy marischal , et des feus qui feurent bouttës.

Quant le duc de Bourgogne eust, assemblé ce qu'il avoit de gens de guerre , il ordonna garnison àTerremonde, Courtray , Aloste, Audenarde, et par toutes les bonnes villes et passaiges par où vivres pooient venir dedans la ville de Gand; puis ordonna le marischal de Bourgogne principal capitaine de touts ses gens d'armes , et le commist pour garder la ville de Gourlray avecq plusieurs chevaliers et escuyers de Picardie. Ce fait, ordonna son fils Anthoine , bastard , à garder la ville de Terremonde; messire Symon de Lallaing et messire Jacques , son nepveu , à garder la ville d' Audenarde. Lesquels feirent maintes valliances, par especial icelui messire Jacques ; puis commist messire Anthoine de Wissecq, chevalier, à garder la ville d' Aloste. Après ces garnisons envoyées et données par le duc , Adolf de Glefves, son nepveu, se partist de Courtray et retourna à Lille.

Or , vous veuille parler du marischal de Bourgogne , lequel, incontinent qu'il fust arrivé à Cour-

(»45«) DE J. DU CLBRCQ. 6i

traj, feit crier et publier par tout le pays, que touts ceux qui voldroient tenir le parti du duc , meissent leurs biens en lieu seur, et ne laissassent rien à cinq lieues près de Gand , sur péril de tout perdre et leurs corps , s'ils estoient trouvés ; et feit pendre tous les prisonniers qu'il pooit sçavoir qu'ils estoient Gantois, lesquels on tenoit prisonniers; et à certes la guerre estoit si mortelle et avoit esté toujours , par spécial , du costé de ceux de Gand , que touts1:eux qu'ils pooîent prendre tenant le parti du duc de Bourgogne , leur seigneur , pour quelques finances qu'ils euissent sceu baillier , ils ne euissent esté respités de mort, que prestement qu'ils estoient prins ne feussent décàppités ou pendus ; et de tant qu'ils les euissent peu prendre nobles , chevaliers ou princes , de tant eUissent esté plus joyeux de les faire mourir, ne jamais n'en euissent nulsrespilé de la mort; et n'y vailloitrien ranchon qu'on euist sceu baillier. Mais la chose n'estoit point si criminelle du costel du duc , car quant ils prenoient un prisonnier, ne leur tolloient vie , et ils le mectoient très voUuntier à ranchon. Toutesfois , pour cry que sceut faire le marischal , touts ceux des villaiges d'entour Gand tirèrent leurs corps et leurs biens dedans Gand. Quantlemarischal de Bourgogne perchent ce , il feit partout boutter les f^ues, et ne laissa rien à cinq lieues de ^ Gand , que tout ne fust ards et bruslé , et par espécial qui fust en pays de refuge ; et si d'advanture laissoit aulcuns villaiges qui tinssent le parti

62 MEMOIttES (^5^^

du duc , pareillement ceux de Gand les ardoient • et par ainsi d'ung costel ou de l'autre, toutfust ardsetbruslé*

Page 1