Cf. Revue archéoL, 1887. II, p
[8, 67] CHRONIQUE D^ORIEINT (1887) 403
dont la partie orientale est limitée par le Megaron, semblable à celui de Tirynihe. A Tintérieur est un foyer circulaire, à deux degrés, dont le bord est décoré d'une frise; les ornements appartiennent au même style que ceux des vases mycéniens. A Touest du Megaron, un second escalier, presque entièrement de bois, conduisait, suivant M. Adler, à un étîige supérieur, aujourd'hui effondjé, au-dessus duquel a été coDsfruit plus tard un long périptère dorique, dont on a retrouvé des fragments. Ainsi, à Mycènes comme à Tirynthe, un édifice du culte s'est élevé sur les ruines de la vieille demeure royale.
Tirynthe. — Nous avons publié, dans une précédente Chronique {Revu€y 4887, II, p. 7(5-78), une intéressante lettre de M. Stillman relative aux édifices déblayés par M. Scbliemann à Tirynthe. M. Doerpfeld, actuellement directeur de l'École allemande d'Athènes, veut bien nous adresser à ce sujet la lettre suivante, que nous traduisons m extenso :
Athènes, 26 novembre 1887.
Monsieur,
Vous publiez dans votre Chronique d*Orient une lettre de M. Stillman sur l'ancienneté du palais de Tirynthe. Comme votre correspondant a cru devoir s'inscrire en faux contre quelques-unes de mes allégations à ce sujet, vous me permettrez sans doute d'y répondre brièvement.
M. Stillman donne six raisons pour prouver que le palais, déblayé par M. Scbliemann et moi à Tirynthe, appartient à Tépoque byzantine, et non à l'époque homérique. De ces six raisons, aucune ne me parait soutenir Texamen. En effet :
i** On reconnaît clairement dans la construction du palais l'usage de la scie et du foret, instruments qui, au dire de M. Stillman, étaient inconnus en Grèce avant Tan 800. C'est là, j'en suis convaincu, une erreur complète. La célèbre porte des Lions à Mycènes, la grande porte de la citadelle à Tirynthe, les tombeaux à coupoles de Mycènes et d'Orchomène, consti'uctions dont personne n'a encore contesté la haute antiquité, témoignent de l'emploi des instruments en question.
M. Stillman dit que j'ai nié Texistence de briques dans les murs du palais. Loin de là; car dans le volume intitulé Tiryns, j'ai exposé en détail comme quoi une grande partie des murs se composaient de briques ; mais ces briques sont des briques d'argile (Lehmziegel) séchées à l'air, et non pas des briques cuites avant leur emploi dans la construction. C'est l'existence des briques de cette dernière espèce, dans les murs du palais, que j'ai contestée, et je maintiens que j'ai eu raison de le faire. Des briques ordinaires {hiln^urrjit bricks) et des tjiiles cuites ne se trouvent
que dans les murs de fondation de Téglise byzantine et dans les tombeaux de la même époque.
2^* 11 n'est pas exact, comme le dît M. Stîllman, que Ton ait trouvé pèlemêle les fragments de vases d'époques différentes. Les tessons byzantins ne se sont rencontrés qu'auprès de Téglise et des nombreux tombeaux byzantins. L'église s'élève au-dessus de certains murs du palais et, en divers endroits, les tombeaux coupent les anciens murs, de manière à laisser clairement reconnaître que l'église et les tombeaux ont été construits alors que le palais était détruit depuis longtemps et que ses murs étaient déjà complètement ensevelis.
3» M. Stillman dit que nous n'avons pas exploré la couche de terre audessous du sol du palais ; c'est là qu'il suppose que le paiais véritable pouvait exister. Ce reproche paraît montrer que M. Stillman ne connaît qu'imparfaitement les résultats de nos fouilles. S'il avait lu attentivement le volume Tiryns, il saurait que nous avons fouillé en plusieurs points les masses de débris accumulées sous le sol du palais et qu'un chapitre spécial de notre livre est précisément consacré aux constructions plus anciennes', dont on rencontre les vestiges sous le palais.
