‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 69 sur 125 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Comment le chevallier Blanc occit vingt-qua,tre mille Turcs , et envoya dix-huit Turcs, à savoir, six au pape , six au roy de Franche, et six au duc de Bourgfogne j et de la condempnatiou de maistre Guillaume rOllite , docteur en théologie , comme vaudois.

En ce temps , ung nommé le chevallier Blanc , marischal de Hongrie , lequel n'estoit point noble, mais estoit ung marischal , lequel se meit en ladite guerre soubs le roy de Hongrie, duquel il fust depuis ung grand capitaine , se meit sur les chaimps pour combattre le Turc; et avoit en sa compagnie de vingt à vingt-cpiatre mille combattants; lesquels Turcs avoient jà gagné le port de Sambonne où estoientbien quatre-vingt mille, auquel port fust quinze jours; pour attendre toute puissance qui sur eux pourroit venir. Ce venu à la cognoissance dudit chevallier Blanc, se partistde Morenne, et vint joindre au Turc environ deux heures devantle jour; et tellement se combattist sur ceux qui estoient sur terre, qu'ilen mourut jusques au nombre de vingtquatre mille; et ceux qui estoient en la mer, voyants le déluge et fortune estre tournée sur leurs gens , s'enffuirent et ne peulreot estre poursuivis, pour ce que ledit chevallier. Blanc n'avoit nuls navires. Toutesfois lesdits Turcs se combattirent valliamment; et y fust le chevallier Blanc fort navré et plusieurs

(i4^5^ PE J. DU CLEliCQ. I 53

de ses gens. Ea ceste desconfiture feurent prins cinquante Turcs ou environ, lesquels ledit chevallier Blanc en envoya six au pape Nicolas, six au roj de Franche, et six au duc de Bourgogne ; et fustillecq prins aussi le cousin du Turc. En cellui an mourut le pape Nicolas , qui estoit eu sa forche ; et fust trouvé qu'il fust empoisonné ; et succéda en la pa^ palité le pape Calixte.

L'an dessusdit cinquante-trois, par ung dimanche, surveille du jour de Noël, fust eschaffaudé et preschié publiquement et condampné perpétuellement estreen prison de l'evesque enlacitëd'Evreux en Normandie, ung nommé maître Guillaume de rOllive , docteur en théologie , prieur de Saint- Germain-en-Laye, et au devant augustin et de certains autres ordres, lequel, par tentation et exhortation de rennemi d'enfer, auquer il s'est donné pour accomplir ses délices mondains, et par espécial pour faire son plaisir d'une dame chevallieresse, comme on disoit , se meit en telle servitude de l'ennemi , qu'il lui convenoit estre en certain lieu , toutesfois qu'il estoit invité par ledit ennemi ; auquel lieu ils avoient accoustumé de faire leur consistoire ; et ne lui falloit monter que sur ung bastonchel , qu'il estoit prestement transporté là où ledit consistoire se faisoit ; et confessa icellui maître Guillaume, de sa bonne voUonté, avoir fait hommaige à l'ennemy , estant en semblance et espèce d'ung mouton, en le baisant par le fondement; et persévéra par diverses années en son dampnable

l54 MEMOIRES (t4S3)

propos ; et avoit toujours aide de rennemi, et tout ce qu'il lui voulloit requérir, jusques à ce qu'il fust accusé çt atteint d'icellui maléfice et détenu prisonnier. Depuis lequel emprisonnement fait par justice, la puissance de l'ennemi ne fust de nul effet; et demoura icellui maître Guillaume en prisori, en la fosse, au pain et à l'eau. Par ladite condempnation en icellui emprisonnement, lui fust remonstré par l'inquisiteur moult haultement et solemnellement les belles predications^et enseignements qu'il avoit faits au peuple au temps passé , quant il alloit par les pays preschier la foi de Jésus-Christ ; et plusieurs autres remonstrances lui feurent faites par ledit inquisiteur. Après laquelle remonstrance icellui maître Guillaume, sçachant que bonnement il avoit délinqué bien grandement envers notre rédempteur et créateur , commencha à gémir et douloir de son meffait , en criant merci à Dieu et à justice , en soi recommandant aux prières des assistants ; puis fust mené en la fosse pour faire pénitence du très horrible cas qui lui estoit advenu «

(i4S3) DK J. DU CLERCQ. l55

Page 1