Bulletin, 1887, p
l'ethnique 'AxpadtwTtjç, se rapportant à une ville lydienne , Acraso», qui devait être voisine d'Attaleia.
Magnésie. — Le Moniteur oriental du 28 mars 1887 * annonce que Ton a découvert à Test de Magnésie, non loin de la statue de Niobé, trois statues, un bas-relief et divers objets d une haute antiquité. La première statue représente Vénus. Elle est en marbre et presque intacte; la main droite seule en est détachée. I^ seconde statue, moins bien conservée que la première^ est en bronze et haute de 0«,50. Elle représenterait Lunus ou Mèn, une des principales divinités asiatiques, sous les traits d'un cavalier. La troisième statue, en marbre, représente Cybèle; elle est en très bon état. Le bas-relief figure deux petits Éros donnant à boire à des cygnes ou à des oies. On a encore recueilli au même endroit un grand chandelier (?) en bronze, d'une hauteur de plus d'un mètre. Le gouvernement turc a donné Tordre d'envoyer ces objets au Musée de Constantinople.
D'après une communication de M. Contoléon à M. Benndorf, le temple d'où proviendraient ces statues serait celui de la Mère Plastène. Une dédicace MrjTpl IlXacm^vT;, gravée sur l'une d'elles, a déjà été publiée dans le Bulletin de Correspondance Hellénique (1887, p. 300). Une autre inscription, gravée sur une stèle haute d'un mètre, est en l'honneur d'un nommé ApoUonios, fils d'Alexandre, qui avait réparé et dédié le temple (tov vaov xxca^rxsux^aç âx ^aOpcov aùv tû izxfv. xéqjLG) Tij Oew >w:Ot£p(iXTev).
— A l'Académie des sciences de Vienne (séance du 9 mars 1887), /^ M. Benndorf a annoncé qu*un jeune archéologue luxembourgeois, M. Schweisthal, venait de découvrir la vraie Niobé j dans les environs du souret bien connu dont il a été tant question dans ces dernières années. C'est un accident naturel du roc, situé près de Magnésie, à l'entrée du Jarikkaia, où M. Humann avait déjà reconnu l'Achéloos d'Homère (û, v. 615). De loin, reflfet produit est celui d'une femme drapée assise, qui regarde vers la droite et lève le bras droit comme avec un geste de douleur. La fausse Niobé est l'image de Cybèle mentionnée par Pausanias (III, 22, 4)* sur le flanc nord du Sipyle;
1. Extrait communiqué par M. André Levai, qui veut bien faire profiter cette Chronique des nouvelles archéologiques publiées par les journaux de Constantinople. La même découverte a été signalée dans le Moniteur orientai des 30 et 31 mars et du 2 mai 1887.
2. « La plus ancienne de toutes les statues de la Mère des dieux est celle qu*on voit sur la roche Coddine , chez les Magnésiens qui halitent le c6té septentrional du mont Sipyle. »
la vraie, celle de M. Schweisthal, concorderait avec l'autre descripo / lion de Pausanias (I, 21, ^) : « J'ai été moi-mènfie au mont Sipyle et / j'ai vu celte Niobé; c'est un rocher escarpé qui, vu de près, ne ressemble nullement à une femme, mais en vous éloignant un peu, vous croyez voir une femme ayant la tète penchée et en pleurs. > A oe compte, les vraies ISiohés peuvent être nombreuses.
Tralles. — Dans les environs de cette ville, on a récemment décou\^rl un trésor de 90 écus du xvi» siècle, portant les uns le poinçon autrichien, d'autres celui des villes hanséatiques, quelques-uns celui de princes archevêques indépendants. Ces monnaies, dit le Moniteur oriental^ ont été envoyées à Tchinli-Kiosk.
— Le dernier volume de VArchaeologia (40, II* partie, p. 318 et
pi. XIX) contient un court mémoire de l'amiral Spratt sur une statue
en marbre de Bacchus qu'il a acquise en 1865 à
yf—^ T V ^'^^ n . Ces t Un torse acéphale, haut de 32 pouces,
'\l:^l o ^ont le motif est suffisamment expliqué par le
/ j 40-^K croquis ci-joint. A en juger par la phololypie,
•^^n^^'^w ^^ reproduit la stalue sous deux aspecis, le
i^^J--^ yiîjl travail en est assez médiocre; c'est une copie
' ^ ^ i*omaine d'un type du iv® ou du m' siècle. Les
rapprochements institués par le possesseur entre
ce Bacchus et le Dionysos thébain de Praxitèle
n'ont pas la moindre \^Ieur.
