CHRISTINE DE PISAN
Bertrand Duguesclin naquit vers l'an 1320 aa château de Broon près de Rennes , d'une famille plus noble que riche ; il était l'ainé de dix enjans, quatre garçons et six Jilles , l'une desquelles nommée Julienne se Jit religieuse et devint par la suite ahbesse de Saint-Georges , à Rennes. L'humeur belliqueuse que Duguesclin avait annoncée dès son enfance ne tarda point à se faire jour. La guerre qui avait lieu alors entre Charles de Blois et Jean de Mont-
fort, pour la souverainelê de Bretagne , lui fournil l'occasion de faii'e ses premières armes contre les Anglais qui soutenaient le parti de Montjort ; il les battit en tant d'occasions et montra dans toutes ses entreprises tant de hardiesse et de bonheur , qu'il en acquit bientôt le renom du meilleur chevalier de son temps. Les historiens rapportent que son cri de guerre Notre-Dame-Guesclin ou seulement Guesclin suffisait pour jeter l'épouvante parmi ses ennemis. Plus tard Duguesclin s'attacha au roi de France et reçut , pour prix des services qu'il lui rendit , le gouvernement de Pontorson , place importante située sur les frontières de la Normandie et de la Bretagne. Il était marié à Tiphaine Raguenel , la plus belle et la plus spirituelle femme de son temps ; elle avait, disent les Mémoires du temps , de grandes connaissances en astrologie : 07i assure quelle donna à Duguesclin des tablettes qui contenaient la note des jours où il ne pouvait combattre sans éprouver de revers, et ses prédictions furent, dit-on, trouvées fidèles. Du reste , passionnée pour la gloire de son époux , Tiphaine ne lui donna jamais que de nobles conseils; loin de chercher à le retenir près d'elle , elle l'exhorta toujours à se montrer digne de sa renommée, et tandis
qu'il risquait dans les batailles sa vie ou sa liberté , elle employait sa fortune à payer la rançon des compagnons d'armes de son mari, croyant , disait-elle , devoir faire ce qu'il aurait fait lui-même.
Duguesclin , lorsque la guerre lui laissait quelques instans de repos , habitait avec sa femme le château de Pontorson; c'était là qu il faisait garder ses prisonniers , en attendant qu'ils eussent payé leur rançoîi. L'un deux , nommé Felton, s'était ménagé pendant sa captivité des intelligences dans le château; ayant recouvré sa liberté, il prof ta de l'absence de Duguesclin pour tenter pendant la nuit une escalade. Julienne , sœur de Duguesclin , qui avait quitté son couvent pour passer quelque temps auprès de Tiphaine , fut , au dire des chroniques , avertie par un songe de ce qui se passait; aussitôt elle dorina l'alaimc etft manquer l'entreprise.
Felton prit la fuite; mais étant tombé entre les mains de Bertrand , qui revenait au château , il fut de nouveau fait prisonnier.
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Cil Udllcf.
Tour est clos, il est nuit : déjà pour la veillée Des femmes du château la troupe est rassemblée. Et le vaste foyer du sombre et vieux manoir Combat en pétillant le froid piquant du soir. Une lampe d'airain au lambris suspendue Eclaire en vacillant la navette assidue Ou le fuseau rapide, et nul bruit étranger Ne se mêle à leur bruit uniforme et léger :
Ainsi l'a commandé la noble châtelaine, L'épouse de Bertrand, la savante Tip haine. Sur ses livres ouverts, son docte front penché Calcule ce pouvoir dans les astres caché ; Elle songe, en cherchant dans les signes célestes Les jours soumis d'avance à des chances funestes, Qu'à Duguesclin peut-être elle offrira demain Ces tablettes d'ivoire où les inscrit sa main.
La foule qui l'entoure attentive et muette
Ressent de son silence une terreur secrète
Que tout accroît encore, et ces vieux étendards,
Et ces armes, partout effrayant les regards.
