Classical Review, 1887, p
2. Cf. Kekulé, Archaeol. ilittheil. ans Oesterreich, t. III, p. 8-24.
XYII
(REVUE ARCHÉOLOGIQUE, 1887, t. II, p. 350-358.)
C’est par une parole d’adieu que nous devons commencer cette Chronique. M. Aristide-Bey Baltazzi, frère de M. Démosthène Baltazzi, et propriétaire de l'emplacement de Myrina, est mort subitement à Marseille, le 14 octobre 1887, au moment où il allait s’embarquer pour Constantinople après un séjour de quelques semaines à Paris. On sait avec quelle générosité, quel désintéressement, M. Baltazzi offrit à M. Waddinglon, en 1879, de laisser explorer la nécropole de Myrina par des membres de l’École française d’Athènes. Non seulement il n’a rien négligé pour faciliter nos recherches sur sesdomaines, mais, les fouilles terminées, il a gracieusement cédé à la France le tiers des trouvailles qui lui revenait de droit. Il reçut à cette occasion, de notre gouvernement, la croix de la Légion d’honneur. Son nom figure et figurera toujours dans la salle du Musée du Louvre où sont exposées les terres cuites de Myrina; il restera cher aux amis de la science et de notre grand Musée national, respecté surtout de ceux qui ont pu apprécier, en toutes circonstances, la sympathique droiture de son caractère et l’élévation de ses sentiments.
Voyage de M. Ramsay en Asie Mineure. — Dans une de nos précédentes C /ironiques ( Revue archéol., 1887, I, p. 90-99), nous avons traduit une longue lettre de M. Ramsay relative à la première partie de la mission dont il s’est acquitté en 1886, dans les vallées phrygiennes du Lykos et du Lysis. Notre infatigable ami est reparti poui l'Asie Mineure au printemps de 1887 ; de retour à Aberdeen après plusieurs mois de voyage, il a bien voulu nous adresser un nouveau rapport résumant les découvertes de sa dernière campagne et complétant sa letlre publiée au commencement de 1 année courante. Poui l’intelligence de ce qui va suivre, nous avons dressé et fait repro-
duire ici, d’après un croquis à grande échelle de M. Ramsay, une carte sommaire de la région qu’il a parcourue.
« Pour commencer, quelques délails sur la fin de ma campagne de 1886. Suivant M. Sterrett ( Preliminary Report of a Journey in 1884, Boston, 1885, p. 16), Savatra était à Obrukli. Tout ce que nous savons de Savalra se réduit à deux renseignements : 1° d’après Strabon (p. 568), la ville n’avait d’autre eau que celle des puits; 2° la Table de Peutinger paraît indiquer (en admettant une correction nécessaire) qu’elle était située sur la grande route orientale d’Éphèse à Archelaïs et Césarée par Laodicée Katakékaumène. Or, Obrukli emprunte son eau à un lac voisin et se place sur une route toute différente, celle qui mène directement de Konièh à Ak-Seraï (Archelaïs). Cetle dernière route prit de l’importance à l’époque seldjoucide, quand Konièh devint la capilale de l’empire et que Ak-Seraï (la Tâ-apsc des écrivains byzantins de basse époque) en fut une des principales cités. C’est sur cette route que sont construis les khanis et la route ancienne a si peu servi dans les temps modernes que nos arabadjis (charretiers), qui avaient passé leur vie sur les routes de cette région, commencèrent par nous affirmer qu’il n’existait aucune voie directe entre Laodicée ( Ladik ) et Ak-Serai.
« A quatre heures environ vers le sud-ouest d’Eskil, nous traversâmes l’emplacement aujourd’hui désert d’une ancienne ville qui remplit toutes les données du problème et me paraît représenter Savatra.
« Passons à la localité d’ARGOS, mentionnée par Strabon. En gravissant un éperon rocheux à l’extrémité occidentale du Hassan-Dagh, je découvris les ruines d’une forleresse antique. Or, le second feu de la ligne de signaux qui annonça, des portes Ciliciennes à Constantinople, la nouvelle de l’invasion sarrasine, était placé sur le mont ’Apyscu; il serait simplement absurde de supposer que cette montagne soit identique au mont Argée ( ’Apyaïov) près de Césarée, qui est à une grande distance vers le nord du tracé vraisemblable de cette ligne. J'avais toujours pensé que le Hassan-Dagh devait être situé sur la ligne des signaux byzantins. Arrivé à la forteresse, je contemplais la longue chaîne du mont Taurus, qui semblait toute voisine de nous, bien que séparée par une plaine de 40 milles, tandis que, dans la direction de Constantinople, notre vue embrassait une immense étendue de plaines salées jusqu’à une rangée de sommets à l’horizon. J’ai la conviction que le point où nous élions est VArgéou des écrivains byzantins1
t. Const. Porphyrog., De Cérim., I, p. 492 (’Apyêaç) ; Theoph. Contin., p. 197 v A-Pïtov). [Cf. Ramsay, Hist. geogr. of Asia Minor, p. 340.]