Le même volume de VArchaeologia (p 345- 365) nous apporte un travail de l'amiral Spratt ^ sur la péninsule dorique, accompagné d'une
bonne carte des golfes de Cos, de Doride et de Symi, où les ruines antiques sont indiquées avec soin. L'amiral décrit un temple de Latone qu'il a visité en iStiO, au nord du village de Kiervasili, sur l'Arin-Dagh, au fond de la baie d'Ariny. Une statue féminine drapée, censée représenter Latone, est reproduite à la page 352; elle paraît assez vulgaii-e^ maistcomment un recueil aussi coûteux que VArchaeologia peut-il lionner d'aussi mauvaises gravures ? Signalons encore une broche en argent, fabriquée à une époque récente dans l'ile de Symi (gravée p. 354) : le travail de filigrane en est fort curieux et ne peut guère être expliqué que par une survivance industrielle.
Nous avons aussi lu avec intérêt dans le même recueil (p. 382-390) un court mémoire. de Mj Edwin Freshfield sur le palais des enapereurs g^ecs à Nymphi, près de Smyrne. Les ruines encore debout de
ce palais sont figurées sur deux planches en phototypie assez convenables.
Les Hittites. — Durant les premiers mois de Tannée, les journaux anglais ont annoncé à plusieurs reprises que le capitaine Couder, avantageusement connu par des travaux de topographie, avait découvert la clef des inscriptions hittites. Seulement, cette clef était tenue secrète; M. Couder se contentait de traduire les inscriptions, se réservant d'expliquer son système dans un ouvrage sous presse. On devait alors ftire étonné de la simplicité du problème et édifié sur la certitude de la solution. Tout cela, avouons-le, n'est guère conforme k nos habitudes scientifiques, mais le public français est naturellement prévenu en faveur des révélations qui arrivent de loin. La découverte de M. Conder, annoncée dans le limes d'après M. Gkisher, président du Comité d'exploration de la Palestine, fut saluée aussitôt dans les journaux parisiens ; les Débats lui consacrèrent une demicolonne dans leur numéro du 28 avril. « Le capitaine Conder, est-il dit dans cet article, donne la traduction de trois textes pris sur des socles d'idoles. Ce sont des invocations au Soleil, au dieu de l'Océan et au dieu du Ciel, qui sont précisément, d'après une inscription égyptienne, avec le dieu Seth, les principales divinités des Hittites. »
La lettre de M. Conder au Times a été reproduite par ïAcudemy (5 mars 1887) : c'est là que nous avons eu le plaisir de lire pour la première fois les révélations de l'Œdipe anglais devinant Ténigme du Sphinx hittite. Voici quelques*unes des traductions proposées : « Puisse l'Être sacré, puissant et redoutable^ écouter les prières qui montent vers lui. J'invoque le Très-Haut. J'adore mon Seigneur. Brille, Seigneur. Grand Esprit, ainsi soit-il. 11 me donne la pluie du Ciel. » delà s'adresse au Soleil ; ce qui suit est une prière au dieu de l'Eau : X Je pris mon dieu de l'Eau, le majestueux seigneur de l'Eau, le dieu du Ciel. Je fais une inscription en son honneur. Je le glorifie. Je fais faire une grande libation en guise d'oflrande. Je fais une offrande au Très Saint le roi de l'Eau, etc. » M, Conder ajoutait modestement que les études ultérieures amélioreraient sans doute ses lectures, mais il ne pensait pas qVie les principes fondamentaux sur lesquels elles reposent pussent jamais être révoqués en doute*.
Ces interprétations de textes hittites m'ont rappelé un joli passage de M. Bréai, dans un des derniers faEcicules des Mémoires de la Société de Hngmstique (1885, t. VI, p. 89) : « On ne peut trop lerépé-
i. The Academy, 30 avril 1887, p. 312.
