Revue archéologique , 1889, I, p
Angleterre, de nombreuses publications'. La plupart des tablettes sont entrées au Musée de Berlin par l'entremise de M. Théodore Graf et grâce à la libéralité du banquier berlinois L. Simon ; d’autres sont allées au Musée Britannique et à Boulaq. Il s’agit de toute une collection de documents diplomatiques, dont quelques-uns ont plusieurs centaines de lignes, écrits en langue et en caractères assyriens, qui ont fait partie des archives d’Aménophis III et d’Aménophis IV au xv° siècle avant J.-C. On y trouve une partie de la correspondance de ces rois avec les princes babyloniens et syriens, avec des vassaux de l’Egypte, des généraux et des fonctionnaires égyptiens résidant en Syrie et en Palestine. Il est bien singulier que l’assyrien fût, au XVe siècle, ce que le français est de nos jours, la langue diplomatique internationale, et que les fonctionnaires égyptiens eux-mêmes se servissent de cet idiome pour les rapports qu’ils adressaient à leurs rois. Bien plus, une tablette de Berlin contient des instructions du roi d’Egypte à l’adresse d’un fonctionnaire égyptien en Palestine, et ces instructions sont aussi rédigées en assyrien ! Cela rappelle, à 3,200 ans d’intervalle, la correspondance française du grand Frédéric. L’assyrien des tablettes est, paraît-il, souvent incorrect ; on voit que ce n’est pas la langue maternelle de ceux qui l’écrivent. Quelques textes, bien que gravés en caractères assyriens, sont rédigés dans des langues inconnues ; l’un d’eux, suivant M. Winckler, serait en hittite. Nous ne nous arrêterons pas sur les faits et les synchronismes nouveaux que ces curieux documents fournissent à l’histoire ; disons seulement qu’ils sont de la plus haute importance pour l’archéologie elle-même, parce qu’ils attestent des échanges nombreux de présents, en ivoire et autres matières, entre l’Égypte, la Syrie, et la grande cité babylonienne.
Arsinoé. — On a beaucoup écrit et discuté dans ces derniers temps1 2 sur la collection de 92 portraits peints à l’encaustique ou a
1. Erman, Sitzungsber. der berl. Akad., 188S, n» xxiu; Winckler, ibid., n°Li; P hilologische Wochenschrift, 1889, p. 878, 609; Budge, Proceedings of tfie Society of Bibücal Archaeology, 1838, p. SiO ; Delattre, Revue des guettions scientifiques, janvier 1889; Sayce, Contemporary Review, août 1888 ; Brown, Presbyterian Review, juillet 1888, etc. Voir aussi un article publié dans le Temps du 4 août 1888. Les orientalistes anglais ont échangé à ce sujet des aménités dont on trouvera un spécimen dans VAthenaeum, 1838, 1, p. 554-S55.
2. Virchow, Verhandlungen der berliner Gesellschaft für Anthropologie, 1889, p. 33-44; Wilcken, Philo/. Wochenschrift, 1889, p. 331, et Archaologischer Anzeiger, 1889. p. 1-7 ; Ebers, Beilage zur A/lgemeinen Zeilung, 1888, n»* 133-37 (et à part); Heydemann, Sitzungsber. der Sachs. Gesellschaft, décembre 1888 ;
tempera sur bois de sycomore, qui, découverts près de Rubayat dans le Fayoum, ont été acquis par M. Théodore Graf de Vienne et exposés par lui à la fin de 1888 dans le palais de l’Académie à Berlin. Depuis le mois de mai 1889, on a pu les étudier à Paris (44, rue de Rennes). Vivement admirés par les uns, entre autres par M. Ebers et le peintre Menzel, ils ont été attribués par d autres à un faussaire, opinion vraiment obsurde à laquelle on fait trop d honneur en la discutant. Des spécimens de peintures analogues existent d ailleurs depuis longtemps dans plusieurs collections, au Cabinet des médailles à Paris, au Louvre, à Dresde, à Londres, à Berlin, à Florence, à Boulaq 1 . M. Virchow en a vu découvrir de semblables dans une autre nécropole du Fayoum, celle de Hawâra, explorée en 1888 par M. F. Petrie®. D'accord avec M. Wilcken, il les attribue non pas à l’époque ptolémaïque, mais aux premiers siècles de l’ère chrétienne et il fait avec raison ressortir les analogies de ces portraits avec les monuments les plus anciens de la mosaïque byzantine. Du reste, tout en reconnaissant qu’il en est de fort bons, il convient que la plupait sont des œuvres d’art assez médiocres, du genre de ces portraits à 50 francs que l’on exécutait un peu partout avant l’invention de la photographie. C’est l’impression que font également les spécimens existant au Louvre, dont un seul est vraiment remarquable, et que les visiteurs de la collection de M. Graf auront partagée. Mais cette galerie, dont le sort est encore incertain, contient au moins une demi-douzaine de chefs-d’œuvre qui font penser aux peintres florentins du xve siècle et sont supérieurs à tous les portraits grecs que 1 on connaissait jusqu'à présent. La Revue archéologique en a publié d ailleurs deux spécimens (1889, I, pi. XII et XIII) qui ont été choisis parmi les meilleurs.
