‹ Chroniques d'Orient; documents sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique de 1883 à 1890Chapitre 72 sur 406 · Manuel de Philologie, II, p. 136, note · texte numérisé non relu

Manuel de Philologie, II, p. 136, note

ETTAfAOni en pointillé. Sur une pierre {2xavév?,on voit Herm6s psychopompe conduisant un homme barbu, deux fois plus petit que lui, qui fait mine de lui résister, dans le gouffre de l'Hadès indiqué par un creux horizontal de l'intaille. Dans les tombeaux de femmes, il y a des quantités de miroirs et d'aiguilles à cheveux. M. Richter nous signale encore une serrure avec sa clef, recueillie en même temps que des fragments de bois provenant d'un coffrel. Parmi les petits objets en tirre cuite, nous mentionnerons les suivants : 1' une lampe avec Athéné qui menace du fouet Marsyas jouant de la flûte devant elle; 2* un groupe haut de 0«,16, représentant Aphrodite sur une oie, le bas du corps recouvert d'une draperie. 11 existait une légende d'après laquelle Aphrodite avait abordé sur la côte est de Chypre et s'était rendue à Palaeopaphos en traversant Tlle, montée sur une oie.

M. Alexandre de Cesnola a trouvé des répliques du même motif; 3» une Athéné d'excellent style, haute de 0«,2l. le bras gauche appuyé sur un ])ouclier ovale avec des traces de colorât on (détail rare à Chypre). Cette intéressante figurine a été mal gravée dans le Journal of Hellenic Sludies (pi. XVI), dans les Mittheilungen (t. VI, p. 250) et dansV BistoryofGreek Sculpture de M. Murray (II, pi. 17); le croquis ci-joint en donnera une idée.

Il est remarquable que Salamis n'ait pas encore fourni d'inscription phénicienne, et par contre qu'on y ait recueilli beaucoup plus d'inscriptions chypriotes qu'à Citium De même, la période grecque et grécoromaine est mieux représentée à Salamis qu'à Citium. La raison de ces deux faiU connexes a été donnée par M. Richter : nous l'avons indiquée plus haut d'après son travail inédit intitulé : Salamis und Kiiion.

Une inscription grecque découverte en 1882, à Salamis, est relative à Ptolémée Évergète :

lAPAniAt BAIlAEinTOAeiAxio) KJtl &aj|AlIIHIBEp£V£{x.ti OEOlIEYEPrETa.; 0IAINOI<t>lAOT{ixoo AOHNAIO.'

i84 : CHRONIQUE D'ORIENT (1885) [5«, 352j

M. Richter me signalé un second fragment au même endroit, où les mots rPAMMATEYI lEPAnYTNIOI (d'Hiérapytna en Crète) sont seuls visibles.

III. Soli. — Pendant Tété de 1883, M. Richter a dirigé plusieurs fouilles dans les environs de Soli, tant pour le Musée de Chypje qu'au nom de quelques particuliers, sir R. Biddulph, MM. Warren, Brown, Stevenson, Gordon, Fahlwas et Tyler.

Les travaux commencèrent au nord de Katidata, à Test du couvent de Skurgotissa, voisin des anciennes mines de cui\Te de Soloi. On découvrit un tombeau colossal renfermant de nombreuses niches et long de 35 pieds; il contenait des centaines de verreries parfaitement intactes. Parmi les autres trouvailles M. Richter nous signale : une Ijague en or, beaucoup d'anneaux en bronze doré décorés aux extrémités de tètes de lions, une serrure intacte, un masque en terre cuite, une lampe avec une tète de Méduse, des bâtonnets de verre pointus à une extrémité et pour\*us à l'autre d'une sorte de palette en forme de pointe de flèche, des boucles d'oreilles en or. Ce grand tombeau appartient certainement à l'époque gréco-romaine.