Et ces murs dont le soir attriste encor les ombres,
Et le vent qui gémit dans les corridors sombres.
Séduit par la clarté, dès qu'un nocturne oiseau
Frappe d'un vol pesant le gothique vitreau,
Tous les yeux sont tournés vers l'étroite fenêtre,
Croyant y voir des morts les âmes apparaître.
Et la sœur de Bertrand qui, sous les saints bandeaux,
Sans le savoir encor, cache un cœur de héros,
Julienne que, du fond d'un pieux monastère,
DE PONTORSON. T.i
L'amitié bien souvent ramenait chez son frère. Faisait dévotement un grand signe de croix ; Puis reprenant l'aiguille échappée à ses doigts, Pour parer du couvent la Notre- Dam^- antique, Semait de lis d'argent une blanche tunique.
De ses travaitx Tiphaine a suspendu le cours, Et, libres d'éclater, mille joyeux discoiu's Circulent à l'envi dans l'enceinte sonore : Tiphaine cependant semble rêveuse encore, Et sa sœur l'interroge avec un doux souris : « — Quelle triste pensée occupe vos esprits? Les astres à vos vœux déclarent-ils la guerre".' Et d'un péril prochain menacent-ils mon frère ? Redoutez-vous pour lui l'imprudente bonté, Qui des captifs anglais permit la liberté ? Sans doute on la doit craindre, et la sage Tiphaine Du sire de Feiton n'eût pas brisé la chaîne. »
La jeune Alix se trouble à ces mots ; par trois fois Le fil trop agité s'est rompu sous ses doigts, Et le fuseau léger tombe et roule loin d'elle.
Des femmes de Tiphaine Alix est la plus belle : Grenade et ses beautés, fleurs d'un climat brillant, Envîraient ses longs cils, son œil doux et brûlant. Sous le voile touchant de sa pâleur native, Au nom du prisonnier, d'une flamme furtive La rapide chaleur de veine en veine errant Anime de son teint l'ivoire transparent : Ainsi d'un feu caché la lumière rougeâtre Colore les parois d'une lampe d'albâtre.
Mais Tiphaine reprend : « — Non, ma sœur, mes avis Pour délivrer Felton seuls ont été suivis : La trahison du moins de nos murs est bannie ; Car je crains la valeur moins que la félonie. D'ailleurs d'un an de trêve il subira la loi, Et de ne point combattre il a donné sa foi.
— Si l'Anglais cependant trahissait sa parole?...
— Il se peut, mais pour moi cette crainte est frivole : Dans les rangs d'ennemis si souvent abattus, Qu'importe à Duguesclin une lance de plus ?
Il a pour lui son nom, son droit et sa vaillance.
— Que de fois cependant vous rêvez en silence I
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Vos soupirs malgré vous exhalés nuit et jour
De votre époux absent implorent le retour,
Et lui, prodigue au loin sa vie et sa fortune.
Du plus heureux hymen telle est la Ici commune !
Oii ! que de fois, ma sœur, en lisant dans vos yeux
Ces ennuis inconnus dans nos cloîtres pieux,
.l 'ai béni le doux nom de la Vierge sacrée
Qui dès mes jeunes ans m'a si bien inspirée !
Celle que l'ordre auguste, émané du saint lieu.
Élève au chaste rang des épouses de Dieu,
Plus heureuse que vous, ne doit au bruit des armes
Ni réelles douleurs, ni trompeuses alarmes,
Et, fidèle à l'objet de ses saintes amours,
Peut l'aimer sans le perdre ou trembler pour ses jours.
— Peut-être ce bonheur, dont vous m'offrez l'image,
Dans un nœud moins illustre eût été mon partage ;
Il fallait, pour goûter l'amour et le repos.
