CHAPITRE XXXIII
Ck>inment le roy Loys de Franche vint hastivemeat du pays de Bourbonois pour combattre le comte de CharoUois.
Le roy de Franche, lequel estoit ail pays de Bourbonnois , ou environ , où il guerroyoit le duc de
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Bourbon , et empeschoit que le duc de Berr j et de Bretaigne ne se joignissent et passassent pour aller à Sainct-Denys vers le comle de CharoUois , comme ils avoient promis, ayant la plus grande armée qu'il avoit peu assembler , à pied et à cheval, sans prendre les garnisons que il avoit laissié par tout son royaume, comme sur larivière de Somme, sur les marches de Bourgogne , comme sur les rivières de Somme et d'Oyse, et ailleurs, en Normandie, Guyenne, et par tout son royaume, fust adverti que le comte de Charollois ef toute son armée avoient passé les rivières de Somme , d'Oyse et de Saine. Doubtant que les seigneurs de Berry et de Bretaigne , et autres princes, ne se assemblassent , scachant que eux assemblés seroient plus forts que lui, polroientplus nuire et seroient plus dangereux à vaincre que chacun à part lui, assembla touts ses capitaines pour avoir conseil , s'il combattroit les ducs de Berry et de Bretaigne ains qu'il combattist le comte de Charollois. Et combien cpi'il y oit de diverses opinions, la plupart lui conseilla cpi'il combattist premier le comte de Charollois ; car s'il le pooit ruer jus et vaincre , de legier il auroit à sa vollontélesducsde Berry et de Bretaigne, et touts les princes de Franche; et que c'estoit le meilleur, ains que ledit comte euist aveGq lui les Bourguignons, qui encoiresn'estoientarrivésdeversluipour les garnisons du pays du roy qui les empeschoient, ne que les prîtices de Franche fuissent assemblés avecqlui. Et jà-soit-<jue lapluspart fust de pareille
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opinion, toutesfois ung hardi et valliant chevallier, nommé messire Pierre de Brésay , seigneur de la Varenne et séneschal de Normandie , dit an roy que ce'n'estoit point son conseil de ainsi le faire ; car il cognoissoit le comte de CharoUois, et qu'il n'estoit pas homme de desmarchier, et que les Picards et ceux qui estoient avecq lui de ses pays Taimoient dç si grand couraige , et si estoient la pluspart gens accoustumés de guerre , lesquels ne le lairoient jusques à la mort ; mais estoit son opinion de premier combattre les ducs de Berry et de Bretaigne , avec lesquels avoit plusieurs gens de guerre qui avoient esté des ordonnances du roy Charles, son père ; lesquels , quant ils verroient sa présence, ils n^oseroient combattre contre lui, ains se tourneroient de son parti, par quoi de légier i^mecteroit leremenant(reste) à merchi. Auquel séneschal fust dit, qu'il avoit poeur ; lequel feit response que non avoit, et s'il y avoit journée de bataille ne rencontre ^ il monstreroit que ce qu'il disoil, il ne lefaisoit depoeur,mais seulement pour loyaument conseiller le roy. En la fin , le roy se conclud de pï^emier combattre le comte de CharoUois; ethastivement feit commandement sur la hart, que chacun se ceignist. Et chevaulcha le quatorziesme jour de jmllet, que de jour, que de nuict, lui et son est vingt-quatre lieues, et alla au giste à Estampes, et le lendemain à Chastres , à trois lieues du Montle-Héry ; et passa assés près, comme à six ou huict lieues près del'ost des ducs de Berry et de Bretai-
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gne ; et non sçachant que les messagiers qu'ils avoient envoyés à Paris , fuissent prins ne que le comte de CharoUois fust si près de lui, le seiziesnie jour de juillet, devant le jour, se deslogea de Chastrès, et ung peu devant soleil levant, lui et son armée se trouvèrent sur le Mont-le-Héry, dessous lequel mont ils veirent le comte de CharoUois et toute son armée. Ce voyant le roy, et sçachant que c*estoit le comte de CharoUois , si feit mectre ses gens en ordonnance et bataille. Il ordonna trois bataiUes : en la première bataiUe , que on appelle l'avant- garde , estoit le dessusdit monsieur Pierre de Brésay, chevaUier, sieur de la Varenne et séneschal de Normandie , le fils du comte de Noyrenton, le sieur de Barbasan, Malortie , Flocquet', Salz^t, et autres capitaines et gens d'armes; en la seconde y que on appelle la bataille , estoit le roy avecq plusieurs grands seigneurs et capitaines ; en la tierche, que on appeUe l'arrière-garde, estoient le comte du M^isne , et bien sept àhuictcents hommes d'armes; et disoit-onque èsdites trois batailles y avoit deux mille deux cents hommes d'armes portants lançhes, les mieux en poinct et les mieux montés que gens d'armes feurent oncques ; et là estoit la fleur des gens de guerre , toute la puissance du roy de Franche, Avecq eux estoient les archiers et autres gens de guerre, qui estoient en grand nombre, combien que plusieurs fuissent demourés derrière, qui estoient mal montés et à pied, pour le grand chemin que le roy feit en haste.
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