‹ Chroniques de FranceChapitre 10 sur 40 · CARDINAL DE RETZ · texte numérisé non relu

CARDINAL DE RETZ

.... Celle-là était belle ; les acteurs en étaient grands et illustres.... et par-là nous pouvons juger que ce n'est pas toujours sur les théâtres des fai'ceurs que se jouent les meilleures pièces....

MADAME DE MOTTEVILLE

La régence d'Anne d' Autriche , femme de Louis XIII, et mère de Louis XIV, est célèbre par les troubles de la Fronde. Si cet épisode de notre histoire est stérile en résultats, il abonde en traits piquans. Les faits y manquent, non les hommes ; et peut-être ces grands caractères jetés au travers de petits événemens méritent à cette époque, de la part de r observateur ou du poëte , l'attention que l'historien lui refuse. C'est sans doute à la disproportion qui se fait re-

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marquer entre les personnages et l'action , entre lajin et les moyens , que la Fronde doit celte physionomie théâtrale qui n'a point échappé aux acteurs mêmes de la comédie : comœdia in comœdia , comme dit le cardinal de Retz.

La Politique, en prenant ce mot dans l'acception qu'on lui donnait alors , m'a paru caractériser ces temps où elle devient une affaire capitale, l'occupation universelle ; oii tout le monde traite , parlemente , négocie ; les bourgeois comme la cour, les curés comme les parlemens , et les femmes plus que personne ; oii les plénipotentiaires sont échangés sans cesse entre le Palais-Royal et le Luxembourg, l'Hôtel de Condé et V Archevêché ; oîi, souvent à propos de puérils intérêts, se débitent gravement , au nom du bien public ou de la raison d'Etat, ces imposantes maximes que les personnages de Corneille nous ont transmises dans toute leur majesté.

Nous possédons sur la Fronde des matériaux tellement nombreux , que je ne pourrais faire de ceux qu'il m a fallu consulter un résumé assez concis pour trouver place en tête de cette esquisse ; j'ai donc renvoyé aux notes quelques éclair cissemens qu'on ma conseillé d'y joindre. D'ailleurs la plupart de mes lecteurs ont eu sans doute entre les mains les Mémoires de Retz, de La Rochefoucauld, de mesdames de

Motteville, de Montpensier, de Nemours, etc. , ou du moins r Histoire de la Fronde, publiée récemment par M . le comte de Sainte- Aulaire ; ceux-là verront qu'il vie serait facile de justifier par des autorités les faits et les détails que j'ai mis en œuvre.

Je me bornerai à citer le passage suivant , extrait des Mémoires de madame de Motteville , comme pouvant servir d'introduction aux scènes que j'ai essayé de retracer.

« Pour bien admirer le changement que Jious allons voir, » il faut se souvenir du siège de Paris et de la guerre fomentée •a par le Coadjuteur et le duc de Beaufort; qu'alors M. le » Prince "" avait été l'appui du ministre , celui seul qui à son » égard ne balança jamais, et cjui dans cette occasion avait » marché le plus droit à mainte^iir sa fortune penchante , et » au soutien de l'autorité royale. Il faut se souvenir qu'après » avoir gagné cpiatre batailles contre les étrangers , il avait » acquis la haine publique et de toute sa famille en particu- » lier, pour cette querelle royale dont il s'était fait le défen- » seur. Une faut pas oublier que madame de Chevreuse, étant » en Flandre , avait été d'intelligence avec les Frondeurs ;

* C'était ainsi qu'on appelait à la cour le prince de Condc.

» que Laigues avait été traiter avec l'Espagnol par le moyen » de cette Princesse ; que le duc de Beaufort avait été mis à » la Bastille en partie à la sus citation de feu M. le Prince , » et que madame de Montbazon avait été exilée pour avoir » été l'ennemie de madame la Princesse , qui, mère d'unfds » aussi puissant que l'était alors le duc d' Enghien , avait Jiè- » rement bravé ses ennemis , et n'avait rien oublié pour satisy* faire sa vengeance. »

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