Ne point lier mon sort à celui d'un héros ;
Mais je laisse ces biens à quelque obscure épouse :
Femme de Duguesclin, je n'en suis point jalouse,
Et dois, pour me montrer digne d'un tel honneur,
M'occuper de sa gloire et non de mon bonheur.
Cessez de m'accuser d'une crainte vulgaire. . . . Alix, de mon époux redis le chant de guerre ! Il plaît à mon oreille, il est cher à mon cœur. AhJ puisse-t-il, du temps et de l'oubli vainqueur, Du nom de Duguesclin consacrer la mémoire, Et, {juidant la valeur au chemin de la gloire, Egaler quelque jour la chanson de Roland ! »
Alix commence alors d'un ton naïf et lent :
Qui veut férir ou de lance ou d'épée, Qui cherche le prix des combats.
Ici, cavaliers et soldats, Votre attente n'est point trompée ; Pour gagner honneur et butin.
De vos périls noble salaire, Ralliez-vous au cri de guerre :
Notre-Dame-Guesclin !
Ce cri s'entend, la mort vole à sa suite; S'il retentit au champ d'honneur,
Des nôtres il double l'ardeur, Il met leurs ennemis en fuite, Et le duc, notre suzerain, Pour vaincre ceux-là d'Ang^leterre, Devra prendre pour cri de guerre Notre-Dame-Guescun !
Pour ses féaux point de chance fatale, ^^
Sire Bertrand vous Ta promis ; "■
Mais à l'or de ses ennemis N'ouvrez point une main vénale, Car mieux vaudrait ouir soudain Retentir le glas funéraire Qu'entendre alors ce cri de guerre :
Notre-Dame-Guesclin !
Mais d'Alix, à ces mots, la voix sonore et pure S'affaiblit et se perd en un tremblant murmure; ; Son silence, l'effroi peint dans ses yeux hagards Sur elle au même instant fixent tous les regards : Qui peut, se disait-on, l'avoir ainsi troublée?... Mais la cloche à grand bruit interrompt la veillée.
Ce signal avertit le pieux chapelain, Vieillard que révérait la dame Duguesclin. Organe accoutumé des communes prières, 11 prononce du soir les oraisons dernières ; Puis un vieux sommelier distribue aux vassaux D'une prudente main les nocturnes flambeaux, Et la foule empressée, avec un bruit folâtre,
JDe ses récens travaux délaisse le théâtre.
^Dans les sombres détours du vaste corridor Le rire aux longs éclats retentissait encor. Alix, la seule Alix demeurée en arrière Porte d'un bras distrait sa tremblante lumière, Souvent jette autour d'elle un œil épouvanté, Et de sa froide main presse un cœur agité, lîientot le bruit s'éteint, les groupes se séparent. Du château par degrés les ténèbres s'emparent. Et, muets compagnons des heures de la nuit, 1-e silence les guide et le sommeil les suit.
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r:^ttaquf.
Le temps fuit, et déjà règne sur la campagne Ce calme de minuit que la peur accompagne ; Les nuages chassés par des vents opposés Couvraient le firmament de leurs flocons brisés, Et la lune, à travers leur mobile barrière, Voilait et dévoilait sa douteuse lumière. La bise siffle et gronde; à son effort puissant Quelqu'arbre dépouillé pliait en gémissant, Et du vieux Pontorson la masse haute et sombre Comme un vaste fantôme apparaissait dans l'ombre L'heure a fui, qui voyait de ses grisâtres murs De nombreuses clartés percer les flancs obscurs ; Une seule survit, dont la flamme incertaine Éclaire le réduit où dort la Châtelaine, Et projette sur elle une faible clarté. Sous le dais féodal, gardien de la beauté. Qu'enferme en ses bras d'or l'antique balustrade, Le vaste lit domine une orgueilleuse estrade ;
Le fer du chevalier, protecteur assidu, Au chevet conjugal repose suspendu.