Un autre emplacement, au sud-est de Katidata près de Linou, a donné des tombes appartenant à diverses périodes, depuis l'époque archaïquejusqu'à l'époque romaine. Dans les parties les plus anciennes de la nécropole, on a trouvé des vases avec ornements en relief (le croissant, le disque du soleil, des groupes de serpents, le cerf, le mouflon). Des motifs analogues apparaissent sur de grossiers cylindres en terre rouge découverts à Hagia-Paraskévi près de Nicosie et que M. Sayce croit hittites. Avec ces vases à reliefs, on découvrit des quantités d'armes, en bronze fortement allié d'étain ou en cuivre pur, surtout des poignards ou des pointes de lance, ainsi que de nombreux pesons en terre cuite avec ornements gravés. Il faut remarquer que dans les tombes chypriotes où se manifeste l'influence phénicienne on ne trouve plus ni vases à reliefs, ni cylindres, ni armes Par contre, les tombes archaïques ne présentent aucune trace de fer.

Le deuxième groupe des tombeaux de Katidata-Linou ofl're les types de l'époque assyro-babylonienne, tels qu'on les observe à Hagia- Paraskévi et à Zamkas, au sud-est de Marion, entre Larnaca et Liniasol. A côté des pesons de terre cuite on y rencontre des pesons de pierre. Là paraissent pour la première fois des vases en terre cuite avec ornements peints et des vases en forme d'animaux divers, oiseaux, cerfs, bœufs, etc.

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Le troisième groupe de sépultures es t plutôt grec que phénicien. On y a trouvé des vases du style de Mycènes recouverts d'un vernis brillant que M. Furtwaengler considère comme imporlés. Ces poteries 86 sont rencontrées jusqu'à présent à Hagia-Paraskévi, à Phoenidschaes, à Zamkas et à Katidata. Elles sont toujours isolées et peu nombreuses. Katidata-Linou n'en a fourni qu'une seule, dans un tombeau qui contenait également une idole de Mylitta. En général, comme on le sait, les engoLes brillants sont restés inconnus à la céramique chypriote, et les quelques exceptions que l'on a pu signaler s'expliquent par une imitation de types importés qu'ont essayée les fabriques locales *.

Les tombes de l'époque phénicienne ont donné des vases à cercles concentriques peints sans point central. Enfin, les sépultures grécoromaines contenaient beaucoup de verreries, des lampes, des bagues de verre et des coupes plates de couleur rouge, dont le bord vertical est orné de masques en relief, d'A.nnours jouant de la double flûte ou dansant, de lièvres, de dauphins et de rosaces. On n'a pas rencontré de vases peints.

Quelques recherches ont été faites dans un ancien sanctuaire à Katidata-Skurgotissa. On y a trouvé des statuettes gréco-phéniciennes grossières, un grand nombre de joueurs de flûte et de danseurs, les fragments d'une coupe d'argent avec des fleurs incisées et les restes d'une coupe en bronze de style grec où est figurée une bataille d'Amazones.

IV. Curium-Episcopi , — En 1883, M, Richter a pratiqué des fouilles à Curium aux frais de plusieurs particuliers. Ses recherches ont porté sur quatre nécropoles à l'est de l'ancienne ville.

1. [M. Richter m'afait savoir depui.« que les résultats des dernières fouilles ne permettent plus d'affirmer que a les eugobes brillants sont restés in* connus à la céramique chypriote ». Dès la p<^riode préphénicienne (peut-être, comme le pense M, Furtwaengler, par suite de l'importation de vases de Mycènes}, on trouve à Chypre des vases à engobes brillants et polis avec grand soin qui sont les produits d'une industrie locale. Cette technique, que l'on consfate souvent sur des vases formés de plusieurs récipients (p. ex. Perrot- Chipiez, t. III, fig. 490), ou sur des vases à trois pieds (t6id., fig. 491, 493), disparait à répoque phénicienne. D'autre part, au iv« siècle et peut-être plus tôt, certaines nécropoles grecques de l'Ile présentent des quantités de vases lustrés à figures rouges et noires qui, mêlés à des vases de même genre qu'apportait le commerce, s'en distiugucnt, par des caractères incontestables, comme étant de fabrique chypriote. Tels sont, en particalier, les vases du Polis tis Ghrysokhon.]

