‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 50 sur 125 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Comment cealx qui estoient dedans Gavres eulrent promesse des Gantois de les secourir, et comment Jehan de Vos escbappa de Gavres, et alla quërir les Gantois , et comment ceulx du chastel se rendirent.

On dit à ceux de Gand que le duc debvoit assiéger le chastel de Gavres, pourquoi les Gantois envoyèrent ung homme d'armes anglois, nommé Jehan de Vos, lui Seizième de gens de guerre , avecq ceux qui estoient au chastel ; et dirent ceux de Gand à Jehan de Vos et à ceux de sa compagnie, qu'ils y allassent hardiment, et recotifortassent ceux dedans ledit chastel de Gavres ; car le duc n'auroit point sitost meis le siège devant le chastel , que vingtquatre heures après ils ne livreroient bataille audit duc et à ses gens , et le leur prortîireht à tenir fer-

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mement ; et disoit-on qu'ainsi ils avoieut promis à ceux de Poucres , dont ils n'en tindrent rien. Après toutes ces choses ainsi faites , le duc meit le siège devant ledit chastel, et fusttout environné de ses gens, puis fit dresser touts ses engins pour battre le chastel. Et comme il les faisoit dresser, dedans le chastel y avoit ung compagnon, lequel jouoit très bien d'une trompette , lequel certes n'estoit pas Flameng , ains estoit du pays du duc , et avoit autrefois servi aucuns seigneurs qui estoient en la compagnie du duc. Icellui compagnon monta sur une haute escargette d'une tour, et illecq dit moult deblasphemmesdu duc, en l'appellant faulx, deslojal , traistre, tyran , et moult autres injures qui sonnoient très ipal, en disant. De bien brief son orgueil soit abbattu des Gantois ! On rapporta ces parollesauduc, lequel, considérant que folie lui faisoit dire , n'en feit guerres de compte. Le chastel estoit assis en bas lieu, et mal battable d'engins ; mais nonobstant ce, le duc le faisoit battre d'engins le plus qu'il pooit ; et tellement le battist, que ceux du chastel lui offrirent rendre ledit chastel leurs vies saulves; car ils véoient que les Gantois leur avoient failli, à quoi le duc ne les voUut recepvoir pour les injures que le trompette avoit dit de lui. Quant Jehan de Vos leur capitaine veit ce, et que les Gantois lui avoient ainsi menti et failli leur foi, si s'appensa comment il polroit saulver sa vie. Si feit tant , comme on disoit , que par une nnict il parla à aucuns des gens du duc, et leur

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promit que , moyennant qu'on le laissasl issir sans péril de son corps, lui et ses gens, du chastel , qu'il amèneroit les Gantois en dedans deux jours après son parlement en bataille contre le duc ; et illécq le duc polroit prendre vengeance desdits Gantois. Et par ceste promesse , ils s'avallèrent lui quatorzièsme, la nuict ensuivante, hors du chastel, sans ce que ceux de dedans s'apperchussent de son allée, jusques ce que vint le lendemain matin. Quant ceux de Gavres perchurent leur capitaine et une partie de ses gens eschappés, si conclurent touts d'eux rendre à la voUonté du duc , car plus n'avoient espoir d'estre secourus; parquoicellui jour, ainsi qu'à midi, rendirent leur corps et le chastel à la voUonté du duc, touts lesquels ledit duc feit incontinent pendre , jà-soit-ce qu'il j eust deux cordeliers de Tordre de Saint-François , avecq ledit trompette.

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