‹ Chroniques d'Orient; documents sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique de 1883 à 1890Chapitre 45 sur 406 · rAeiVfl^ïon,23 octobre 1884, p · texte numérisé non relu

rAeiVfl^ïon,23 octobre 1884, p

2. [En couleurs dans Schliemann, Th^nlhe, éd. française, 1885, pi. XllI.]

126 CHRONIQUE D'ORIENT (i885) [5, 90-1]

en oreiax remplis d'une substance Meue vitrifiée. "Selon M. Defftier, la citaddlede Tiry'nthe n^est pas située sur un Tocher, mais en {/laine, •et les fondations 4e Tenc^nte cyclopéenne sont presque de nireau avec les champs qui les enlcurent. La lettre se lermitie par des lécriminations amères contre « Tami Schliemann », qui se sera:it rendu la besogne facile en jetant simplement les terres de déblai sur les murs cyclopéens, lesquels se trouvent ainsi cachés à la vue, malgré l'admiration que M. Schliemann exprimait pour eux dans son ouvrage sur Mycènes. M. DefRaer se dit € fort affligé de celte impiété, qui louche an vandalisme, et qui excitait une indignation générale à Argos et à Kauplie. » Nous n'avons pas à exprimer d'opinion sur des reproches dont nous ne pouvons contrôler peieonnellemeirt rexactilude, mais nous sommes sûr que le représentant de l'Éphorie grecque, M. f^hilios, n'aura pas donné son assentiment à des recherches poursuivies, au no» de la science, avec une pareille insouciance du lendemain.

Épidaure. — M. Cawadias a publié dans 1* 'Etpr)î:i.cp{ç (1684, pi. IIÎ ^ l'V) seixe fragments de i^atues provenant des frontons du temple d'Esculape à Épidaure. Malgré l'insuffisance des reproductions, on peut déjà se faire vue idée du style de ces œuvres, qui appartiennent à la meilleure épcque de l'art hellénique. Nous souhaitons vivement qu on ne tarde pas à les faire connaître par des photographies ; il est assurément regrettable qu'en n'ait pas publié une seule héliogravure d'aprts les statues découvertes à Épidaure depuis trois ans.

A l'ouest et ncn loin de la tholos de PoVjclète, les fouilles ont dégagé lee sciibasscmciils d'un temple dorique long de 24",70 sur 13«,S!0 de large. C'est au cours de ces travaux que Ton a décomert les fragments des statues qui faisaient partie des sculptures des frontons. Comme le temple d'Esculape, au dire de Pansanias, était -voisin de la tholos, M. Cawadias a conclu avec vraisemblance que le temple découvert par lui était celui du dieu d'Épidaure. L'époque où cet édifice a été construit peut être déterminée assez exactement par le fait que les marques ^'appareillage des pierres sont des lettres de l'alphabet antérieur à Etidide; M. Cawadias pense qu'il a été commencé peu après l'achèvement du Parthénon, en même temps que les temples de Sunium, de i^iiainnus et de Phigalie.

D'aprts les fragments recueillis par M. Cawadias, H est facile de reconnaître que le fronton ouest représentait une bataille d'Amazones et le fronton est la lutte des Centaures et des Lapithes. Malheureusement, ces sculptures sont fort mutilées et effritées par le temps. Au moyen âge, le temple d'Esculape avait été converti en une maison partieu-