La première^ tout auprès des ruines de Curium, avait déjà été fouillée en grande parlie par les ouvriers de M. de Cesnola. I^es tombes y sont très profondes. On n'y trouve que des objets grecs, et pas un seul vase à cercles concentriques. M. Richter y a découvert une coupe d'argent à deux anses, et deux bagues d'argent dont Tune avec son cbaton, qui porle une intaille représentant Athéné Parlhénos. Elle a été publiée dans VArchaeologlsche Zeitung pur M. Conze (1884, p. 166) ; c'est une des nombreuses répliqueo de l'Athéné de Phidias.

La seconde nécropole est un peu à Tesl de lu précédente. Elle se compose di tombes gréco-phéniciennes peu profondes et contient des vases à décors géométriques et à cercles conctntriques. On y a encore recueilli de petits trépieds pareils à celui qui est publié dans l'ouvrage de CesnolaSlem, phnche XCII.

Le troisième groupe de sépultures est plus à l'est et près de la mer; il ne contient que des vases gréco-phénicieiis.

La quatrième nécropole a été découverte en 188*2 par les ouvriers de M. G. Hake, qui fouillait pour le Musée de Kensington. L'emplacement est voisin du village d'Épiscopi. Unî partie de cette nécropole, à l'extrémité orientale, est occupée par un grand nombre de tombes de l'époque macédonienne et gréco-romaine; à l'ouest et au cenire, les sépultures sont gréco-phéniciennes; elles sont généralement grécoromaines au nord. On ne trouve pas de tombeaux que l'on puisse rapporter avec certitude à l'époque grecque.

Cette nécropole a fourni quelques objets fort intéressants, qui ont pa:?sé entre les mains des particuliers commanditaires des fouilles. Ce sont, notamment, deux vases à inscriptions phéniciennes; une plaque d'or archaïque sur laquelle est gravé en repoussé un prêtre devant un char (?) portant le simulacre d'une déesse les mains sur les seins; deux épées en fer, simblables pour la forme à celles de Mycènes ; deo boucles d'oreilles en argent doré; une plaque d'argent avec le buste d*une déesse. Dans les tombes d'époque postérieure, M. Richter a recueilli beaucoup de verreries et notamment d'intéressantes peintures, en partie fort bien conservées, sur des plaques de verre convexes ayant pu servir de couvercles. Nous regrettons de n'avoir reçu ni photographies ni dessins de ces curieux obj*»ls.

V. Voni'Chytn. — Le 21 mai 1883, le Musée de Chypre fit commencer des fouilles à Voni sous la direction du capitaine Sinclair et de M. Richter. Un rapport étendu sur ces fouilles, avec le catalogue des objets trouvés, a été déposé par M. Richter au Musée, et il en a

publié un exirait dans les Mitiheilungen d'Athènes (1884, p. 4-27 et suiv., pi. IV et V). Comme le contrat passé avec les propriétaires du terrain obligeait M. Richter à combler les ti'anchées, il a dressé un plan à grande échelle de la fouille, qui a du reste été insuffisante, faute de temps et de ressources matérielles.

