‹ Chroniques d'OrientChapitre 39 sur 410 · Cf. Bull, de Corresp. Hellén., t. lit, p · texte numérisé non relu

Cf. Bull, de Corresp. Hellén., t. lit, p

■ca p.kv èv Ssçia esvai Saya^aao-étuv, xi os sv âpsaxépa y,. x. X.). Nous savons maintenant que tout le pays sur les rives sud et ouest du lac Bouldour relevait de Sagalassus au moins jusqu’à l’époque de Dioclétien. Cette découverte jette une lumière nouvelle sur la marche de Manlius, qui traversa le territoire de Sagalassus sans pénétrer dans cette ville. Il est facile de prouver que le lac mentionné par Polybe dans un fragment où il raconte cette marche n’est pas le ICestel-Gôl, mais le lac de Bouldour.

Nos inscriptions, remarque M. Ramsay, font connaître des faits intéressants touchant les frontières provinciales. Les colonies pisidiennes d’Auguste, probablement les vallées entières du Gebren-Tchaï (Lysis) et de l’Istanoz-Tchaï (Taurus), ainsi que les vallées supérieures du Cestros, de l’Eurymédon et du Mêlas, appartenaient à la Galatie au i°r siècle après J.-C. Avant le milieu du n8 siècle, une partie de la Pisidie fut rattachée à la Lycie-Pamphylie, et Ptolémée a probablement indiqué exactement les limites entre la Galatie et la Lycie-Pamphilie. Le transfert en question a peut-être été opéré par Vespasien.

Le géographe de Ravenne mentionne, sous le nom de Tagina, une ville dont le nom exact, Takina , se lit dans une inscription d’Yaraschli. Dans la même localité, une pierre milliaire au nom de M’. Aquilius porte l’indication de la distance CCXXIII (à partir d’Éphèse). Nous savons que dans les six premières années qui suivirent la réduction de l’Asie en province romaine, les Romains construisirent tout un réseau de routes partant d’Éphèse et atteignant d'un côté l’Hellespont, de l’autre Takina, en passant par Tralles, Laodicée, Apamée, puis le long de la rive droite du lac Bouldour par Elles (Phyiakaion). Une route secondaire se détachait de la précédente un peu au sud-est de Phyiakaion, passait par Colbasa, Comama et Cretopolis (au sud de Padam-Agatch jusqu’à Perga. Une autre route courait de Laodicée sur le Lycus à Perga par Themissonium (Karayouk-Bazar), Cibyra, Lagbon (Ali-Fakhreddin- Yaila), Isinda (Istanoz) et Termessos. Cibyra étaitun centre routier important : une route partant de làtraversait la vallée du Gebren par Tefeny (Ormelion ou Maximianopolis), et Olbasa(Belenly) jusqu’à Colbasa.

Dans la vallée où M. Kiepert a reconnu l’ancienne Pogla, la Pougla byzantine ( Foulla ), MM. Ramsay et Smith, se fondant sur des témoignages épigraphiques, ont placé deux autres cités, Andeda et Ouerbis ou Berbe. Andeda s’appelle encore Andya; Berbe est mentionnée dans les Notiticie et l’ethnique OùepSiavûv est déjà connu par des monnaies.

Isinda, près de l’Istanoz moderne, est mentionnée plusieurs fois par Ptolémée sous le nom de Pisinda, par Hiéroclès sous celui de Sinda, par Tite-Live et Polybe sous celui d’Isionda; Strabon la nomme

Isinda. C’était unevilleimportante, dans une situation très forte. Il y avait une petite ville nommée Sinda près de Cibyra (Alan-Keui). L Isinda mentionnée par une inscription de Lycie (Le Bas, n°1290) est, commet a vu M. Waddington, distincte des précédentes. Cretopolis, que M. Ramsay identifie au Panemou Teichos des auteurs byzantins et des monnaies, est la place forte qui garde le défilé au sud de Padam-Agatch.