et que YArgos de Strabon, l’pup.x 6t|/r,Xov irpcç tw Taupe) (p. 357), est identique à la forteresse du Hassan-Dagh. Cette forteresse est voisine du village nommé Kara-ang-Kapou, à huit heures environ vers le nord-ouest de Tyane.
« Quant à Nora, que nous cherchions d’abord sur le Hassan-Dagh, je ne sais vraiment où la placer. M. Sterrett, d’accord avec Hamilton, croit la retrouver sur le sommet le plus élevé de Zengibar-Kalessi. A cela on peutobjecter que Nora, au témoignage du seul texte topographique qui la concerne, élait située sur les frontières de la Lycaonie; or, Zengibar-Kalessi est loin de cette frontière, ce qui contredit l’identification proposée.
« Le reste de notre tournée, — par Nigde vers l’est jusqu’à la route directe de Césarée aux portes Ciliciennes, de là par Nev-Scheher et le long de l'Halys jusqu’à Ancyre en Galatie, — a été plutôt géographique qu’archéologique1. Je me suis convaincu de plus en plus que Parnassos était sur l’Halys près du pont de Kessik-Keupru, comme j’ai déjà essayé de l’établir dans un appendice à la traduction de V Itinéraire à Jérusalem publiée par le Palestine Exploration fund. Je corrigerai à cette occasion une erreur extraordinaire relative à l’ancienne rivière Carmalas, que M. Kiepert lui-même, dans les cartes jointes au dernier volume de l 'Histoire romaine de M. Mommsen, fait déboucher dans l’Euphrate. Le Carmalas se jetait dans la Méditerranée, débordant dans le pays qui dépendait de Mallos, et est certainement identique à la grande rivière nommée aujourd’hui Zamanti- Sou. Le nom moderne est dérivé de la forteresse Tsamandos, située sur le cours supérieur de ce fleuve, laquelle, suivant toute vraisemblance, se place à Azizié, localité remarquable par une très grande fontaine. Tsamandos est peut être identique à la Dasmenda de Strabon (p. 540), bien que le texte du géographe, tel qu’il nous est parvenu, paraisse reléguer Dasmenda dans la partie la plus occidentale de la Cappadoce.
« D’Ancyre nous retournâmes à Smyrne par Orcistos. Il a déjà été question de nos recherches à Orcistos dans le deuxième fascicule de V Hermès de 1887 (article de M. Mommsen).
« En 1887, j’eus pour compagnons de voyage M. A. -H. Brown, qui avait déjà fait route avec moi Tannée précédente, et M. D.-E. Hogarth,
1. M. Ramsay a fourni des documents entièrement inédits à M. Kiepert pour la nouvelle carte à grande échelle de l’Asie Mineure que prépare depuis plusieurs années le savant géographe de Berlin. [La publication de cette carte, impatiemment attendue, a commencé en 1889.]
récemment pourvu de lu (Jvavc il travelling fellowsliip (bourse de voyage). Je priai M. Hogarth, qui se trouva prêt à quitter Smyrne deux jours avant moi, de visiter les villages de Mastavro et de Billara dans la vallée du Méandre; le premier est connu depuis longtemps pour occuper Remplacement de Mastaura, le second conserve le nom de l’ancienne Brioula. M. Hogarth découvrit à Mastavro une inscription et près de Billara les restes distincts d’une ancienne ville, évidemment la Brioula connue par les monnaies.
« Nous passâmes trois jours à Hiérapolis et y copiâmes environ trente inscriptions inédites. Mais nous avons été dans l’impossibilité d’explorer complètement cet endroit, dont l’accès est d’ailleurs facile : des archéologues allemands, qui y sont allés après nous, ont pu recueillir trois cent vingt textes à Hiérapolis et dans ses environs immédiats1.