Les deux planches gravées au trail et les quelques vijçnettes publiées dans les Mitlheilungen^ d'après les photographies de M. Richter, sont malheureusement si défectueuses que les sculptures trouvées à Voni peuvent être encore considérées comme inédites. En dehors des statues en pierre, on n'y a découvert qu'une seule terre cuite et une figurine de bronze représentant un cerf. Les statues, qui étaient destinées à être placées contre des murs, ne sont pas modelées sur le revers; elles offrent des spécimens de tous les styles qui se sont succédé dans l'île et quelques-unes portaient des couleurs très vives. Les têtes étaient généralement brisées. Les plus remarquables sont un joueur de double flûte, avec la çspéeia, bandeau passé sur la bouche et fixé aux oreilles, qui sert à maintenir l'instrument; un homme couronné dont le bras gauche, appuyé sur un cippe, supporte un aigle, sans doute un mélange du type de Zeus et du type d'Apollon ; un personnage debout, dont la tète manque, qui tient sur la main gauche une Victoire analogue à celle de Paeonios. Deux inscriptions : Kapu; ^O't^^x'^i^z^ *Axo/vX(i)vt er/T^v et ...^tcco^so^ Kapus; 'AiroXXwvt 6j)ri^|V, prouvent que le temple déblayé par M. Richter était consacré à Apollon. On y a aussi décoiveii un torse de statue portant une inscription chypriote en quatre lignes.

A l'est et tout près de Voni se trouvent djs tombes romaines de basse époque, qui n'ont donné que peu de chose. Les fouilles ont été plus heureuses au nord de Voni, à Test du village de Kythrea, sur l'emplacement de l'ancienne Chytroi. M. Richter y a trouvé un gisement de statues appartenant à des sinctuaires d'Aphrodite et deux inscriptions chypriotes, contenant des donations à Aphrodite Paphia, qui ont été publiées par M. Piérides dans li revue locale Ihe Cyprus Muséum (n** 1 et II). Toutes les statues trouvées à Kythrea ont été classées dans le Musée sous le nom de Chytroi-colieclion ; elles seront décrites en tète du catalogue actuellement en préparation. Le morceau le plus important de cette provenance est une figure de femme nue en argile ave« coiffure égyptienne, pelvis triangulaire et nombril très accentué, qui porte, détail nouvem, un grand anneau passé dans le nez.

VI. Achna. — Au mois de septembre 18S3, M. Richter fouillait à

Salamis pour le compte du Musée Britannique lorsqu'il fut prévenu qu'on venait de trouver à Achna, en creusant des trous pour enterrer les sauterelles, un dépôt considérable de statues. M. Richter se transporta immédiatement sur les lieux et y fit exécuter des travaux du 12 septembre au 25 octobre. Le rapport qu'il rédig^ea à ce sujet, trop long pour qu'on pût l'insérer aux Mittheilungen, sera prochainement publié à part; des extraits en ont déjà été donnés dans le Graphie de Londres (49 janvier 1883). Achna a fourni plusieurs centaines de statuettes toutes antérieures au iii* siècle avant J.-C, qui présentent une image frappante du développement de Tart chypriote sous 1 influence des modèles orientaux. Les fouilles paraissent avoir porté sur l'enceinte d'un temple d'Artémis, mais il est difficile de savoir si l'on a découvert le temple lui-même, car on n'atteignit des murs de fondation qu'à un moment où le manque de fonds empêchait de continuer les travaux.

A Achna comme à Voni, on n'a pas découvert un seul fragment de poterie à cercles concentriques avec ou sans point central.

VII. Mari, — On croyait autrefois que Marion se trouvait au village actuel de Mari, à mi-chemin entre Lamaca et Limasol, là où l'indique encore la carte de M. Kiepert publiée dans l'ouvrage de Cesnola-Stern. M. Schroeder a le premier reconnu que Marion était située à l'extrémité ouest de l'Ile près du cap Akamas, opinion qui a été admise par M. Perrot {Histoire de l'Art, L III, p. 482). M. Richter a pu s'assurer, en 1881, que les ruines à l'est du village de Mari ne sont pas antiques. Par contre, il a découvert au nord du village quelques tombeaux contenant des vases à cercles concentriques sans point central, une petite œnochoé verte ornée de deux oiseaux d'eau peints en noir et deux aryballes en poterie noire lustrée qui sont aujourd'hui au Musée Britanûique.

