‹ Chroniques de FranceChapitre 26 sur 40 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LE PALAIS-ROYAL

La Chambre de la Reine.

LA REINE sur son lit, LA PRINCESSE DE CONDÉ

assise à son chevet.

LA PRINCESSE DE CONDE

Je n'ai pu résister à mon inquiétude, Car de vous voir souffi'ir on n'a point l'habitude ; Le sort, par grâce, avait jusqu'ici respecté, Sinon votre repos, du moins votre santé.

LA REINE

Calmez-vous, je n'ai point de douleur violente, Ceci ne sera rien.

LA PRINCESSE DE CONDE lui prenant la viain. Votre main est brûlante.

Votre pouls agité ! vous changez de couleur ! Et voilà que vos traits se couvrent de pâleur ! Vous me trompez, IMadame, et votre mal empire.

LA REINE à part.

Ah ! je souffla, en effet, plus que je ne puis dire !

haut.

Non, non, dans mon état il n'est rien d'alarmant, Et vous me témoignez par trop d'empressement.

LA PRINCESSE DE CONDE

Ah! Madame, pour vous puis-je avoir trop de zèle? N'est-ce point mon devoir, et ne suis-je plus celle Qu'honore dès long-temps votre auguste amitié? Je ne vous fus jamais dévouée à moitié.

LA REINE

Je le sais, ma cousine, et je vous rends justice.

LA PRINCESSE DE CONDE

Vos jours plus que les miens me sont chers ,

LA REINE à part.

Quel supplice !

LA PRINCESSE DE CONDE

Peut-on s'en étonner ! A l'âge où nous voici,

D'une attache nouvelle on prend peu de souci ;

Mais des faciles nœuds formés dans la jeunesse,

Ceux qu'on n'a point rompus se resserrent sans cesse.

Et les nôtres surtout, nés de l'adversité !

Non, vous n'oubliez point dans la prospérité.

De l'Etat aujourd'hui souveraine maîtresse,

Qu'à nos malheurs communs j'ai dû votre tendresse.

Du joug de Richelieu, des rebuts d'un époux,

Je souffrais, je pleurais comme vous, avec vous ;

Vous le savez, Madame.

LA REINE avec émotion.

Oui, je me le rappelle.

LA PRINCESSE DE CONDE

A prix d'or et de soins mon amitié fidèle Se put flatter, parfois, d'adoucir vos malheurs ; Mais que les miens alors vous ont coûté de pleurs ! Hélas ! j'ai vu dresser l'échafaud de mon frère !...

LA REINE l'interrompant.

Cessez ! . . .

LA PRINCESSE DE CONDE

Vous me restiez, Madame, et j'étais mère ! LA REINE avec un cri douloureux. Ah ! vous me faites mal avec ce souvenir.

LA PRINCESSE DE CONDE

Bon Dieu! qu'ai-je fait?

LA REINE

Paix! j'entends quelqu'un venir.

à part.

Mon secret a failli s'échapper de mon ame.

Le prince de Condc entre d'un air préoccupe. LA PRINCESSE DE CONDE à la RcinC.

C'est mon lîls, ou plutôt c'est le vôtre. Madame ;

Car depuis les périls dont il vous sut tirer,

De ce nom quelquefois vous daignez l'honorer.

LE PRINCE DE CONDE à part.

Au diable ces poltrons et leur vision noire

Qui, malgré moi, toujours me revient en mémoire!

s' avançant vers le lit de la Reine.

Du fond du cœur, Madame, à Votre Majesté

Je souhaite un retour de meilleure santé.

LA REINE

De ces vœux obligeans, Monsieur, je vous rends grâce.

LE PRINCE DE CONDE à Ici PrinCCSSe.

Vous êtes là, Madame !

LA. PRINCESSE DE CONDE

Oui, n'est-ce point ma place, Quand la Reine se plaint?

LA. REINE

Je me sens beaucoup mieux.

LE PRINCE se promenant dans la chambre et se parlant à lui-même.

Me peut-on comparer un Guise, un factieux?...

à la Reine.

Vous n'irez point, Madame, au Conseil, j'imagine.

LA PRINCESSE DE CONDE

Non, sans doute.

LA REINE

Il le faut cependant, ma cousine.

au Prince.

Pour l'heure du Conseil je comptais me lever. Quand il en sera temps j'irai vous y trouver.

LA PRINCESSE DE condé à la Reiiic .

Vous ne connaissez point de devoir impossible.

LA REINE

Ce devoir cependant est parfois bien pénible.

regardant le Prince qui se promène d'un air préoccupe. Qu'est-ce? Monsieur le Prince a l'air bien agité !

LE PRINCE DE CONDÉ

Moi! point — Je prends congé de Votre Majesté, Et je vais au Conseil l'annoncer par avance. Monsieur le Cardinal sans doute m'y devance; Je veux l'aller rejoindre à l'instant. Aussi bien J'ai besoin avec lui d'un nouvel entretien.

LA REiiNE à part.

Le pauvre Cardinal !

haut.

Et sur quelle matière?

LE PRINCE DE CONDE

Oh ! rien ! quelques soupçons que j'ai sur La Rivière,

Il va pour sortir.

LA PRINCESSE DE CONDE

Quand vous rcverra-t-on?

LE PRINCE DE CONDE

Bientôt, n'en doutez pas, Bientôt! Adieu, Madame....

LA PRINCESSE DE CONDE

Adieu, mon fils!

LA REINE à pat t.

Hélas !

Le prince de Condé soit.

LA REINE après un moment de silence.

Monsieur le Prince a-t-il quelque souci dans Tame, Pour être ainsi troublé?

LA PRINCESSE DE CONDE

Je l'ignore. Madame; Mais j'en puis dire autant de Votre Majesté ; Son air —

Qui, moi? je suis fort calme, en vérité.... Mais j'entends là dehors quelque bruit, ce me semble; Ecoutez !

LA PRINCESSE DE CONDE

En effet, on parle haut.

LA REINE à part.

Je tremble !

LA PRINCESSE DE CONDE

Si c'est votre désir, on pourrait aller voir?. . .

LA REINE

Non, non, voici quelqu'un ; nous allons tout savoir.

Guitaut entre.

Qui parle ici, Guitaut, de si rude manière?

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