La frontière entre les deux Pamphylies traverse les montagnes qui séparent les vallées du Cestros et de PEurymédon. Maximianopolis était probablement à Tefeny; suivant M. Ramsay, cest 1 ancienne Ormelion qui reçut ce nom de l’empereur Maximien. Lysinia a été placée jusqu’à présent sur le lac Kestel, opinion que M. Ramsay n’admet pas; il l’identifie à Enesh, ou à quelque localité entre Enesh et Colbasa. Trebenna (la Tresena d’Hiéroclès) doit être près de la limite de la Lycie et de la Pamphylie, dans le territoire compris entre Termessos et Attaleia. Isba est sur la frontière des deux Pamphylies, Codroula et Pednelissos dans la partie orientale de la Pamphylie secunda.

Olbasa n’est mentionnée dans aucune liste byzantine, excepté dans Hiéroclès. Le nom donné à cette ville est Adriane, d où 1 on peut conclure que l’empereur Hadrien, dans son voyage à travers 1 Asie Mineure (automne et hiver de 129), passa par Éphèse, Tralles, Laodicée ad Lycum, Cibyra et Olbasa.

Deux inscriplions mentionnent le oÿ;|j.oç IleppivoSsuv, dont le nom a été corrompu en MevSevéw dans les manuscrits d’Hiéroclès.

En Phrygie, MM. Ramsay et Smith ont placé Phylakaion à Elles 1 et Takina à Yaraschli. Sanaos est probablement P'Avauix d’Hérodote et doit être identifié à Sari-Kavak, sur le lac salé Adji-Tuz-Gol, où MM. Kiepert et Ramsay plaçaient à tort Ceretapa. Karayouk-Bazar est certainement Themissonium, et Ceretapa paraît devoir se trouver à Kayadibi, où l’on a découvert beaucoup d’inscriptions.

« Pendant nos trente-huit jours de voyage, écrit M. Ramsay en terminant, nous pouvons dire que nous avons identifié pour la piemièie fois trente villes antiques; trois noms au moins sont nouveaux, étant corrompus dans tous les textes publiés. Il reste d’ailleurs beaucoup à faire dans cette même région pour un voyageur attentif; nous avons laissé autour de nous bien des villages inexplorés, )> M. Smith a pris tout le long du chemin des observations sur l’altitude et la latitude, et les données ainsi recueillies seront faciles à combiner avec celles de l’exploration autrichienne de 1881 à 1882, puisque les deux missions ont également passé par Lagbon. Malheureusement ce voyage

1. [M. Ramsay a abandonné depuis cette identification; il place par conjecture Phylakaion à Ococlia.]

si fructueux pour la topographie n’a donné aucun résultat pour l’histoire de l’art. Quelques bas-reliefs romains sur des rochers ou sur marbre ne présentent pas d’intérêt. M. Ramsay devait se dédommager à cet égard dans un second voyage, dont il a exposé les résultats dans une autre lettre à 1 ’Athenæum (1884, p. 864 et suiv.).

Au mois de juillet dernier, M. Ramsay quitta Smyrne avec Mme Ramsay, qui devait se charger de la partie photographique de la mission. C’était la seconde fois que Mmo Ramsay partait pour la Phrygie, contrée qui n’avait été visitée par aucune Européenne avant elle. Le malheur voulut que l’appareil photographique de Mme Ramsay fût démonté dès le début par un coup de vent, comme l’avait été celui de M. Perrot, il y a vingt ans, devant la tombe de Midas. Mais M. Ramsay a eu l’occasion d’étudier en détail tous les monuments antérieurement découverts par lui, ce qui lui a permis de présenter en quelques pages un tableau général de l’art phrygien que nous allons analyser brièvement.