[5, 91-î?j CHRONIQUE D^ORIENT (1885) 127

Hère et Ton avait construit un four à chaux «itre le temple et la tholos de Pol5'clète.^eul8, les morceaux détachés des frontons et recouverts de terre ont échappé à la destruction. Les trois figures les mieux conservées représentent une Amazone à cheval, lebrasdrcit levé comme si elle se défendait contre un assaillant, et deux femmes vêtues de lonj^s draperies assises sur des chevaux à la façcn des Néréides, c'est-à-dire xaTaxXeupiv, tandis que l'Amazone, suivant Tusage, chevauche irept- 6aÎTjV. Les deux dernières figures étaient \rakcmblablement placées a«x angles du fronlon, en spectatrices paisibles de la bataille *. De la centauromacliie du fronton ouest, il ne reste guère qu'un torse de femme agenouillée et qu'une tête de Centaure ; les autres fragments sont trop miitïlés pour qu'on puisse tenter de reconstituer la scène. Le style de ces sculptures est très lemaïquable et rappelle les bas-reliefs du temple de Phigalie;M. Cav^^dia8 les croit toutau moins exécutées sous la direction de Thrasymcde de Paros, l'auteur de la statue chrjséléphantme d'Esculape, que l'on considère comme un^lève de Phidias. Les fouilles ont recommencé à Épidaure dans les premières semaines de l'été dernier. Comme par le passé, elles ont donné des résuHatsfort intéressants, que nous résumerons ici en combinant les renseignements parfois bien vagues qui ont été portés à la connaissance du public. On a découvert un fragment d'inscription 4e C"»,35 sur 0",30, s'acfaptant à la seconde stèle des guérisons miraculeuses, une dédicace en vers de 78 lignes et d'autres textes épigraphiques. Le temple d'Artémis, comme l'appelle M. Cawadias, a été entièrement déblayé ' : on a retrouvé assez de fragments d'architecture pour qu'une i^eetitution intégrale en soit possible. Espérons qu'elle tentera bientôt l'un des pensionnaires de notre Tilla Médicis*. Parmi les sculptures on signale une très jolie statuette d'Esculape, deux torses d'adolescents d'excellent travail, la partie inférieure d'un bas-relief représentant Athéné, et surtout trois Victoires qui formaient les acrotères du temple d'Esculape. Toutes ces découvertes doivent être publiées dans les prochains fascicules de 1' T5a>T)jAep{;.

1. Un fragment de ia tôte d'une Amazone mourante parait, d'après la lithographie de r 'Eftjixfiptç, pouvoir se comparer aux plus beaux produits de l'art grec. Nous en dirons autant de la partie supérieure du torse d'une 'Victoire ailée.

JL C^st le cinquième édifioe d'Épidaure déblayé depuis le commfiûcement des iouilles : les autres sont le théâtref le temple â'£sculape, Vabaton ou dortoir des malades et la thoios de Polyclëte.

3. Un essai de restauration de la iholos, par M. Doerpfeld, vient d'être publié dans les IIpaxTtxa, 1884, ictv. y'.

128 CHRONIQUE D ORIEiNT (1885) [5, 92-3]

La Néa 'Hjiipa du 25 octobre annonce les trouvailles suivantes faites à Test du temple d'Esculape : une tète du jeune Télesphore, identique à celle que Ton voit sur les médailles de Pergame ; une tête barbue colossale, excellent portrait de TÉpidaurien Euanthes, dont le nom a été lu sur une base de statue voisine; le corps de ce même personnage, portant la courte toge des statues d'époque romaine. Depuis, M. Cawadias a encore découvert une tète colossale barbue, d'époque alexandrine; une tablette de marbre, ornée de deux tètes humaines en relief^ surmontées d'un distique latin d'après lequel celte tablette serait une offrande d'un certain Gallus à Esculape, qui l'avait guéri d'une maladie d'yeux ; une statuette bien conservée d'Esculape assis ; la tète d'une statue [colossale du même dieu ; une statue de bronze avec une inscription votive archaïque ; enfin, une colonne de marbre portant une inscription du vi' siècle avant J.-C. C'est le second texte antérieur à Euclide que l'on trouve à Épidaure.

Au sujet de la grande stèle des guérisons d'Esculape (plus haut, p. 65), nous devons faire observer que l'on'possédait déjà un document analogue du temps d'Antonin le Pieux, découvert à Rome dans l'ile du Tibre, sur l'emplacement du temple d'Esculape (C /. G., 5980). On y trouve le récit de quatre guérisons, celle de deux aveugles, d'un pleurétique et d'un homme affecté de crachements de sang. Les remèdes indiqués par le dieu sont assez compliqués et rappellent les détails de l'inscription de Julius Apellas, dont nous avons reproduit ici les premières lignes (p. 69; cf. la traduction, p. 96).

M. Glermont-Ganneau a présenté, dans la Revue critique du 15 décembre 1884 (p. 502), des observations nouvelles sur le rôle du chien dans le culte d'Esculape, que nous avons étudié d'après la stèle des guérisons d'Épidaure(^ei?ue archéologique ,\9%^^ II, p. 129; plus haut, p. 98}. Le savant orientaliste a signalé trois passages qui m'avaient échappé et qui sont fort instructifs. Canes adhibentur ejus {Aesculapii) templo, dit Festus, quod is ubenbus canis sit nutritus, La tradition suivant laquelle Esculape aurait été nourri par une chienne^est également rapportée par Lactance [De falsa religionCy I, 10), d'après Tarquitius : Ait incerlis parentibus natum, expositum et a venatonbus inventum, Élien parle de mille chiens sacrés nourris dansje sanctuaire de la divinité sicilienne Adranos [Nat, anim,^ XI, 20). Or, Adranos paraît être un dieu d'origine syrienne, Hadran. Quant à l'étymologie d'Esculape proposée parBochart et rappelée par M. Glermont- Ganneau, ubDtt?'»N ich'kalbi « l'homme chien », elle m'était naturellement venue à l'esprit, mais je n'avais pas osé la mentionnof. J'aurais peut-être été moins réservé si je m'étais souvenu d'une très cuneuse

inscription coiinihienne du vi* siècle, où l'on trouve la forme jusqu'à présent unique Atj^Xaôtoç (Roehl, Inscriptiones andquissimaej n® 549), qui se rapproche bien plus du prototype sémitique admis par Bochart que la forme 'A<j%kri7:i6q de la grécité classique.