ter dans Tintérèt du renom de ces études, qui paraît depuis quelques temps assez compromis : plus Tépigraphie osque donnera des lectures conformes à ce qui se trouve habituellement sur les monuments latins, plus elle aura de chances de se rapprocher de la vérité. Mais quand elle parlera en style lyrique, quand elle offrira au lecteur des exhortations à la piété, des serments prêtés ou des vœux de nouvel an, elle attestera seulement TiDgéniosité des traducteurs et la difficulté de cet ordre d'études. >
Ce qui est vrai de Tosque comparé au latin a bien des chances d'être également vrai du hittite comparé à l'assyrien ou au phénicien lapidaires. Il faut descendre jusqu'à l'époque musulmane pour trouver des inscriptions comportant des traductions analogues à celles que M. Conder propose pour les textes des Khétas. C'est l'observation que lui a faite M. Sayce, dans le compte rendu où le savant orientaliste résume et condamne l'ouvrage impatiemment attendu de M. Conder, Altaic kieroglyphs and Hittite insanptions^ . La méthode de l'auteur est bien simple : exagéi^ant une des heureuses inspirations de M. Sayce, il déchiff^re les inscriptions hittites à l'aide du syllabaire chypriote et des plus anciens caractères babyloniens; quant à la langue, elle n'est pas sémitique, c'est tout bonnement de l'accadien. Que la langue ne soit pas sémitique, c'est ce qu'admet également M. Sayce*. Les quelques mots hittites que nous connaissons et que nous comprenons — tarku, chèvre; me, quatre ; kamruy maison; mâqur, ciel — n'ont pas d'analogue de même signification dans les idiomes apparentés à l'hébreu. Mais si l'hittite n'est pas sémitique, il n'est pas davantage < accadien » *. M. Sayce refuse absolument d'admettre cette hypothèse dont il montre le caractère tout gratuit. M. Conder l'a adoptée en se fondant sur des faits inexacts ; son accadien n'a, parait-il , qu'une ressemblance lointaine avec l'accadien des accadisants. Cela établi. M. Sayce juge inutile de discuter les traductions de M. Conder. N'aurait-il pas mieux valu, avant l'impression du livre, les soumettre au jugement de quelque orientaliste autorisé? On nous aurait épargné le bruit d'une découverte imaginaire et l'ennui d'une déception qui laisse le problème intact, avec une publication fantaisiste de plus.
— D'une toute autre importance est un mémoire de M. Gustave Hirschfeld, Les bas-reliefs rupestres en Asie Mineure et le peuple
i. The Academy, 21 mai 1887, p. 364.
2. Le Rév. Dunbar Heatli et le Bér. Bail eut soutenu le contraire; noua croyons que M. Joseph Halévy partage leur opinion.
3. M. Hyde Clarke, eu 1880^ avait déclaré que récriture hittite était syttcbique, et que la langue était probablement touranienne.
des Hittites^. Dans un premier mémoire^ Les tombes rupestres de Paphlagonie (1885), l'auteur avait essayé de distinguer, parmi les monuments préhelléniques de l'Asie Mineure, un groupe du nord (tombeaux de la Paphlagonie et de la Phrygie) et un groupe du sud (reliefs rupestres). C'est à Tanalyse de ce second groupe qu'il a consacré son nouveau travail. Sur ce terrain aussi, il croit nécessaire de distinguer, de reconnaître des influences diverses, des centres de rayonnement déterminés, et il s'inscrit en faux contre l'hypothèse séduisante des Hittites, de cet empire et de cette civilisation qui se seraient étendus, à une époque très ancienne, sur la Syrie du nord et l'Asie Mineure. Là où les premiers archéologues, suivant les inspirations de M. Sayce, ont entrevu une unité grandiose, il s'applique, au contraire , par l'élude et par l'analyse des monuments, à mettre en lumière les variétés et les différences. EIntre le groupe syrien des monuments hittites et le groupe paphlagonien auquel on attribue la même origine, il ne peut admettre qu'une communauté d'aspiration assez lointaine. Avec M. Perrot', il pense que l'alphabet hittite a été employé pour écrire plusieurs langues; avec nous*, il est surtout frappé, dans l'art indigène de l'Asie Mineure, de dialectes très marqués à côté de ressemblances générales. L'art cappadocien forme un groupe à part, qu'on ne peut rattacher à celui de la Syrie. M. Hirschfeld, cependant, ne méconnaît pas leur parenté, mais il cherche à la définir en l'atténuant, c L'art de la Mésopotamie, dit-il, a été le soleil commun de la Syrie et de l'Asie Mineure, mais tandis que ses rayons, en Syrie, tombaient sur un sol infécond et froid, ils ont développé, d'autre part, d'une manière remarquable, les germes enfouis dans le sol fertile de l'Asie Mineure... Les monuments de ce dernier pays n'ont, avec ceux du groupe syrien, qu'un petit nombre d'analogies résultant d'une destination semblable ; pour le contenu {inhaltlich)j ils n'ont rien de commun; pour le style, ils n'ont de commun que ce qui relève de leur point de départ, Babylone. La Cappadoce est un centre artistique indépendant, dont le développement s'est prolongé au moins pendant tout l'intervalle qui sépare les monuments d'Eyuk de ceux de Boghaz-Keui... Le problème de Fart préhellénique en Anatolie ne comporte pas une solution d'une simplicité excessive; au nom d*ar^ hitlile il faut substituer celui d^art anatolien^ sans oublier
1. G. Hirschfeld, Die FeUenreUefs in Kleinasien und das Volk der Hittiter extrait des Abhand/tmgen de rAcadémie de Berlin, 1881. Avec gravures.