La race dite phrygienne habitait autrefois sinon toute la région occidentale de l’Asie Mineure, du moins les parties de ce pays qui sont adjacentes au nord de la mer Égée et à la Propontide. A cette période se placent les rapports de la Phrygie avec le Péloponnèse, et les faits historiques qui ont été travestis dans les mythes des Atrides, de Priam et de l’ ’lXiou Ilipo-iç. L’invasion de tribus barbares de l’Europe, les Bithyniens, les Mariandynes, etc., qu’Abel place vers 900 avant J.-C., obligea les Phrygiens à se concentrer sur les hauts plateaux du Sangarius. Les rois phrygiens y régnèrent jusque vers 670, époque à laquelle leur royaume fut détruit par les Cimmériens. Pendant cette période, de fréquents rapports existaient entre la Phrygie et les Grecs de Cymé, Phocée et Smyrne. La fille d’un roi de Cymé épousa, vers 700 avant J.-C., un roi de Phrygie. C’est par Cymé et non par Sinope, comme l’a soutenu autrefois M. Ramsay, que l’alphabet grec pénétra en Phrygie. A cette période aussi, qui est celle des faits historiques et sociaux connus par les poèmes d’Homère et les plus anciens hymnes, appartiennent les grands monuments de la Phrygie. C’est un art essentiellement décoratif, analogue à celui des bronzes grecs découverts dans les couches profondes à Olympie. Une variété de pilastre très simple, assez semblable à la colonne ionique, est commune dans les monuments de cette époque, mais sert seulement d’ornement et non de support. Le plus magnifique monument de la Phrygie doit avoir été le tombeau aujourd’hui brisé dont les fragments ont été publiés dans le Journal of Hellenic Studies (1882, pl. XVIII- XIX, p. 21-23). Il se composait d’une chambre sipulcrale, dont la seule

entrée était une très petite porte carrée creusée à une grande hauteur dans le roc, avec des sculplures sur les murs extérieurs. La chambre avait 18 pieds de large. A l’ouest, une galerie supportée par des colonnes courait tout te long de la chambre. Sur le milieu du mur de l’ouest étaient sculptés deux lions rampants, chacun levant une patte de devant qui s’appuie sur la patte de devant de l’autre ( Journal of Hellenic Studies, 1882, p. 22). A l'extrémité nord-ouest était le magnifique lion dont on a reproduit par ta gravure la tête et l’épaule (ibid., pl. XVIII). C’est là, suivant M. Eamsay, la plus belle représentation d’un animal dans l’art archaïque; te dessin un peu vague de M. Blunt, publié par le Journal of Hellenic Studies, nous oblige à croire M. Ramsay sur parole’.

Dans le voisinage de ce monument est un grand tumulus, entouré d’un cercle de grandes pierres carrées. D’après les renseignements d’un indigène, qui prétendait avoir vu des lettres sur l’une d’elles, M. Ramsay la fit dégager et y trouva une inscription en caractères cappadociens. Nous pouvons maintenant suivre la trace de ces caractères depuis la Niobé du Sipyle jusqu’à Pterium, en passant par la route royale de Phrygie (cf Journal of lhe Royal Asiatic Society , 1883). Nous avons la preuve que la civilisation et la langue cappadociennes dominèrent jadis dans le pays même que l’art phrygien couvrit plus tard de ses monuments. M. Ramsay estime aujourd’hui que la figure gravée dans le Journal of Hellenic Studies, 1881, p. 9, n’appartient pas à l’art phrygien, et que les symboles sur le devant de cette figure sont des hiéroglyphes cappadociens.

Que faut-il penser de la séduisante hypothèse d’une conquête de l’Asie Mineure par un peuple de la Syrie du nord, par les Hittites de la Bible? Cette hypothèse repose uniquement sur la ressemblance de style entre les monuments cappadociens de l’Asie Mineure et les monuments hittites de Syrie, ainsi que sur l’emploi d’hiéroglyphes analogues dans les inscriptions qui sont gravées sur ces monuments. Mais ces inscriptions n’ont encore été ni lues ni traduites, et il n’est pas plus certain qu’elles soient écrites dans une seule langue que cela n’est certain pour toutes les inscriptions cunéiformes. D’autre part, dit M. Ramsay, certains faits paraissent s’opposer à l’hypothèse d’une

1. Ceux qui voudront se faire une idée de l’inexpérience vraiment étonnante des dessinateurs anglais n’ont qu’à regarder les gravures publiées par M. Murray dans le second volume de son excellente Eistory of Greek Sculpture; quelques-unes, comme celle qui prétend représenter la Vénus de Milo, pourraient passer pour des caricatures bien réussies, si le graveur avait voulu ^aire des caricatures.

conquête de l’Asie Mineure par les Hittites de Syrie. La situation géographique des monuments de l’époque cappadocienne semble indiquer un centre de civilisation sur les bords du Pont, et non pas dans la Syrie du nord. L’extension de la civilisation cappadocienne vers 1 ouest peut être le résultat soit d’une conquête, soit des progrès pacifiques d’une religion. « La théorie hittite est certainement séduisante ; elle simplifierait beaucoup les problèmes de l’histoire ancienne.