EnGn, M. Hartwig Derenbourg a bien voulu m'écrire au sujet des chiens sacrés la lettre suivante, qu'il m'a autorisé à reproduire ici :

« En relisant la comptabilité manuscrite du temple de Citium, je crois toujours que les kelabim mentionnés sur les tablettes n'étaient pas des chiens, mais des hommes. Mais je ne veux pas rentrer dans le débat autrement qu'en vous envoyant les quelques documents dont je vous ai parlé.

c 1® Le nom propre dSkiS^ se trouve dans l'inscription 49 du Corpus inscript, semitic, (p. 70 et suiv.). Comme M. Renan le remarque très justement, il est synonyme de DS»V72y (voir Corpus, p. 30, deux exemples). Où nous différons, c'est que je traduirais canis Dei, ou canis Elimi d'une part, servus Dei ou servus Elimi d'autre part, mais non canis^Deorum ou servus Deorum, P. 30, M. Renan signale la transcription grecque du second nom : 'AôBYjXijjiéç.

€ 2® Dans l'inscription 52 du Corpus (p. 72 et suiv.), un personnage est appelé NlbD, nom que porte également son grand-père. S^ms admettre le canis ejus, je suis convaincu de la parfaite identité entre NsSa et dSi^iSd.

f 3- C'est dans cette série qu'il faut également placer l'explorateur biblique ^Ss. Ce qui est très curieux, c'est que les Septante traduisent l'ethnique "^^Sd (I Samuel, xxv, 3) par àvOpwTcoç y.uvtxéç (cf. Gesenius, Thésaurus, s. v. :iSd; Schleussner, Lexicon, s. v. xuvixoç). Les DsSd me paraissent précisément des avOpwwot y,yviy.o{. >

I^ question des kelabim a encore été abordée par M. Merriam dans The dation, 1885, p. 34. Le savant américain se rencontre sur plusieurs points avec M. Clermont-Ganneau,donl l'article a paru presque en même temps que le sien. Il nous signale en outre les chiens sacrés du temple d'Héphaestos à Aetna en Sicile (Élien, hist, anim., XI, 3). Cet Héphaestos sicilien se rattacherait au Talos créto-phénicien, représenté avec un chien sur certaines monnaies de Phaestos en Crète. Adi-anus est également accompagné d'un chien sur les monnaies des Mumertins. Philostrate, dans sa Vie d'Apollonius de TyanCy mentionne des chiens sacrés attachés au temple de Dictynna en Crète; pour M. Merriam, Hécate a pu être, à l'origine, une divinité à tète de chien. On sait que M. Schliemann, et bien avant lui B. Constant, ont soutenu que l'Alhéné et la Héra primitives avaient été représentées avec des tètes de chouette et de génisse ; M. Milchhoefer et d'autres ne

paraissent pas loin d'accepter la théorie d'après laquelle les animauxattributs seraient comme les résidus d'images zoomorphiques primitives, transformées plus tard par les progrès de l'anthropomorphisme. M. Merriam ajoute en terminant : c II est permis de se demander si les anciens interprètes juifs des Rois^ II, xvii, 31, n'avaient pas raison d'attribuer une figure de chien à Nibhaz, l'idole des Avites, rattachant ce mot à la racine <c aboyer », comme Anubis latralor. »

