‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 33 sur 54 · I. Ou soixante-six, nouveau style · texte numérisé non relu

I. Ou soixante-six, nouveau style

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salua en se mectaot à genoux , le duc son père le prist par le bras en le levant et raccollant; et Tui tomboient les larmes des yeux, et fust une espasse sans parler de joye. Après que le comte oit esté aucuns temps avecq son père, il se partist de la ville de Bruxelles pour aller en pèlerinage à Nostre- Dame de BouUogne, à pied; et alla à Gand, et de Gandà Bruges et à Sainct-Omer, èsquelles villes il fust moult haultement festoyé, et lui faisoit-on moult grande fesle. En laquelle ville vint le comte de Nevers vers lui , et lui requist pardon de tout ce qu'il avoit offensé vers lui ; lequel comle de GharoUois lui pardonna tout, et fust ifne espasse de temps avec lui; et disoit-on qu'il estoit très bien en sa grâce , comme il apparut ; car, après que le comte de Nevers oit prins congié à lui, et estant parti, le comte de Charollois rescript à plusieurs villes par où il passoit , que on lui f eist pareille feste; et le receupt-on aussi honorablement que on feroit sa personne ; et environ la fin du mois, passa par la ville de Lille, où il fust hautement festoyé et receu , et s'en alla de là en Retelois, Le comte de Charollois s'en alla de Sainct-Omer à BouUogne , de là à Rue, au Crotoy, à Montrœul, à Abbéville, à Amiens, àCorbie, à Péronne , auxquels lieux il fust tant honorablement receu que rien plus, combien que on disoit que ceux des pays racheptés estoient courouchiez qu'ils n'estoient plus au roy de Franche. Le comte de Charollois estant à Péronne fust adverti que le roy de Franche faisoit grande

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armée, et. la plus grande que il feist oncques, et que depuis la bataille de Mont-le-Héry ne avoit fait que faire artillerie ; et mesmement par touts les pays par où il passoit, et en plusieurs lieux de son royaume où il y avoit deux clocques , il en faisoit prendre une pour faire serpentines et autres engins à poudre ; et jà-soit ce que le roy rescripvist au comte de CharoUois qu'il estoit le meilleur ami qu'il eust, et qu'il ne lui vouUoit nuls mais, le comte ne se y osoit fier ; ains feit crier en Picardie , Artois, et ailleurs, par les pays de son père , que touts ceux qui s'estoient accoustumés d'armer feussent prêts le quinziesme de juing, pour aller en la compagnie du rqy en Normandie , allencontre des Anglois , qui debvoient descendre ; et le roy pareillement avoit fait l'arrière- ban en son royaume, doùnant à entendre que c'estoit aussi pour aller allencontre des Anglois, cjui debvoient descendre en Normandie. Toutes lesquelles choses d'ung costé et d'autre, n'estoient que fiction : car^ le roy avoit envoyé le bastard de Bourbon en Angleterre , le quel y besoigna ; quoi? je ne sçai , ne à quel fin le bastard de par le roy estoit ,allé vers les Anglois. Le comte de CharoUois pareillement feit tenir parlement aux Anglois à Sainct-Omer, auquel il avoit envoyé le bastard de Bourgogne, et de par les Anglois y estoit le comte de Werwicq et autres.

Environ le mi-mars, en ung villaige nommé le mont Saint-Eloy , feurent prins trois compagnons de Calais , Anglois , lesquels estoient espieurs de

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chemiDS; lesquels, âssés test après, feurent pendds au bois de Mofflaines, assés près d'Arras,

Le dix-neuviesme jour du mai aussi , qui est jour Saint-Yves , qui fust advocat en la ville de Lille , cloist son dernier jour en Teage de quatre-vingtnoeuf ans, maistre Jacques Du Clercq, mon père, licentié en décrets, conseillier et advocat de Monseigneur le duc de Bourgogne. Icellui maistre Jacques se maria en l'an mil quatre cent et noeuf, en la ville de-Compiégne, à une josne fille de Pierre de Camelin , nommée Jehanne ; et estoit lors au duc d'Orléans ; et depuis fust au duc Jehan de Bourgogne , et depuis au duc Philippe de Bourgogne , tant qu'il vesquit conseillier et advocat en la chastellerie de Lille , Douay et Orchies, de laquelle sa première femme il oit sept enfants , desquels les deux premiers moururent josnes. Les autres cinq feurent nommés , le premier Sohier , lequel fust depuis licentié en décrets et en loix, et chanoine d'Arras, et escolastre de Gassel; la deuxiesme oit nom Marie , et fust mariée à ung bourgeois de Douay , nommé Ricart Botin, laquelle ne fust que deux ans mariée ht en eut ung fils qui mourut ; le tierch fus- je nommé Jacques Du Clercq , qui me marriay en la ville de Lille , à une josne fille nommée Jehenne, fille d'ung escuyer nomnaé Balduin de la Chérie, de laquelle je n'eus nuls enfants^ la quarte oit nom Floure , et fust religieuçe de l'abbaye d'Elstrun , emprès Arras ; la cirtquiesme eust nom Jehanne , laquelle fust mariée à ung