1 aïs je pense que dans l’état présent de nos connaissances, cette theone n’est pas d’accord avec les faits, et qu’elle exigera pour le moins des modifications considérables avant de pouvoir être acceptée. » Nous ne saurions trop approuver ces réserves deM. Ramsay, et nous espérons qu’il les formulera bientôt avec plus de détail. ~

. Col^Pletement dévastée par les Cimmériens, la Phrygie retrouva jusqu a un certain point son ancienne prospérité sous la domination lydienne et persane; mais elle fut ravagée d’une manière plus terrible ■encore par l’invasion gauloise, qui occupa une partie du pays à titre permanent Les monuments inspirés par l’art grec présentent souvent I image du Gorgoneium, analogue à celle que l’on rencontre dans les monuments de l’art grec au vie siècle. A l’époque de Strabon, la Phrygie était presque dépeuplée et n’était habitée que par des paysans. Aussi l’art gréco-romain n’y a-t-il laissé que des vestiges sans impor-

t a ri na r

Troie. — Une polémique au sujet des découvertes troyennes de M. Schliemann s’est récemment engagée en Allemagne entre le capitaine E. Boetticher et M. Doerpfeld. Nous la résumons ici d’après

le n° du 15 novembre de la Philologische Wochenschrift (p 1458 et suiv.).

M. Boetticher a prétendu, dans YAusland de 1883 (nos 51 et 52), que la colline d’Hissarlik est une nécropole à incinération préhistorique et que les constructions découvertes sur cette colline ne sont pas des habitations humaines, mais les restes d’un vaste établissement de crémation LM. Virchow a répondu, dans les Verhandlungen der Berliner anthropologischen Gesellschaft de 1884 (p. 161) et M. Doerpfeld dans YAllgemeine Zeilung (1884, n° 294). M. Doerpfeld insiste sur ce fait que l’ancienne Troie n’est pas la troisième ville, avec ses misérables huttes, mais la seconde. Ses murs sont

a’ ^/,B°e‘ÜCher a soufenu Ia même thèse avec plus de détails dans ta Zeit- , f W Museo/°9‘e und Antiquitcitenkun.de , 1884, n<> 21 (Tiryns und Hissarlik als heuernecropolen von terrasiertem Aufbau).

ii, en briques séchées au s deil et qui n ont pas i pareil mode de construction semblera d'abord

- • • ' 1 1* . 1 AnnliAW

. Bien au contraire, on y distingue entes : dans le bas, un établissement

quatre couches tout à fait différentes : dans le bas, un établissement primitif - au-dessus, les constructions plus riches des habitants de la seconde époque ; plus haut de misérables huttes, et au-dessus encore des restes d’édifices en marbre gréco-macedoniens. De la ville inferieure, nous savons très peu de chose; nous n’en connaissons que quelques lignes de murs assez minces et trois murs d enceinte plus considérables. Çà et là, on a rencontré dans les débris des restes carbonisés, mais il n’y a aucune trace d’une action etendue du feu comme on la constaterait dans une nécropole à incinération, et es murs ne présentent aucun vestige de combustion. La seconde ville nous est beaucoup mieux connue. La colline est entourée d’un mur d’enceinte épais de plusieurs mètres, construit à la partie inferieure en blocs de pierre non travaillés et plus haut en briques cuites a 1 air. A l’extérieur, le mur est protégé, à des intervalles réguliers, par des tours faisant saillie. Trois portes conduisent à l'intérieur de la ville, ou l’on reconnaît distinctement les traces de plusieurs édifices. Vers le milieu de la citadelle on voit une grande salle, large de 10 métrés et longue de 20 environ, entourée de murs épais de lm,50. Au sud-est de celte construction est un vestibule carré large de 10 mètres, uni à la salle par une large porte. Tout auprès est un autre édifice plus petit et disposé d’une manière analogue ; on traverse encore un vestibule carré pour entrer dans une grande chambre qui donne accès par derrière à un autre appartement. Devant les deux édifices est une place libre, où l’on accède par un petit propylée situé vis-a-vis de la grande construction. La disposition des autres édifices ne peut etre

exactement déterminée. .

