CHAPITRE XLII
Comment P^vesque de Paris pourchassa tant que tresves fearent données ^ et. des nouvdles qui vindrent es pays du duc de Bourgo^e, auquel on rapporta que le copate de CharoUois a^oit esté desconfit et rué jus au Mont-le-Héry du roy.
EiTviRO» trois jours après que le roy fust retourné de Rouen et rentré dedans Paris , feurent envoyés de par le roy , devers le duc de Berry , comte de Gharollob etlesautresseigneurs, l'évesque de Paris et autres seigneurs et notables conseUliers, lesquels^ à l'aide de plusieurs et grands princes et seigneurs, qui moult se peulrent pour trouver et mectre la paix entre le roy et les princes de Franche , feirent tant que les tresves feurent données d'ungcosté et d'autre , aucuns jours. Durant lesquels , entre Gonfians et Paris , fust ordonné certain lieu , ou que on feit drescher mie grande tente pour illecq venir aucuns députés d'nng costé et d'autre pour parlamenter de paix. Après la rencontre du Mont- Îe-Héry, ceux cpiis'enffuirent, nonscachants comment la journée avoit prins fin , aucuns passèrent la rivière d'Oyse, qui disoient que le comte dç CharoUois avoit esté desconfit ; et mesmement le dix-huitiesme jour de juillet , par la ville d'Arras passa ung messagier, <[ue le sieur de Boulliencoiirt,
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chevallier, capitaine de Mont-Didier, envoyoit devers le duc de Bourgogne , portant une lettre dont il laissa la copie à Arrras, contenante que le propre jour estant venu ung homme deVei*s lui , qu'il lui ^certifia que le jour précédent, au matin , avoit veu et oy ung messagier parler au comte de Nevers, en la ville de Compiégne , lequel avoit dit et certiffié au comte, que le seiziesme jour de juillet, le roy de Franche s'estoit combattu contre le comte de Charollois , et que Tavant-garde du roy , à la première empaincte , fust ruée jus ; mais à la tin le roy avoit eu victoire ; et y .estoient morts le comte de Sainct-Pol , le seigneur de Habourdin , bastard de Sainct-Pol ; et ne sca voit-on si le comte de Charollois estoit prins , ou s'il estoit quelque part sauvé , ne si le bastard de Bourgogne estoit mort ou prins. Ces nouvelles sceues en la ville d'Arras, elles feurent tantost espandues par touts les pays du duc de Bourgogne, Lors feurent touts ceux du pays du duc fort simples et doUents; et ne vous sçaurois dire la pitié que c'estoit et le dolleur que chacun menoit; et ne avoit hommes, chevalliers , ni autre, qui euist couraige de deflPendre le pays du duc de Bourgogne, fors seullement le sieur de Saveuses , nommé Philippe , anchien chevallier de soixante-douze ans, ou plus, lequel estoit à Corbie quant le sieur de BouUiencourt lui envoya dire ces nouvelles; lequel se partist de la ville de Corbie, tantost que il sceut les nouvelles; et passa du lezBray et manda au seigneur de Reubare
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et ceux de la garnison que le comte de Charollois y avoit laissié , qu'ils gardassent bien Braj,et s'ils n'avoient des gens assés, il leur en envoiroit assés en brief. Et environ vingt archiers avecq lui , volt entrer dedans Bapaume; laquelle entrée ceux de la ville lui refusèrent ;et sembloit qufe aucuns de la vil le ne feussent pas léals au duc de Bourgogne , leur seigneur. Quant il veit ceci ^ dit h ceux de la ville , que s'il n'y entroit par beau, il y entreroit par Ibrche ; ce voyants, ceux de la ville le laissèrent entrer ens à petite compagnie. Il fust moult esbahi du refus; et à la vérité c'estoit chose pour esbahir, car ils estoient nuement tenus de la comté d'Artois et au duc de Bourgogne ; et sembloit que si la chose fust allée , comme on disoit , qu'ils se fuissent tournés avecq le comte de Nevers , duquel comte ung de ses archiers estoit mayeur de la ville. Le seigneur de Saveuses y coucha la nuit, et le lendemain vingtiesme jour de juillet , environ midi, se partist et alla à Arras, et logea en la cité , en sa maison. lUecq manda prestement ceux de la ville d' Arras , auxquels il remonstra conmie il estoit de nécessité de mectre genssups pour garder les pays du duc , pour aller conforter et requérir leur prince , le comte de Charollois , si mestier estoit ; et estois présent moy , qui ai mis ces choses par escript , quant il requist que on lui volsist prester dix mille escus en soi obligeant à rente viagère, ou héritiers, ou que on volsist acater pour dix mille escus des meilleurs héritaiges