VIII. Nicosie, — A la fin de 1884, M. Richter ouvrit onze tombeaux dans la nécropole d'Hagia-Paraskévi près de Nicosie, d'où pro- -\iennent la plupart des vases chypriotes conservés au Musée de Constantinople. Outre de nombreux vases, il y a découvert un cylindre assyro-babylonien d'un travail très fin ajusté dans une lourde moulure en or. Celle monture prouve que les objets publiés dans Ilios par M. Schliemann comme des boucles d'oreilles (fig. 705, 706, 707, 708) sont en réalité des montures de cylindres. Un tombeau voisin contenait une boucle d'oreille archaïque en électron. Le fer et le verre font défaut, mais il y a quantité d'armes de bronze, de

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pesons, de perles en terre cuite et en os ayant fait partie de colliers. Les vases appartiennent à un type très archaïque : il y a notamment des vases à reliefs, dont l'un présente l'image de deux grands cerfs et d'autres des serpents, ainsi que des vases à ornements incisés.

M. Richter a repris les fouilles dans la nécropole d'Hagia-Paraskévi aux mois d'août et de septembre 1885. Du 2 au 13 août, trente tombeaux ont été ouverts. Ils contenaient des centaines de vases ou de fragment s de poterie, dont quatre seulement sont peints ; tous les autres sont dépourvus de décoration, ou bien portent des ornements incisés et en relief. Les vases à reliefs, qui foi ment un groupe très intéressant, ne trahissent pas encore l'influence phénicienne et paraissent appartenir à une antiquité très reculée. Deux vases, que reproduit notre dessin, rappellent la c coupe aux colombes » de Nestor dans Vlliade (XI, 622 sq.). Ils sont en argile rouge très grossière, faits à la main et sans l'aide du tour. Le pied du second est brisé, ainsi qu'une des coloml)es du premier (restaurée dans le dessin). La 7

hauteur du vase complet est de 0'",238. — La même nécropole a donné plusieurs autres vases du même type, mais sans les colombes; les plus nombreux, toutefois, sont de simples coupes sans pieds.

M. Richter croit que celte découverte peut servir d'appui à l'opinion de M. Schliemann*, suivant lequel les deux 7cu0|i.£vcç de la coupe de Nestor étaient le fond du récipient et le pied, tandis que M. Helbig* pense (avec toute raison, selon nous) que ces mots désignent deux soutiens pkcés de chaque côté du vase entre le col et le pied.

A HagioS'Janis iis Malluntas, dans le district de Nicosie^ M. Richt- r croit avoir retrouvé la nécropole de la ville de Tamassos, mais il n'y a fouillé que pendant fort peu de temps. Le verre fait absolument défaut; on a recueilli des bijoux en or, des diadèmes, des boucles d'oreilles. Les diadèmes sont de minces feuilles d'or ornées de palmettes en repoussé. La plupart des vases sont dépourvus de peintures; quelques-uns portent des cercles concentriques sans point central. Les recherches devraient être continuées en cet endroit.

IX. Idalium-Dali. — Au mois de novembre 1884, M. Richter, de passage à Paris, me signalait la nécropole de Dali comme étante dans son opinion, une des localités de l'ile qui méritaient d'être explorées.

4. Mycènes, fig. 346, p. 273, 215 de Téd. allemaude. 2. Helbig, Dos homerische Epos, p. 272 et suiv.

CHROMQUE DORIEM (1885)

et exclusivement à Katidata, font presque absolument défaut à Dali. Remarquons que le type des joueuses de lyre se retrouve sous un aspect presque identique dans la série de terres cuites carthaginoises consenées au Musée de Saint-Louis.

S*» Des prêtresses, des Facrifîcatrices, des rf^rfican/e5, quelques-unes dans Tattitude de la bénédiction.

, 4** Des images de la mère nourricière. Très rares à Dali, ces images sont très fréquentes à Citium et à Chytroi. Quand la déesse est représentée debout, elle est le plus souvent en argile; quand elle est assise, elle est de pierre. On ne rencontre pas à Dali le type, fréquent à Citium, de la déesse nourricière debout avec une coiffure égyptienne (Perrot-Chipiez, t. 111, p. 20J, fig. 143).

