LE ROI, LA REINE
LE ROI
Par votre ordre, maman, Guitaut m'est venu prendre.
LA REINE
Oui; j'ai de grands secrets, mon fils, à vous apprendre.
LE ROI
Al) ! mon Dieu ! qu'est-ce donc? Vous me faites trembler!
LA REINE
Ne vous alarmez point, et m'écoutez parler.
LE ROI
Oui, maman.
LA REINE
Vous avez éprouvé ma tendresse Comme fils, c'est au Roi qu'aujourd'hui je m'adresse. De vous traiter ainsi, je le crois, il est temps , Songez bien qu'il s'agit d'intérêts importans.
LE ROI gravement.
Oui, Madame.
LA REINE
Durant le cours de ma Régence, Un jour on vous dira mes soins, ma diligence, Et comme mes efforts et mes vœux n'ont été Qu'à l'ordre et qu'au maintien de votre autorité : Pour la mettre en vos mains florissante et paisible, Le ciel m'en est témoin, j'ai fait tout mon possible ; Mais j'avais contre moi des temps séditieux, De rebelles sujets, des Grands ambitieux; Il en est un surtout dont je me croyais sûre, Que de biens et d'honneurs j'ai comblé sans mesure,
A qui, dans ma bonté, je n'ai refusé rien. Espérant à ce prix vous en faire un soutien ; Quelle erreur! il songeait à lui seul, et le traître De vos Etats bientôt serait l'unique maître. Si je ne l'arrêtais par un prompt châtiment.
LE ROI avec joie.
Ah ! c'est le Cardinal !
LA REINE
Le Cardinal?. . . Comment !
Le Cardinal?... D'où vient cette étrange pensée. Monsieur?... avez-vous donc la tète renversée? Je vous dis qu'on vous trompe, et qu'on vous veut du mal, Et vous allez, ingrat, songer au Cardinal? Lui qui n'a de souci, d'intérêt que le vôtre?...
LE ROI d'un air boudeur.
Mais il est maître ici, je n'en connais point d'autre. Il fait tout ce qu^il veut, cela se voit assez, Car c'est lui qui commande, et vous obéissez.
.l'obéis! où prend-il cela? Qu'il vous souvienne. S'il fait sa volonté, qu'elle est aussi la mienne ! Non, ce n'est pas à lui que je crains d'obéir;
Ce n'est pas lui, Monsieur, qui son{]c à nous trahir, Qui serait redoutable à sa propre famille, Si je ne l'enfermais sous quelque bonne grille, Dans quelque bon château solidement gardé, Monsieur le Prince enfin —
LE ROI prêt à pleurer.
Mon cousin de Condé?...
LA. REINE
Eh bien! n'allez-vous pas pleurer, par aventure?
LE ROI
Ah ! maman, il n'est point coupable, je vous jure !
Comment pouvez-vous croire à son manque de foi,
Puisqu'il a tant gagné de batailles pour moi?
il nous a ramenés ici malgré la Fronde,
Vous l'avez dit tout haut, et devant tout le monde.
Toujours on m'exhortait à le bien caresser.
Et par votre ordre, hier, j'ai couru l'embrasser.
LA REINE
Et c'est cela surtout qui le rend plus coupable!
LE KOI.
]Non, vous avez beau dire, il n'en est point capable.
LA REINE
Obstine ! je vous dis qu'il fait à tous la loi, Et se veut rendre ici plus maître que le Roi.
LE ROI S essuyant les yeux.
S'il est vrai, je veux bien alors qu'on l'emprisonne, Car je suis le Roi, moi.
LA. REINE
Voyez comme il raisonne i
LE ROI
Si l'on vous a menti, cependant?...
LA. REINE haussant les épaules.
Taisez- vous, Monsieur ! et sur-le-champ mettez-vous à genoiLv : Ne m'entendez-vous pas?
LE ROI
A genoux? pourquoi faire?