Il n’est pas besoin d’être bien perspicace, dit M. Doerpfeld, pour reconnaître dans cette seconde ville une citadelle, demeure du souverain du pays environnant, et qui dominait une ville inferieure plus considérable. Hissarlik, à l’époque la plus ancienne, était, comme Mycènes et Tirynthe en Grèce, une demeure royale bien forhfiee. 11

est remarquable que le palais récemment exhumé à Tirynthe ressemble à bien des égards aux constructions de la seconde "ville d’Hissarlik. On ne saurait donc admettre avec M. Boetticher qu’une pareille citadelle soit une nécropole à incinération. Il faudrait soutenir alors (ce que M. Boetticher a déjà fait pour Tirynthe) que les citadelles de Mycènes et de Tirynthe, qui ont également été détruites par le feu, sont également de vastes sépultures à incinération. Si l’action du feu a été si puissante à Tirynthe et à Troie, où les briques ont été cuites par l’incendie et les vases calcinés, cela tient aux grandes traverses de bois qui couvraient ces édifices. En effet, les traces du feu sont plus vives dans les espaces autrefois couverts que dans les espaces libres.

M. Boetticher a encore avancé qu’au cours des fouilles pratiquées dans la seconde couche « on a fabriqué de prétendus temples en détruisant les petits murs de séparation1. » Naturellement, M. Doerpfeld s’élève vivement contre celte accusation, qui sort du domaine de la discussion archéologique. Mais la bonne foi de M. Boetticher ne peut, à notre avis, être mise en doute. Ce qu’il a imprimé à ce sujet nous a été alfîrmé aux Dardanelles, en 1882, par une personne qui avait assisté aux travaux, et c’est sans doute à la même source que M. Boetticher a emprunté ses informations. Si elles sont fausses de tout point, c’est une raison de plus pour regretter que l’heureux explorateur d’Hissarlik ne se soit pas fait assister, dès l’origine, par un architecte de profession. La science sera bien embarrassée le jour où il faudra faire le bilan des fouilles de Troie à l’aide de documents aussi peu concordants que les Antiquités troyennes, Ilios et l'roja.

« Je ne puis espérer, conclut M. Doerpfeld, queM. Boetticher vienne à partager ma propre conviction, à savoir que la seconde ville est en réalité la Pergame de la Troie homérique; mais j’ai la confiance que lui et ses partisans attribueront plus de valeur aux opinions d’un architecte, qui a étudié presque journellement pendant cinq mois les constructions d’Hissarlik, qu'à des idées personnelles nées d une connaissance insuffisante des ruines, et qu’ils s’assureront du moins qu’Hissarlik n’a jamais été une nécropole à incinération. »

1 . M, Boetticher a développé cette accusation dans le Korrespondenzblatt des Gesammtvereins der deutschen Geschichte-und-Alterthumsvereine , 1884, no ~l, p. 45, en comparant les plans donnés par M. Schliemann dans Ilios à ceux qu'il a publiés postérieurement dans Troja. Mais on peut véritablement faire abstraction des plans donnés dans le premier de ces ouvrages, que M. Schliemann a dessinés sans le secours de M. Doerpfeld et dont il a lui-même reconnu l'inexactitude. M. Doerpfeld n’a collaboré aux fouilles que dans la dernière campagne (1882), dont le volume intitulé Troja expose les résultats.

Pergame. — Au mois de novembre 1884, les fouilles de Pergame continuaient, mais sans donner de grands résultats. L’agora, nous écrivait-on à cette date, est complètemeni déblayée; on travaille au théâtre où l’on a trouvé des bases de statues, des fragments d’inscriptions et un bas de jambe en bronze. A la fin de l’année, on aura fini de nettoyer le théâtre. Du mois de janvier au 1er mars, les travaux seront interrompus à cause des pluies ; on commencera ensuite à déblayer le haut de l’acropole.