« Une inscription découverte à Sazak, Ait McœsjvsÎ y. ai tû Byjp.w y., v. X., confirme l’hypothèse que j’avais émise dans mon travail sur les évêchés de Phrygie : c'est bien là qu’était situé le ovjp.oç ô Mo[caov£ü>v], Mossyna.
cc La ville de Dionysopolis, fondée par les rois de Pergame, était probablement à Orta-Keui. Nous découvrîmes Remplacement du temple d’Apollon Lairbenos, à 2 milles environ d’Orta-Keui, sur un éperon du plateau qui s’avance dans la large et profonde dépression au fond de laquelle coule le Méandre, à 250 mètres au-dessous du niveau de la plaine. Le temple d’Apollon était ionique, et, à en juger d’après un fragment de frise orné, de construction romaine : il suffirait d’une petite fouille pour retrouver la plupart des détails d’architecture et sans doute aussi pour exhumer une curieuse série épigraphique. Nous copiâmes bon nombre d’inscriptions relatives au temple dans les villages environnants. Ce sont : 1° des actes d’affranchissement d’esclaves consacrés à Apollon ; 2° des dédicaces au même dieu à la suite de châtiments infligés par lui pour des délits spécifiés. Dans un des textes, le délit est remarquable : le dédicant
1. Dans l’importante inscription publiée par MM. Le Bas et Waddington ( Voyage archêol ., Asie Mineure, n° 1687), le texte comporte les corrections suivantes : au lieu de [{3wp,«], lire fiaôpcxâj; au lieu de Kopriaxo’j, lire Kopidaxou; au lieu de ’A<tôé[<tt]y)p lire 'Kaènkvj h [peut-être N(ewrépo'j)] ; au lieu de YÊpovaix [v]4<rov. wAv lire yepoucia Jé ç. oaov av ; au lieu de [e7ie]TÉ[),M®RI> lire xaTé7su[ja ; au lieu de tw <rjveSptio TipocrSdaç, lire tw (juvsSpiw TÎjç TipoeSpcaç, c’est-à-dire le conseil des proèdres de la corporation des teinturiers en pourpre. La lecture npoaSdaç, qui paraissait ajouter à l’intérêt du texte, doit être définitivement écarté
reconnaît avoir mangé to Upov Æôotcv aiyoTo^ov. Cela semble prouver que la chèvre ne devait pas être sacrifiée à Apollon Lairbenos, et que cet animal était considéré comme sacré dans le culte local. Des fracments d’inscriptions appartenant aux deux catégories dont je viens de parler sont disséminés à l’entour des ruines du temple. J’ai vu bien peu d’emplacements où 1,500 francs dépensés à remuer le sol donneraient, à mon idée, une moisson épigraphique aussi abondante.
« Le mot tcpôç se rencontre dans beaucoup d’inscriptions de cette provenance et paraît désigner des ministres du culte ou des hiérodules à litre temporaire.
K Les lnscriptions de Dionysopolis sont d’une grécité détestable : j ai commence par croire que la langue n’était même pas du grec. Il y a encore certains passages qui restent tout à fait inintelligibles pour moi. L’ensemble de ces textes sera prochainement publié par M. Hogarth dans le Journal of lhllenic Studies '. Voici un spécimen, qui
est complet : ce que je ne comprends point est transcrit en majuscules. J
AùpvjXioç
2«m;p<i>xoç
AïJp.OŒTpXTOU MotsXo ï]voç y.oÀaOlv éxo to<0} 0s- 00 xapayfXwv xaai p.y;[5](- Ç avâyiov àvaêîjTe (è}~\ to y-
toplou ET7POKHCIHxïjv[^|œsts tov op^tç èyw TE 10 A ry/.-ç/r^âfj.r^ èxi to yoipitov (sic)
(id est xoXaaOsLç iiuo, etc.) (id est TcapayyéXoj;)
(id est zLvfHc-îTai.)
(id est èxivï](rci[iyjv.)
« Metellopolis se trouve à Motella. En publiant mon travail sur les cites et les évêchés de Phrygie, j’ai remarqué trop tard que la Metellopolis byzantine équivaut à la Motella des inscriptions. J’avais juxtaposé ces deux villes sur la carte, alors que leur identité est certaine. Un indigène de Medele, village dont le nom reproduit assez exactement l’appellation antique, nous montra une inscription dans sa maison, mais nous défendit de la copier. Je trouvai moyen de le faire bavarder pendant quelques minutes; M. Hogarth et moi nous prohtâmes de ce répit pour lire l’inscription sans en avoir l’air et l’apprendre par cœur. L’indigène fut aussi surpris que mécontent lorsque,