‹ Chroniques de FranceChapitre 28 sur 40 · LE ROI, LA REINE · texte numérisé non relu

LE ROI, LA REINE

LE ROI

Par votre ordre, maman, Guitaut m'est venu prendre.

LA REINE

Oui; j'ai de grands secrets, mon fils, à vous apprendre.

LE ROI

Al) ! mon Dieu ! qu'est-ce donc? Vous me faites trembler!

LA REINE

Ne vous alarmez point, et m'écoutez parler.

LE ROI

Oui, maman.

LA REINE

Vous avez éprouvé ma tendresse Comme fils, c'est au Roi qu'aujourd'hui je m'adresse. De vous traiter ainsi, je le crois, il est temps , Songez bien qu'il s'agit d'intérêts importans.

LE ROI gravement.

Oui, Madame.

LA REINE

Durant le cours de ma Régence, Un jour on vous dira mes soins, ma diligence, Et comme mes efforts et mes vœux n'ont été Qu'à l'ordre et qu'au maintien de votre autorité : Pour la mettre en vos mains florissante et paisible, Le ciel m'en est témoin, j'ai fait tout mon possible ; Mais j'avais contre moi des temps séditieux, De rebelles sujets, des Grands ambitieux; Il en est un surtout dont je me croyais sûre, Que de biens et d'honneurs j'ai comblé sans mesure,

A qui, dans ma bonté, je n'ai refusé rien. Espérant à ce prix vous en faire un soutien ; Quelle erreur! il songeait à lui seul, et le traître De vos Etats bientôt serait l'unique maître. Si je ne l'arrêtais par un prompt châtiment.

LE ROI avec joie.

Ah ! c'est le Cardinal !

LA REINE

Le Cardinal?. . . Comment !

Le Cardinal?... D'où vient cette étrange pensée. Monsieur?... avez-vous donc la tète renversée? Je vous dis qu'on vous trompe, et qu'on vous veut du mal, Et vous allez, ingrat, songer au Cardinal? Lui qui n'a de souci, d'intérêt que le vôtre?...

LE ROI d'un air boudeur.

Mais il est maître ici, je n'en connais point d'autre. Il fait tout ce qu^il veut, cela se voit assez, Car c'est lui qui commande, et vous obéissez.

.l'obéis! où prend-il cela? Qu'il vous souvienne. S'il fait sa volonté, qu'elle est aussi la mienne ! Non, ce n'est pas à lui que je crains d'obéir;

Ce n'est pas lui, Monsieur, qui son{]c à nous trahir, Qui serait redoutable à sa propre famille, Si je ne l'enfermais sous quelque bonne grille, Dans quelque bon château solidement gardé, Monsieur le Prince enfin —

LE ROI prêt à pleurer.

Mon cousin de Condé?...

LA. REINE

Eh bien! n'allez-vous pas pleurer, par aventure?

LE ROI

Ah ! maman, il n'est point coupable, je vous jure !

Comment pouvez-vous croire à son manque de foi,

Puisqu'il a tant gagné de batailles pour moi?

il nous a ramenés ici malgré la Fronde,

Vous l'avez dit tout haut, et devant tout le monde.

Toujours on m'exhortait à le bien caresser.

Et par votre ordre, hier, j'ai couru l'embrasser.

LA REINE

Et c'est cela surtout qui le rend plus coupable!

LE KOI.

]Non, vous avez beau dire, il n'en est point capable.

LA REINE

Obstine ! je vous dis qu'il fait à tous la loi, Et se veut rendre ici plus maître que le Roi.

LE ROI S essuyant les yeux.

S'il est vrai, je veux bien alors qu'on l'emprisonne, Car je suis le Roi, moi.

LA. REINE

Voyez comme il raisonne i

LE ROI

Si l'on vous a menti, cependant?...

LA. REINE haussant les épaules.

Taisez- vous, Monsieur ! et sur-le-champ mettez-vous à genoiLv : Ne m'entendez-vous pas?

LE ROI

A genoux? pourquoi faire?

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