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npmmé Guillebert de Brenay, recepveur de messire Englebert d'Engien , demourant à Tournay , duquel elle demoura vefve l'an mil quatre cent soixante-cinq, qui, comme ci-dessus est dit, fust meurdry en la ville de Tournay, et demoura cinq filles ; puis elle se remaria à ung gentilhomme nommé Pierre Delbourre , de laquelle il oit ung fils nommé Josse. Icellui maistre Jacques fust vefve en l'an mil quatre cent trente-quatre, le septiesme jour de mars ; et depuis se remaria en Tan mil quatre cent trente-neuf, à une femme vefve d'ung bourgeois de Lille, nommé Esteve Hangouart, laquelle fust fille de Roppin , seigneur de Houpplines, ung gentilhomme en la chastellerie de Lille , de laquelle il eult ung fils qui mourut josne. Ledit maistre Jacques, tant qu'il vesquit, ne diminua en rien de son sens vers Dieu ne vers le monde, et eut la plus belle fin que chrestien peut avoir ; car jusques à rendre l'esprit parla latin etfranchois, et en soi recommandant à Dieu se partist du monde et faillit comme une chandelle. Icellui maître Jacques Du Clercq estoit natif de Douay, fils légitime de Thomas Du Clercq et de Emmelot Barré , fille de Jehan Barré , bourgeois de Douay ; ledit Thomas servit en ses josnes ans le comte Loys de Flandres, et alla en armes avec ledit Loys, qui encoires p'estoit comte de Flandres, au pays des Romains , en l'ayde An pape ; et revint avecq ledit comte Loys, qui. à son retour, lui donna deux cents escus de gages sur la ville de Douay , qu'il receupt

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toute sa vie. Lequel Thomas mourut l'an mil quatre cent et sept , et f ust fils légitime de Pierre , et se maria à Douay à la fille d'ungescuyer deDouay nommé Jehan de Fierin,!nommée Rogue. Et plus avant , dont descendit ledit maître Jacques , je ne sçai. Sa première femme, comme dit ai dessus, fust fille d'ung escuyer nommé Pierre de Camelin, légitime; lequel Pierre fust fils légitime de Philippe de Camelin , lequel Philippe fust fils légitime de Philippe de Camelin ; lequel Philippe fut fils légitime d'ung nommé Jehan de Camelin , lequel fust serviteur en son temps du comte de Ponlhieu et fgst son maître-d'hostel et son séneschal dé Ponthieu. De la génération de ladite Jehenne de Camelin plus je ne sçai. Ladite Jehenne oit une sœur légitime, nommée Isabelle, laquelle a épousé Raoul Pouillet, unggentilhomme.de Compiégne, duquel elle eut un fils nommé Jehan Pouillet , lequel se marria à une gentille femme, niepce de Jacques de Vauchelles , dont il eut plusieurs enfans. Ladite Jehanne et Isabelle feurent filles de la fille Collart de Boucher , nommée Marie, un très riche bourgeois de Compiégne , qui eut plusieurs fiUes toutes richement mariées.

Se j'ai mis ceste généalogie, il me soit pardonné; je l'ai fait pour ce que je voeux bien que chacun sache de quelles gens moi, aucteur deçe livre, suis extraict et descendu, en me semblant, puis que je mectoye les choses dont je avois mesmoire , par escript, je debvois mectre par escript dont je des-

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cendois, adfin qiies'aulcuu de mon sang lit chi-après ce présent livre , puisse sçavoir dont il descend.

L'an mil quatre cent soixante-six, depuis Pasques jusqu'à la mi-aoust, se marièrent tant de josnes gens des bonnes villes et des villaiges, au moins en la comté d'Artois et au pays de Picardie , que les anchiens disoient qu'ils n'avoient point de mesmoire qu'ils euissent veu, en si peu de temps, faire tant de mariaiges, ne à leurs prédécesseurs ne le avoient ouï dire. '

Audit an soixante-six, le dernier jour de juing, au mont Saint-Eloy, en ung villaige à deux lieues d'Arras, en la maison d'ung maresfchal, par une mauvaise cheminée, se print le feujà la maison, laquelle fust ardse avecq encoires sept autres maisons en ledit villaige; puis saillit le feu dedans l'enclos de l'abbaye dudit mont Saint-Eloy, où fustardsle vieil moustier, et les orgues qui est;pient dedans la noeuve église, de la chaleur se fondirent.

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