— Quelques mots seulement pour recommander l’excellent travail de M. Th. Schreiber sur deux bas-reliefs du palais Grimani à Venise
Graul, Die antiken Portratgemiilde aus den Grabstatten des Fayum, avec illustrations, Leipzig, 1888. Un catalogue de ces peintures, avec introduction de M. Donner von Richter, a été publié par M. Graf; il en existe des éditions en allemand, en anglais et en français. Mentionnons encore un excellent album d’héliogravures, où chaque portrait est parfaitement reproduit.
1. [Un portrait de même provenance appartient à de Lamartine, la nièce du poète.]
2. Voir l’article de M. Forbes dans le Magazine of art de mars 1889, et a Gazette des beaux-arts, mai 1889, gravures aux p. 438 et 439. Hawâra est peutêtre la nécropole de l’ancienne Arsinoé. Cf. American Journal of Archaeo ogy, 1888, p. 337 et suiv.
CHRONIQUE D’ORIENT (1889) f93, 142-3J
(aujourd’hui à Vienne)', à propos desquels il a présenté des vues nouvelles sur l’originalité de l’art gréco-alexandrin. Le bas-relief alexandrin rivalise avec la peinture : il est le père du Las -relief romain tel que nous le trouvons sur les arcs de triomphe et les colonnes. M. Schreiber travaille à la publication d’un Corpus de ces tableaux en relief dont il a donné, à titre provisoire, une liste très consciencieusement dressée.
— On trouvera des renseignements utiles et de bonnes cartes dans l’étude de M. Néroutsos-Bey : L'Ancienne Alexandrie s. La nécropole occidentale de cette ville a fourni des figurines en terre cuite dont l’auteur a publié quelques jolis spécimens. Dans la nécropole orientale, on a découvert en 1885 un grand hypogée avec des centaines de columbaria, fermés, pour la plupart, par une tablette ou par une stèle peinte avec inscription. Parmi ces stèles, quelques-unes sont restées à Alexandrie, d’autres ont passé au Louvre, au Musée de Saint-Germain et en Amérique (voir American Journal of Archaeology, 1887, p. 261). L’hypogée était affecté à la sépulture de mercenaires crétois, thraces et galates qui tenaient garnison, avec leurs femmes et leurs enfants, à 1 est d Alexandrie. Les stèles de ces derniers sont précieuses à cause des enrichissements qu’elles apportent à l’onomastique gallogrecque. Sur une de celles qui ont passé en Amérique, on lit Bèuoç Aoc7TO!£x (?) b Talav^ç; les deux spécimens qu’a publiés M. Néroulsos portent les inscriptions yu rr, Skjôvwvoç ’Avaçfp.cu IVaLtcu
et AlîeapaToç AlSoaÔTtoç. Bitos, Lostoiek, Sisonon, Aedearatos et Aedosotis sont des noms galatiques, tous nouveaux, à ce qu’il semble, sauf le premier. Sur plusieurs de ces stèles, on voit des peintures représentant des guerriers debout, armés du grand bouclier ovale ; c est là un détail important que M. Néroutsos a omis de signaler.
•— M. Revillout a acquis pour le Musée du Louvre un papyrus égyptien contenant un fragment du discours d’Hypéride contre Athénogène. Cette belle découverte a été l’objet dans le Temps du 22 janvier 1889 d’un article où l’on trouve cette phrase : « Les marchandises
1. Th. Schreiber, Die wiener Brunnenreliefs aus Pafozzo Grimani , eine Sludie über die bildende Kunst in Alexandrien, Leipzig, Seemann, 1888. Cf. le compte rendu que j’ai publié de ce livre dans la Revue critique, 1888, II p 390 M Assmann a communiqué à la Société archéologique de Berlin (février "l889* cL Philolog. Woch., 1889, p. 391) un intéressant travail sur les bas-reliefs du palais Spada, les meilleurs peut-être de la série qu’a étudiée M. Schreiber. Il a reconnu à différents indices, notamment à la forme du vaisseau dans le bas-relief de Pans et d’OEnone, que ces compositions dérivent d’originaux grecs appartenant au m» siècle avant J.-C.
2. Paris, Leroux, 1888. Cf. Revue critique, 1888, t. Il, p. 419.
qui garnissent cette boutique (de parfumerie) valent bien davantage, les parfums, les vases à la Bastroi, les Smyrna, etc. » Le vase « à la Bastros s> (comme on dit une veste « à la française »), ne mérite-t-il pas de rester classique?
Une partie du nouveau texte, accompagnée d’une traduction et d’un commentaire, a été publiée par M. Revillout dans la Revue des Etudes grecques *; le savant égyptologue a joint à son travail une excellente planche de photogravure, dont l’utilité sera fort appréciée des hellénistes.
1. Revue des Études grecques, 1889, p. 1-16; cf. les corrections évidentes faites dans la Revue critique (1889, I, p. 581 , 24 juin) et dans les Sitzungsberichte de l'Académie de Berlin (1889, p. 663, 27 juin).
APPENDICE