« Il y a quelques jours, écrit M. Belger dans la Philologische Wochenschrift (4 octobre 1884), quelques-unes des sculptures découvertes dans la nouvelle campagne de Pergame sont arrivées à Berlin. Ce sont précisément les fragments qui ont le plus d’intérêt pour nous, à savoir de nombreux morceaux qui serviront à compléter la grande et la petite frise. Dans la rotonde, on peut voir une tète bien conservée nouvellement adaptée à un torse que le Musée possédait déjà. C’est un guerrier coiffé d’un casque, le regard dirigé en haut, qui, d'après une combinaison évidente du sculpteur Frère, auquel on doit en partie la reconstitution de la frise, appartient au groupe de Séléné, où il précédait la déesse. Une seconde tète casquée, d’un grand intérêt, est encore dans l’atelier ; elle appartient au géant tombé, étendu aux pieds d’Apollon. Le visage, dont l’œil gauche a été percé d’une flèche, exprime une cruelle souffrance. Une troisième tète, où les yeux portent des traces de couleur, est encore à Pergame. Un fragment de tète, la partie supérieure du crâne d’un géant cornu, est arrivé à Berlin. Un bon nombre de petitsfragments, qui doivent servir à compléter des épaules, des mains et des pieds, ont déjà été rajustés à leurs places respectives. Signalons encore un grand torse de divinité luttant contre un géant dont la queue de poisson l’a enveloppée. On possède des fragments d aigles, de sabots de chevaux, des têtes de serpents et une série de morceaux de la petite frise ainsi que delà frise des trophées. »

Tayium. — Nous avons parlé dans notre dernière Chronique ( Revue archéologique, 1884, II, p. 98), d’une controverse engagée à l’Académie de Berlin entre MM. Hirschfeld et Kiepert sur la position de Tavium, la capitale des Galates Trocmes. M. Ramsaj a bien voulu nous écrire à ce sujet la lettre suivante :

« J’avais l’intention, à l’époque où MM. Hirschfeld et Kiepert abordèrent la question, de publier une courte note pour déclarer que je ne voyais aucune forte raison contre l’identification de Tavium avec Nefez- Keui, mais que j’en voyais de très fortes contre l’identification de cette ville avec Iskelib ou Aladja. Mon témoignage sur le site ancien de Nefez-

Keui a été mal compris par les deux professeurs; je parlais d’une petite cité, et ils ont cru qu’il s’agissait d’un village. En anglais, le mot city implique que l’endroit désigné est de quelque importance et il diffère, à cet égard, du mot town (ville). La seule difficulté en ce qui concerne 1 identification de Tavium et de Nefez-Keui, consistait pour moi en ce que Tavium était un centre routier important, alors que Nefez-Keui convient fort peu comme point de jonction de routes, surtout de routes se dirigeant vers l’est.

« Je n’eus pas le temps, à cette époque, d’écrire pour établir ma manière de voir. Bientôt après, préparant à Smyrne mon voyage de cette année, je lis une étude attentive de la géographie de la Cappadoce, de la Galatie orientale et des frontières du Pont. Je trouvai que mes autres identifications m’obligeaient absolument à placer Tavium à Nefez-Keui, et en même temps qu’elles supprimaient la difficulté soulevée par le croisement des routes. Les routes de Tavium à Sébastée, Zela, Sebastopolis et Comana, doivent toutes passer par le village moderne de Geunèh, l’Aegonne ou Eugonia de la Table de Peutinger. La cax’te de Cappadoce de Ptolémée est singulièrement défectueuse : il attribue aux Stratégies des positions si éloignées de la vérité que l’on peut à peine comprendre comment il a pu se tromper si complètement. D’autre part, ce que Strabon dit des Stratégies est remarquablement clair et exact et peut être confirmé par l’identification de bien des villes dans les listes de Ptolémée. La description du cours de la rivière Carmalas est excellente : personne, à ce que je sache, n’a remarqué que le Carmalas est identique au Zamanli-Sou, bien que la description de Strabon soit tellement claire et détaillée que cette identification incontestable devient un des points cardinaux de la topographie cappadocienne.

« Pour ces raisons, je n’éprouve pas la moindre hésitation à soutenir l’opinion de MM. Texier et Perrot, à savoir que Tavium était située à Nefez-Keui. Je vous prie de mentionner ceci dans votre Chronique, ne voulant pas être considéré comme partisan d’une opinion que je conteste absolument. J’ajoute que la situation de Tavium est l’une des plus imporlantes de toute la partie orientale de l’Anatolie. »

Hypaepa. — Il est question d’une statue en bronze découverte dans cette localité ; les doigts du pied seraient entre les mains d’un fonctionnaire du Musée de Constantinople. Nous reviendrons sur cette découverte quand nous aurons repu des renseignements plus précis.

