‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 58 sur 125 · CHAPITRE LVHL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVHL

De l^ftmdidiH que l«t OaiitôU feirent , et oomment il vhidrènt ptiéè akerchy au dac.

Lb lundy , dernier jour du mois de juillet , audit an mil quatre cent cinquante-trois , après toutes les choses dessusdites faites et passées , le duc de Bourgogue, comte de Flandres, etc., se partis! de Gavres avecq ses gens en belle bataille ordonnée ; et eu tçl arroy alla une lieue près de Gand, et lors

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s'arresta et meit tous ses archiers , ea deux aysles entre lesquels debvoient touts les Gantois passer ; et estoient iceux archiers mis en rang leurs arcs tendus; lesquels tenoieatdemy-lieueioing ou plus; et en la fin çstoient louts les hommes d'armes , au milieu desquels estoit le duc de Bourgog'ne et son fils , et autourd'eux touts les nobleé et grands seigneurs de son armée. Lequel <luc n'eust pas sxtost mis ses gens en ordonnance , que les Gantois ne vindrent en tel nombre qu'ils avoient promis; et les menoient lesditschartreulx de Gand, et l'abbé dessusdit. Devant les eschevins de Gand alloient les conseilliers et les hoyguemans, au nombre de vigt-cinq , touts nuds, réservé leurs chemises et leurs brayes. Après alloient deux, mille touts vestus de noir, à pieds nuds , sans chainture et sans chaperon ; touts lesquels passèrent entre les deux aysles des archiers, et parmy tous l'ost du duc qui estoit en belle ordonnance. Et incontinent d'aussyloing que les Gantois apèrchurent le due, ils se jettèrent à genoux, en criant tout d'une voix ensemble : « Miséricorde à i> ceux de Gand! » Après ce premier cry alla allencontre d'eux maistre Nicolle Rollin, chancellier du duc, lequel leur remonstra, oyants touts clairement, comment fausement et mauvaisement, et comme mauvaises et orgueilleuses gens, ils s'estoient rebellés contre leur seigneur, qui illecq estoit •présent, dont ik avoient mal fait, et qu'encoires ne sçavoit-il sy le duc leur pardonneroit. Lesquels Gantois ce oyants ae respondirent riens , mais tout

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ensemble, ccwnme devant avoient fait, meirent les genoux en terre, et tout d'une voix crjèrent lé plus hautement qu'ils peurent 2 « Miséricorde, » miséricorde, miséricorde à ceux de Gand! )j^ Et après ce se relevèrent et allèrent sj avant qu'ils feurent devant le duc, leur seigneur, lequel estoit monté sur ung cheval richement et noblement enharné ; et illecq encoires derechief meirent les genoux en terre, et en grande abbohdancé de larmes et de pleurs cry^ient tout d'une voix* ensemble , comme dessus est dit : « Miséricorde à. ceux de » Gand I » Puis requit publiquement le conseil de la ville de Gand au duc, que de sa pitié et de sa bénigne grâce , il volsist à son peuple de Gand , qui illecq estoit présent, pardonner; lesquels mauvaisement et fausement, comme rebelles et désobéissants, s'estoient contre lui rebellés, avoient créé hoyguemans ,^ et fait plusieurs énormes crimes et tant que sans nombre , dont hum^ement lui en requéroient merchy et pardon ; sy le prioient daigner pardonner touts leurs mefFaits en quelque manière que fait les euissent , et que jamais plus ne leur amenderoit, ains doresnavant lui seroienl vrays, obéissants et loyaux subjets.

Après lesquelles parolles dites par le conseiller de la ville de Gand, le duc, de sa francque et bonne voUonté , libéralemept leur pardonna sou ire et son maltalent , et aussy feit son jfils , qui illecq estoit présent. Après ces choses faites ainsy, les Gantois , pleins de liesse et bien joyeux , s'en re-

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tournèrent à Gand, en faisant grande feste ; et pareillement ceux qui e$tcw«nt demourés en la ville , à leur retour s'efforchèrent à faire feste. Ce fait, SLixssy le duc retourna à Lille, et illecq despartist son ost , et à chacun donna congié ; lesquels s'en retournèrent chacun en sa marche, sans rien tenir des champs. Etainsy fust finie la guerre que oit le' duc de Bourgogne, comte de Flandres, contre ceux de la ville de Gand , ses snbjets.

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