5° Des images de la déesse porlant Tune et l'autre main à ses seins.

Il n'y a pas de traces des figurines de guerriers et de cavaliers, si fréquentes dans le temple exploré à Dali môme par M. Lang, dans celui que M. de Cesnola a fouillé à Athiénau, ainsi qu'à Kosci et à Chytroi. Ces figurines font également défaut à Achna.

Avant de passer à la description des statuettes d'un style plus soigné, il faut signaler une classe d'objets à part, les colombiers (cf. Perrot-Chipiez, t. III, fig. 208.) On a trouvé à Dali un très curieux monument de ce genre; M. Piérides à Larnaca en possède un aulre, où Ton voit la déesse assise devant la grande porte tandis que des colombes en relief sont placées autour des trous latéraux. Un second fragment découvert à Dali est exactement conforme à celui qui a été publié par M. Perrot.

Les arbres sacrés, les fleurs et les fruits en terre cuite sont assez nombreux. Un des fruits parait être un coing.

La seconde classe de figurines comprend celles qui ont été faites, en partie du moins, à Taide du moule. Les bras, les mains et les attributs sont modelés à la main et ajustés*. Les types sont analogues à ceux de la première série. Certaines Ogures sont plutôt phéniciennes de style, d'autres plutôt grecques ; on trouve des motifs identiques exécutés fort différemment. Quelques statuettes sont comme la première ébauche du type de la Spes romaine; elles tiennent un fruit ou une fleur de la main droite étendue et soulèvent un pan de leur draperie de la main gauche.

Parmi les figurines de bon style faites au moule nous signalerons les motifs suivants :

i* La déesse portant les mains aux deux seins. Remarquons que la déesse ne parait nue qu'à une époque postérieure : les plus anciennes idoles en galette la montrent habillée. A Achna,où l'élément phénicien n'eut jamais le dessus, les idoles d'Artémis sont toujours vêtues. A Dali, il y a quelques figures nues de style phénicien. L'une d'elles, semblable aux Astartés du sai-cophage d'Amithonte (Perrot, 1. 111, fig. 417), porte un anneau passé dans le nez.

2* La déesse nue dins l'attitude de la Vénus pudique.

3* Les figures dont la partie inférieure seule est drapée.

4* Une série très remarquable est celle des statuettes avec un grand anneau dans le nez. On n'en avait encore signalé de semblables ni à Chypre, ni dans le reste du monde antique, mais M. le professeur Christ a fait savoir récemment à M. Richter que VAnliquarium de Munich possédait un aryballe en forme de tête avec des boucles d'oreilles et un anneau dans le nez. Cet ornement ne se trouve que dans les figures de style indigène ou cypro-phénicien. Le premier spécimen a été découvert en 4883 à Chytroi; c'est une figure nue, d'un type grossier et laid, dont le sexe est indiqué avec précision. Dali en a foui*ni un assez grand nombre.

1. A Chytroi» en 1883, M. Richter a trouvé uq moule pour la tète et le coa d'une figurine en terre cuite.

5® Les figures avec des ornements au-dessus des oreilles, qui sont ainsi dissimulées (cf. Perrot, III, p. 562). Des officiers anglais venus de llnde à Chypre affirment que les femmes indiennes portent encore des ornements du même genre, que l'on rencontre également chez les fellahines d'Egypte.

6** Les figures avec des chaussures à poulaine, recourbées à Textrémité. Cette mode, que M. Sayce croit hittite, parait avoir dominé quelque temps à Chypre. Sur un vase remarquable trouvé à Athiénau en 1885, dont nous donnons ici un dessin d*après une photographie de M. Richter, on voit un homme chaussé de la sorte, s'approchant, comme pour la sentir, d'une fleur de l'arbre sacré. Dans le champ du vase sont figurés plusieurs svastikas^ M. Richler nous dit que la chaussure à poulainCy fréquente dans les terres cuites, est rare dans les statues en calcaire.