Constantinople. — M. Mühlmann, directeur de l’École allemande-

suisse de cette ville, a découvert dans les environs de Mal-tépé une église byzantine souterraine très bien conservée qu’il a décrite dans un article publié par YArchiv für kirchliche Kunst de 1884.

A Tchinli-Kiosk, le classement établi lors de la rédaction de notre catalogue a subi de nombreuses modifications. Les inscriptions ont été transportées dans un sous-sol, où elles doivent être presque inaccessibles, d’autant plus que la lumière y fait défaut. On n’a laissé dans les salles que la célèbre inscription de Crète et un décret sur bronze découvert à Assos par l’expédition américaine. M. Macridis a été chargé de classer les séries numismatiques, qui seront exposées dans la salle égyptienne. Une statue en bronze représentant Jupiter debout, découverte récemment près de Janina, a été transportée au Musée et sera publiée prochainement en héliogravure. La statue, fort bien conservée à l’exception du bras droit, a 0,60 de haut1 2. En même temps, on a découvert un bœuf de bronze, haut de 0m,27 et large de 0m,36, qui serait, à ce que l’on nous écrit, d’un excellent travail.

Le gouvernement turc a, dit-on, accordé à Hamdi-Bey un subside annuel de 2,000 livres turques (46,000 francs) pour entreprendre des fouilles. Si l’on a le désir de faire quelque chose de sérieux, il ne manque pas d’emplacements où le travail serait fructueux et facile : celui du temple de Bacchus à Téos aurait grand besoin d’une nouvelle exploration, et celui de Colophon, si vanté par les anciens, n’a pas même été sérieusement visité.

Athènes. — M. Stamatakis, le nouvel éphore général des antiquités, a donné une vigoureuse impulsion aux travaux de déblaiement sur l’Acropole'. Au mois d’août 1884, on avait découvert quinze fragments d’inscriptions, dont deux antérieurs à Eucl.ide; huit petits morceaux de la balustrade du temple de la Victoire Aptère ; un bas-relief surmontant un décret, où l’on voit Athéné d’une part et le Démos de l’autre couronnant un personnage; une petite statue en marbre d’Athéné, sanstête, tenant son bouclier auprès du pied gauche, et de la main gauche, appuyée sur le bouclier, une corne d’abondance; enfin, d’intéressants fragments d’architecture. La muraille turque voisine des Propylées a été jetée à bas, ce qui contribue beaucoup à embellir l’aspect extérieur

1. [Bulletin de Correspondance Hellénique , 1885, t. IX, pi. XIV.]

2. C’est ce que M. E. Freeman appelle « la destruction de l'Acropole », dans un article à sensation publié par VAcademy du 8 janvier 188S sous le titre de Destruction at Athens. Autant vaudrait parler de l’œuvre de vandalisme accomplie par l’Allemagne à Olympie et à Pergame, où l’on a détruit sans remords bon nombre de murs byzantins qui ne méritaient pas mieux.

[5, 85-6] CHRONIQUE D’ORItNT (1885)

de l’Acropole. L ’Allgemeine Zeitung a donné le texte d’une inscription découverte au cours de cette fouille sur une base cylindrique; c’est celle d’une statue élevée par Athènes au peuple des Lacédémoniens.

O AHMOI THN AOHNAION TON ÀHMON TON AAKEAAIMONIHN EYN0IA2 ENEKA

ettoihie

La direction technique des travaux a été confiée par le gouvernement grec à M. Doerpfeld. On sait que ce jeune architecte est attaché à titre permanent à l’Institut allemand d’Athènes, excellente mesure qu’il nous serait bien facile d’imiter. Les pensionnaires de la Villa Médicis viennent seulement passer quelques mois en Grèce à tour de rôle, et n’ont pas le temps de se familiariser avec la langue et les usages du pays. L’archéologie, aujourd’hui, est si étroitement liée à l’architecture, que l’on ne devrait jamais entreprendre une fouille sans le concours d’un architecte, dont les connaissances techniques épargneraient bien des tâtonnements. La magnifique ruine grecque de Nimroud-Kalessi, que j’ai visitée en 1881 et où M. Clerc a pratiqué des fouilles, n’a encore été ni dessinée ni relevée, parce que l’École d’Athènes, au moment des travaux, ne disposait pas d’un architecte qu’elle pût envoyer sur les lieux.