Juhenne partageait la couche hospitalière ;
Et le premier sommeil pesait sur sa paupière,
Tandis qu'un songe étrange occupait ses esprits.
Elle a vu tout-à-coup du gothique lamhris
De la mère de Dieu l'image détachée
Se mouvoir, s'avancer, et, vers elle penchée.
Lui dire : «< Jeune encor tu voulus être a moi,
» Et ma protection fut le prix de ta foi —
» Elle fait le salut de ta noble famille :
» La trahison est proche, éveille-toi, ma fille I . . . »
Julienne en tressaillant ouvre un œil endormi, Et soudain, sur son bras soulevée à demi.
Regarde Rien ne s'offre à sa vue alarmée,
L'image avait repris sa place accoutumée ; Mais elle, encor d'effroi tous les sens pénétrés, S'iirrache de sa couche et franchit les degrés. Cependant, attentive au repos de Tiphaine, Elle affaiblit ses pas et retient son haleine ;
Puis sur le prié-Dieu s'incline avec ferveur :
C'est ton nom qu'elle invoque, ô mère du Sauveur !
Mais, saos rendre la paix à son ame inquiète.
Les mots saints expiraient dans sa bouche distraite :
« Mère des Affligés, refuge du Pécheur,
Priez pour nous! ... La nuit, son humide fraîcheur,
Tout me fait frissonner Rose mystérieuse.
Priez pour nous! ... Des vents l'haleine pluvieuse
Abuse mon oreille ! 11 me semble parfois
Ouïr un sourd murmure et de confuses voix ! —
Priez, Vierge sacrée et digne de louanges!
O vous. Reine des Saints, des Martyrs et des Anges,
Priez pour nous !... Ce bruit n'est point un vain effroi !
Des armes ! . . . l'ennemi ! . . . Sauveur, assistez-moi ! . . . »
Et bénissant le ciel qui ne l'a point trompée.
Au clou qui la suspend sa main saisit l'épée.
Guidé par un bruit sourd, son pas rapide et sûr Franchit en un moment le corridor obscur Qui précédait d'Alix la closette tranquille ; A ses efforts bientôt cède la clef docile ; Elle entre. Quel spectacle a frappé ses regards 1
La lune, rejetant son voile de brouillards, Pénétrait sous l'arceau de la haute fenêtre ; Tout prêt à la franchir elle y révèle un traître, Dont l'ombre armée, immense, errait sur le carreau. Qui donc a détaché le solide barreau ? Ah ! dans la main d'Alix la lime accusatrice D'un parjure ennemi dénonce la complice. Soudain, courant à lui, la sœur du châtelain Le frappe de l'épée en s'écriant : Guesclin ! A ce nom redoutable, aux coups de cette épée, Qui dans le sang breton fut tant de fois trempée, L'audacieux Anglais, d'épouvante glacé, Tombe ; un autre soldat par sa chute est poussé. Et sur son frêle appui le rang entier chancelle ; Julienne avec effort saisit la haute échelle, La renverse, et la voit éclater en débris.
Mais l'alarme est donnée, et bientôt à ses cris Répond du haut des tours l'active sentinelle. Les femmes en tumulte ont fui vers la chapelle ; Et l'ennemi confus, trompé dans son dessein. Se retire en désordre au long bruit du tocsin.
Les premiers feux du jour réfléchis sur les armes,
A peine dissipaient les nocturnes alarmes,
Quand au pied des remparts Duguesclin revenu
Poussa son cri de guerre : à ce signal connu,
Trois fois le cor répond de sa voix monotone ;
Sous les pieds des chevaux le pont-levis résonne ;
C'est lui, c'est Monseigneur !... et dans la vaste cour
Chacun veut des premiers saluer son retour.
Tiphaine cependant les précède en silence.
Et tandis que Bertrand de son coursier s'élance,
Fidèle à son devoir, l'épouse du guerrier
Porte une main soumise au poudreux étrier.