Élatée. — C'est à T'EçTipiepCç que nous devons emprunter quelques détails sur les fouilles de l'École française à Élatée. Les travaux commencés au mois de novembre par M. Paris, membre de l'École, sur l'emplacement du temple d'Athéné Kranaia, ont été interrompus par l'hiver pour reprendre le 7 mai 1884 et durer jusqu'au mois de juillet de cette année. On a d'abord fouillé en dehors et au nord du temple, à la profondeur de 2 mèlres; cette recherche a mis au jour, vers l'angle nord-est de l'édifice, des fragments d'architecture en tuf avec des traces de couleur et des poteries portant des*omements ep relief. On y a trouvé aussi la moitié de droite d'une tète de bon style et une lase de statue avec le nom d'Athéné Kranaia. A l'intérieur du temple, on a découvert de nombreux fragments de statues en marbre dont quelques-unes paraissent avoir appartenu à une image colossale d'Athéné; deux bases avec inscriptions, où l'on a lu les noms des artistes Ergophile et Polyclès ; un décret d'une longueur considérable et d'autres inscriptions. A l'ouest, on a découvert un pavé en mosaïque plus élevé que la base des colonnes. Des recherches pratiquées au nord du temple dans les terres de déblai anciennes ont fourni une quantité de terres cuites brisées, vases, figurines, tètes de lions, poteries avec épigraphes, etc. Enfin, l'on a recueilli beaucoup de petits objets en bronze et environ cent soixante-dix monnaies.

Olympie. — M. Dimrtriadis, chargé par la Société archéologique de continuer les fouilles de la mission allemande, a pratiqué une tranchée d'essai à 64 mètres au nord de l'angle nord-est du stade. Cette tranchée n'a fait découvrir aucune construclion. A une profondeur de 1 mètre, on a rencontré un tombeau en terre cuite contenant un crâne humain. Dans la Palestre, que les Allemands n'ont pas entièrement déblayée, M. Dimitriadis a découvert, à 2°»,70 de profondeur, un mur de mauvaise époque composé de pierres calcaires et de fragments de marbre, provenant en partie du toit du temple de Jupiter. A la profondeur de 4 mètres, on a commencé à trouver des fragments de métal et des monnaies byzantines. Jusqu'à présent, on a retiré de la Palestre et du

lit du Cladéos trois cent cinquante-huit monnaies, parmi lesquelles de belles pièces en argent d*Élis. Les bronzes sont au nombre de quarantehuit : on signale la partie inférieure d*une statuette velue, avec des ailes étendues, une petite tète d'un bon travail archaïque et un trépied, archaïque également. Un plomb circulaire percé d'un trou porte, en petites lettres, l'inscription ïlpo^vd^x. Les trouvailles les plus importantes sont trois fragments de marbre, dont l'un provient d'une métope du temple de Jupiter et les deux autres du fronton occidental du même temple '.

Orope. — Au mois de juin 1885, M. Phinticlis, vice-président de la Société archéologique^ a commencé des fouilles sur l'emplacement du sanctuaire d'Amphiaraûs. Les résultats ont été dès l'abord très satisfaisants. On a trouvé un grand nombre de décrets de proxénie, inscrits à une époque postérieure sur des marbres portant des dédicaces à Amphiaraûs, et deux textes agonistiques intéressants. Mais le document le plus important que l'on ait mis au jour est un sénatus-consulte du temps de Sylla, parfaitement conservé, que 1' 'Ef r<ii.6p{ç doit faire connaître sous peu*. Ce texte, dit-on, présente une étroite analogie avec le sénatus-consulte de Thisbé, si heureusement commenté par M. Foucart '. Comme tous les documents du même genre, il est remarquable par les latinismes de la rédaction, qui est une traduction littérale du texte latin faite vraisemblablement à Rome même. Plusieurs inscriptions trouvées au même endroit donnent des noms d'artistes nouveaux, Simalos, Dionysios fils d'Ariston, Agalharchos fils de Dionysios, Thoinias fils de Teisicratès de Sicyone *, Teisicratès fils de Thoinias, Naxias fils de Lysimaque d'Athènes. On a encore découvert un théâtre d'une forme singulière, construit en tuf, et un portique adjacent au théâtre. Les abords de ce dernier édifice ont fourni une jolie statue en marbre représentant Hercule au repos, qui a été transportée à Athènes. Les fragments d'architecture et les chapiteaux, d'ordre dorique et ionique, sont en tuf calcaire et présentent des traces de couleurs. Sur le piédestal d'une statue colossale se lit l'inscription AHMOS AÔHNAIÛN. Une autre base supportait des statues de Plolémée et d'Arsinoé, comme le

i. 'Eçïjiiept;, 1884, p. 95.

2. [Voir 'Eçrjii. oLpxoLio\., 1834, p. 93; Hermès, t. XX, p. 268.]

3. Archives des Missions, 2^ série, t. VII; cf. Mommseo, Epkemeris epigraphica, 1873, p. 278 ; Schmidt, MUtkeilungen, t. IV, p. 233. [On coonaissat eu 1887, par les iuscrlptioos, douze séuatus-cousultes du temps de la République ; cr. BuU. de Corresp. Heiién,, 1887, t. XI, p. 225.]

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