D’après les dernières nouvelles publiées par la Wochenschrift de Berlin, on a démoli presque complètement la grande citerne qui occupait l’angle nord-est des Propylées; elle datait d’une très basse époque et des inscriptions romaines ainsi que des fragments de sculptures étaient encastrés dans ses murs. On suppose que lors de la construction des Propylées il aurait été question d’élever à cette place un grand portique qui ne fut jamais exécuté. Plus tard, on y établit une citerne ouverte qui fut recouverte à une époque postérieure. Au sud-ouest des Propylées, près du temple de la Victoire, M. Stamatakis a fait détruire quelques murs de basse époque et constaté ainsi que l’aile sud des Propylées, ou du moins le mur occidental, s’étendait plus loin vers le sud qu’on ne le pensait jusqu’à présent. Ainsi les questions que l’on croyait tranchées par la monographie de M. Bolin sur les Propylées reviennent de nouveau à l’ordre du jour et se recommandent à l’étude de nos architectes.

— M. Joannis Dimitriou, de Lemnos, qui a déjà donné aux musées d’Athènes l’admirable collection d’antiquités égyptiennes conservée au Polytechnicon, vient de faire preuve d’une nouvelle libéralité envers la Société archéologique. Il lui a envoyé d’Égypte dix momies de l’époque

gréco-romaine qu’il a acquises, suivant l’ ’Eœvjfjueptç, sur le conseil de M. Maspero : elles proviennent de la vaste nécropole de Panopolis découverte l’an dernier dans la Haute-Égypte'. M. Joannis a envoyé en outre une table à offrandes en marbre. Un autre Grec établi en Egypte, Dranet-Pacha, a donné à la Société archéologique une belle statue de femme, représentant peut-être laFortune, haute de 1 mètre et de style gréco-romain

Éleusis. — M. Philios continue les fouilles au temple deDéméter. Devant la façade orientale du temple, il a découvert., à 8 mètres de profondeur au-dessous du sol, des tombeaux d’une haute antiquité. Dans l’intérieur du temple, on a trouvé aussi à une grande profondeur des murs d’appareil polygonal en pierre calcaire et en briques séchées au soleil, que l’on suppose avoir appartenu à l’ancien sanctuaire détruit par les Perses. Parmi les objets exhumés, on mentionne quelques vases peints d’un excellent travail. Le volume des Iïpaxw.â, qui vient de paraître, contient un rapport détaillé sur les fouilles d’Éleusis (p. 51-67).

Pirée. — Au cours des sondages pratiqués au mois de juin 1884 par la Société archéologique, dans le voisinage de l’usine à gaz (route du Pirée à Athènes), on a trouvé un certain nombre de stèles funéraires, deux hydries de marbre, avec bas-reliefs et inscriptions, des fragments de terre cuite et de bronze et les restes d’un coffret en bois à l’intérieur d’un sarcophage. On mentionne aussi un morceau d’étoffe assez bien conservé contenant des ossements. Les résultats de ces fouilles seront exposés dans le prochain fascicule des ïlpxv.v.7.a 1 2 3 4.

Au commencement du mois d’avril, au cours des travaux exécutés pour la construction d’un théâtre sur la place Coraï au Pirée, on a mis au jour les restes d’une ancienne construction en blocs de tuf;, d’importantes inscriptions, découvertes à l’ouest de cet édifice, ont été publiées dans l’’Eœr,[j,£p(ç (1884, p. 39). La première est une liste d’orgéons suivie d'un décret des Dionysiastes en l’honneur de leur tamias Dionysios, fils d’Agathoclès de Marathon. Elle date de l’époque macédonnienne et de l’archontat d’Eupolemos \ La seconde est un décret des mêmes orgéons conférant le sacerdoce de Dionysios à

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