Le vase si curieux que nous venons de reproduire appartient aune variété de la céramique chypriote déjà connue par d'assez nombreux spécimens* ; mais la représentation qu'il porte se trouve ici pour la

1. [Ce vase, qui a 0'n,296 de haut, a été publié en couleurs dans le Jahrbuch des Insliluls, 1886, pi. Vlil, d'après une aquarelle de M. Richter. M. Perrot a reproduit noire dessin dans son Histoire de VArt, t. IV, fig. 286.]

2. Perrot et Chipiez, Histoire de VArt, t. III, fig. 496, 509, 511,518. Cf. unetohlelte d'ivoire de Phéuicie reproduite à la p. 847, fig. 611.

[5* 360-lJ CHRONIQUE D'ORIENT (1885) 195

première fois et présente un vif intérêt si on la rapproche de quelques images analogues. Dans Fart assyro-babylonien, rien n'est plus fréquent que de voir un personnage agenouillé ou debout devant un arbre sacré * ; les céramistes de Chypre, en imitant ce motif, Tont interprété à leur manière, et l'attitude de l'adoration est devenue sous leur pinceau l'acte plus simple de sentir une fleur en la rapprochant de ses narines. C'est ce que l'on constate aussi sur le célèbre vase d'Ormidia (Perrot, t. III, fîg. 523), sur la patère d'Amathonte(î6irf., ùg, 547), sur celle d'Idalie (Cig. 482), sur celle de Curium (ièirf., fig. 552), où deux sphinx disposés symétriquement de part et d'autre de l'arbre sacré sentent chacun une fleur qui s'en détache. Peut être l'imitation de ces imitations mêmes a-t-elle donné naissance^ par un processus tout réaliste, aux figures d'animaux broutant que nous trouvons sur les cistes italiques *, dont les rapports avec les patères phéniciennes sont incontestables, et qui paraissent déjà dans la céramique chypriote*. Sur la situle de Watsch, que nous avons reproduite autrefois dans la Bévue archéologique (4883, II, pi. XXIII), on voit des hommes assis qui approchent des fleurs de leurs narines. Ce motif est très fréquent sur les vases grecs à figures noires ; on le trouve également dans le monument lycien des Harpyes.

Les ornements végétaux du vase, le lotus et le bouton de lotus, trahissent l'influence d'un modèle égyptien; les mêmes motifs, figurés de même, se voient sur un vas 3 du Musée de New- York (Perrot, t. III, ù^. 521), une œnochoé également, où un personnage est représenté debout entre un grand oiseau et une fleur de lotus. Mais que signifie loiseau qui, sur notre vase, paraît maintenu à l'extrémité d'une baguette que le personnage tient dans la main gauche? On peut alléguer plusieurs analogies ; la plus frappante peut-être est celle d'un cylindre en jaspe où l'on a reconnu la présentation de la colombe par deux personnages debout, les bras levés (Perrot, t. III, fig. 431), mais on songe aussi à ces oiseaux qui sont figurés au-dessus des guerriers ou des chevaux sur les coupes gravées phéniciennes* et les vases grecs de très ancien style'. Quant au costume de notre personnage, tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est qu'il n'est ni égyptien ni acsyrien.

1. Perrot et Chipiez, Histoire de CArt, t. Il, fig. 8, 21, 80, 235, 343, 443, etc.

2. Cf. Sacken, Dos Grabfeld von Hallstatt, pi. XXI ; Revue archéologique, 1883, II, pi. XXllI. Le même détail s'observe sur la ciste de Grandate réceoiment découverte près de Côme.

3. Perrot et Chipiez, t. III, fig. 514, 516, 518. Cf. fig. 532 (palère de Curium).

4. Grifi, Monum. diCereantica, pi. V, 1; pi. VIII; pi. X, 1; Perrot, 1. 111, flg. 408, 544.

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