4* Suivant M. Stillman, les bases de colonnes découvertes par nous appartiennent à une époque récente et barbare. Cette allégation est absolument réfutée par de nouvelles découvertes. Dans le palais de Mycènes, déblayé il y a peu de temps, qui se trouve à une grande profondeur sous \in temple grec, on a trouvé exactement les mêmes bases de colonnes en pierre ; plus récemment encore , sur l'Acropole d'Athènes, à côté de vieux murs pélasgiques et à plusieurs mètres au-dessous du sol derÉrechthéion, deux bases de colonnes identiques ont été rendues à la lumière. Ces bases là seraient-elles aussi byzantines ?
5* Toujours d'après M. Stillman, l'époque grecque archaïque et l'époque classique auraient ignoré les pavés en mortier et en petites pierres, pareils à ceux qui ont été trouvés à Tirynthe. Je réponds que je puis montrera M. Stillman toute une série de pavés grecs qui sont composés des mémos matériaux.
6° M. Stillman dit encore que les peintures murales sont un méchant travail d'époque byzantine. U sufflt, pour s'assurer du contraire, de comparer les chromolithographies publiées dans Tiryns aux ornements découverts dans les tombes à coupoles, incontestablement très anciennes, de Mycènes et d'Orchomène. Faut-il penser que M. Stillman n'ait point vu les peintures de Tirynthe ? On serait tenté de recourir à cette hypothèse pour expliquer son étrange allégation.
En terminant, M. Stillman invoque le témoignage de ses compagnons de voyage, en particulier celui du célèbre architecte anglais, M. Penrose» Mais, entre temps, M. Penrose a visité de nouveau Tirynthe et, après en avoir soigneusement examiné les ruines, il a reconnu publiquement son erreur dans une lettre publiée par VAlhenaeum (n* 3133, 12 novembre 1887). M. Penrose déclare que sa visite à Tirynthe et à Mycènes, en com-
pagnie de M. Stillman, a été rapide et superficielle ; que, depuis, il a examiné de nouveau les deux emplacements en ma compagnie et qu'il est maintenant convaincu de la très haute antiquité du palais de Tirynthe et des tombeaux mycéniens. M. Penrose indique même les preuves principales qui Font conduit à modifier son opinion.
J'espère que M. Stillman, à son tour, voudra abandonner ses théories et suivre en cela l'exemple de M. Penrose, une haute autorité dans le domaine de Tarchitecture antique. Si, pourtant, M. Stillman ne se déclarait pas convaincu, je suis toujours encore prêt à l'accompagner sur les lieux et à lui prouver, pièces en mains, Finexactitude de ses allégations.
D' Wîlh. DoERPFELD, archilecte.
La lettre de M. F.-C. Penrose, adressée à M. Walter Leaf, est datée du 8 octobre 1887; c'est une rétraction complète de sa première opinion et un hommage rendu à la perspicacité de M. Doerpfeld*.
SiCYONE. — M. Mac Murtry, membre de l'École américaine d'Athènes^ envoie à la Nation* un compte rendu des fouilles de Sicyone qu'il a dirigées. Les ruines apparentes sont encore nombreuses à Sicyone ; on y voit un théâtre, un stade, des thermes romains, des aqueducs, des traces de rues, une partie du mur d'enceinle de l'Acropole construit par Démétrius Poliorcète. Les églises du village de Vasilika contiennent beaucoup de colonnes antiques. La mission américaine confina ses recherches au théâtre, qui est un des plus grands de la Grèce. Le déblaiement a été exécuté d'une manière méthodique. On voit aujourd'hui trois murs appartenant aux fondations de la scène; celui qui est le plus voisin de l'orchestre a environ 72 pieds de long sur 3 de haut. Au pied de ce mur, sur le devant, s'étend une bordure en marbre ornée, dont les blocs portent des lettres d'appareillage. M. Mac Murtry pense que le mur en question, percé de trois ouvertures, dont une double porte au milieu, date de l'époque romaine; on y trouve des briques mêlées à des pierres de médiocre dimension. Le second mur présente un caractère différent : il est construit en grands blocs, bien ajustés, et semble de travail grec. Sa longueur est d'environ 48 pieds; il est percé d'une seule porle. Le troisième mur a la même longueur que le second et présente deux portes. A la distance d'environ 21 pieds de l'extrémité orientale de la scène, un mur
1. Cf. The Academy, n» 816, 24 décembre 1887, p. 43!, où M. Karl Blind triomphe de cette conversion, au nom de son ami M. SchliemaDo, qu'il appelle a much torongedman, M. Blind est difficile!