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qu'il euist ne lui ne sa femme , au rachapt d*ung an ; et que cest argent estoit pour employer à mectre gens de guerre sups avecq tout ce qu'il avpit d'argent , vaisselles et de bagues ; que tout volloil employer avecq son cca?ps pour secourir et aider le comte de CharoUois et servir son prince ; lequel argent il ne poeult recouvrer. Toutesfois autant d'argent qu'il avoit , ne qu'il peut emprunter , il employa à mectre gens d'armes sups , et manda par toutes les villes du duc , dont il estoit seigneur, car il tenoit bien buict mille |[orins de rente , ou plus , à touts ceux qui s'estoient accoustumés d'armer avecq lui , et aux gens de guerre que prestement vèaissent en armes devers lui ; et à ceux qui n'avoient de quoi leur armer , leur faisoit baillier jacquet , arcqs , trousses et chevaux , ou trouvoit manière qu'ils estoient habilliésj et ad ce faire , s'y employait diligemment la dame de Saveuses, sa femme , pour complaire à son mari. Et tant feit de lui-mesme, que ains qu'il fust quinze jours, assembla de trois à quatre cents compagnons de guerre bien en poinct , tant à pied que à cheval. Ce temps pendant, le duc de Bourgogne envoya audit seigneur de Saveuses ung mandement par lequel il le commectoit capitaine-général d'Artois ; et manda aux bonnes ^villes, chastelleries d'Artois et de Lille, que on' meit sups des gens de guerre au plus grand nombre que on polroit, et allassent devers le seâ» gneur de Saveuses) lesquels y envoyèrent, tellement qu'ils se trouvèrent en dedans cjuinze' jours
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ilevers le seigneur de Saveuses deux mille combattants et plus, de pied : le seigneur de Roubaix , riche de dix mille florins de rente , ou plus , grand terrien ; Jehan de Montmorency , chevallier , seigneur de Nivelles en Flandres, riche et grand terrien; le seigneur de Beaufremont , chevallier, et environ trois cents compagnons de guerre , lesquels le comte de Charollois avoit laissié à Braysûr-Somme , pour garder la ville. Et tantost qu'ils oyrent les nouvelles que le comte s'esloit combattu, cuidants qu'il oit esté desconfit, se partirent de Bray et Tabbandonnèrent, et vindrent jusques à Bapalmes , devers le seigneur de Saveuses ; mais ceux de la ville ne les vollurent laisser entrer dedans. Ce voyant ledit seigneur de Saveuses feit seller ses chevaux et manda ceux de la ville , auxquels il dit qu'ils estoient trahistres à leur prince, et mauvaises gens , et feroit sçavoir à leur prince leur mauvaise manière de faire ; puis monta à cheval et partist de la ville. Aucuns de la ville allèrent après lui, hors de la porte, et lui prièrent qu'il retournast ; auxquels il dit qu'il ne vouUoit pas estre avecq des trahistres à leur prince jusques ad ce qu'il y retourneroit à plus grande compagne, comme il fit ; car, dix ou douze jours après, il retourna avecq touts les gqps q.u'il oit assemblés , <x)mme dU; est ci-dessus , et les boutta touts dedans la ville en garnison ; ils feutent loing-temps, comme ci-après dirai. Quant il fust parti de Bapalmes, il trouva ledit de Roubaix, qui l'attendoit
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moult desconforté , (lisant qu'il lui desplaisoit de ce qu'il avoit fallu qu'il abbandonnast la ville de Bray, et que ce n'esloit pas par lui, mais que c'estoit par les gens du seigneur de Nivelle, qui estoient Flamengs , lesquels ne se y voUoient plus tenir. Le seigtieur de Saveuses fust coirouchié de leur parlement, et leur conseillia de y retourner, mais ils estoient touts espars. Ce que voyant y par le conseil du seigneur de Saveuses , le seigneur de Roubaix rassembla, huict ou dix jours après, ce qu'il peut de gens , et retourna à 3ray .