‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 12 sur 54 · CHAPITRE XXXyiIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXyiIl

Comment le roy de Franche %e partist , de Corbeilet alla à Paris ^ et comment il envoya Fëvesque de Paris devers le comte de CharoUois.

Lb roy de Franche, comme dist est chy-dessus , arriva et entra dedans Corbeille jour de la bataille, environ les onze heures de nuict; auquel lieu il séjourna jusqu'au jeudi dix-huictiesme jotirde juillet, lequel jour il partist de Corbeil et s'en alla à Paris, tout selon la rivière du costé vers Sain t-Denys; et entra à Paris celui jour, à bi^i petite compagnie, el n'avoit plus de cent chevaliers avecq lui. Quant

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ceux de Paris vindrent au-devant de lui ung peu hors de la porte, en grande compagnie, le roy, à ceste heure , ne sçavoit bonnement que touts ses gens estoient devenus; maistantost qu'il fust dedans Paris , revinrent ses gens d'armes vers lui et se rassemblèrent à Paris , au moings pour la pluspart. lUecq revinrent touts ses capitaines de gens d'armes, le comte du Maine , l'admirai de Franche et autres ; et tant y en vindrent, que toute la ville de Paris et autour de Paris , outre la rivière , tout fust plein de gens d'armes. Le comte de Nevers se partist de Compiègne , et alla devers le roy, après la bataille, à Paris ; mais il n'y fust guères qu'il ne retourna à Compiègne , et de Compiègne à Péronne ; et ne sça voit-on s'il estoit bien du roy ou non, pourtant que lé roy cuidoit qu'il deuist assembler grand nombre de gens d'armes des pays racatés , ainsi qu'il faisoit du temps qu'il s'armoit avecq le duc de Bourgogne ; car le plus de gens de guerre estoient allés avecq le comte de Chàrollois, les autres plusieurs ne se voUoient armer d'ung costé ni d'autre. Aprèsaucuns jours que le roy fust arrivé ^ Paris , il envoya l'évesque de Paris, qui estoit renommé d'estrè dévote personne et grand clercq, devers le comte de Charollois. Icelni évesque, désirant mectre la paix entre le roy et les princes, alla vers le comte, lequel liii donna audience. Sy lui dit que le roy Tavoit envoyé vers lui scAvoir qui l'avoit meu d'entrer en son royaume , et à si grande armée ; et que le roy lui manda que

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quant il alla es pays de son père , il n*y alla pas à si grande armée , mais il y alla simplement et à petite compagnie. Le comte lui seul respondit à l'évesque , que deux choses le avoient meu d'entrer en son royaume : la première pour tenir sa promesse et son scellé , que lui et plusieurs princes de Franche avoient promis ensemble, qui estoit de eux trouver ensemble autour de Paris, en dedans le jour de Saint-Jehan-Baptiste, pour le bien du royaume ; la seconde cause estoit pour ravoir deux hommes, lesquels estoient soustenus au royaume; et de ce qu'il estoit venu à si grande armée , estoit pour garder son corps , lequel, en son propre pays et héritaige 4^ son père , on le âvoit cuidé faire mourir, tant par poison que par espée, et sy le avoit-on cuidé prendre pour le mener en pays estrange ; et que veu ce que on lui avoit cuidé faire en ses pays, encoires lui polroit-on faire pis au-dehors ; sy volioit estre bien accompagnié pour soy garder. Et en tant que le roy lui manda qu'il ne vinstpas en si grande compagnie es pays de son père, lorsqu'il y vint il n'avoit pas la puissance de y venir fort accompagnié; èsquels pays de son père il fustreceu noblement, richement et en paix, et ne lui avoit-on pas fait comme on lui avoit cuidé faire. Dit outre audit évesque, que ce qu'il estoit entré au royaume, n'estoit point pour y nuire, mais pour le bien d'icelui ; et avoit commandé à ses gens que chacun payast ce qu'il y prendroit ; et n'y avoit voulu souffrir y faire aucun grief, et si

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aucuns passaiges il avoit prins, si n'estoit-ce pour lui en faire seigneur ni attribuer à lui, mais seulement pour avoir passaige ung petit de temps. Au regard de la puissance qn'il avoit amenée, estoit pour tant qu'il volioit bien que chacun sceust qu'il avoit bien pooir de ce faire, et homme pour contester à ses ennemis , et aider et conforter ses amis. Atant se partist l'évesque , sans avoir dudit seigneur comte autre réponse.

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