« L'Anglais, sans doute, a cru mon épée endormie,
» Dit le bon chevalier ; voyez. Dame ma mie,
» Si vous reconnaissez parmi ces prisonniers,
» Qui, par mon Seigneur Dieu, ne sont pas les derniers,
» Quelqu'un à qui la fourbe assez fût départie
» Pour mériter de vous le nom de foi-mentie ;
»"Et Vous loûrez après, de les avoir punis,
« Ma hache, Notre-Dame et Monsieur saint Denis ! »
Durant ce bref discours le regard de Tiphaine
Sur les captifs anglais lentement se promène,
« Quoil dit-elle, est-ce lui? lui que dans son chemin
» Mon Seig^neur a surpris les armes à la main?
» Lui ? ce même Felton qui dut sa délivrance
» Au serment d'être un an sans combattre la France,
» Qui, long-temps prisonnier aux murs de Pontorson,
» Depuis trois jours à peine a payé sa rançon?
» Et son manque de foi déjà nous le ramène !
» Déloyal!... » Sans pitié la fière Châtelaine,
Raillant l'Anglais parjure et son retoiu* si prompt,
Se plaît à voir monter la rougeur sur son front.
Mais bientôt elle apprend à Bertrand qui l'écoute
Comment un ennemi, quelque lâche sans doute.
Qu'à peine enhardissait son absence et la nuit.
Voulut dans le château s'introduire sans bruit.
Lui, durant ce récit, s'efforçait de se taire.
Mais ses poings se fermaient, son pied frappait la terre,
Et son courroux contraint, se trahissant toujours.
Mêlait au nom des saints quelques blasphèmes sourd? =
Enfin Alix coupable et sa nocturne ruse.
Le songe merveilleux de la sainte recluse.
Sa prouesse, il sait tout , et le héros breton
S'applaudit d'une sœur si difjne de son nom.
Mais la perfide Alix enflamme sa colère ;
Il jure qu'un tel crime obtiendra son salaire,
Et son serment jamais ne souffrit de relard.
Attachant sur l'Anglais un oblique regard :
« Qu'on cherche Alix, dit-il ; que soudain enchaînée,
» Ici même, à l'instant, elle soit amenée.
» Peut-être qu'un Anglais, que vous, sire Felton,
» Seriez moins rigoureux pour un vassal félon ;
» Mais Bertrand Duguesclin, aux lieux dont il est maître ^
» Ne peut souffrir un lâche ou laisser vivre un traître.
» Vous-même pour ceux-ci connaîtrez mon accueil
» Avant que du manoir vos pieds passent le seuil,
» Et plût au ciel qu'Alix eût nommé son complice,
» Avec l'aide de Dieu j'en aurais fait justice ! »
Il dit. Bientôt Alix d'un pas craintif et lent Au milieu des soldats s'avance en chancelant. Mais lorsqu'elle entendit sa mortelle sentence, D'un regard douloureux la muette éloquence Implora tour à tour et Felton et les cieux ;
L'Anglais reste immobile et détourne les yeux. Par ce lâche aljandon ton supplice commence, Pauvre Alix ! un soupir lut ta seule vengeance. Si tu nommes Felton, Bertrand peut s'attendrir ; Mais seule tu vivrais, seule il vaut mieux mourir ! . . . . En vain son corps frissonne et ses genoux fléchissent ; De son maître irrité les ordres s'accomplissent. Au faîte du renipart, dont un angle isolé Oppose à l'assaillant et son front crénelé Et d'un large fossé sa base environnée, Par les mains des archers la victime est traînée : Elle tombe, un cri part, et l'onde a rejailli. D'une muette horreur chaque front a pâli. Dugucsclin, seul tranquille à l'aspect du supplice. S'applaudit d'avoir fait bonne et prompte justice ; Et l'Anglais cependant se disait h part soi : Qu'Alix eût dit mon nom, et c'était fait de moi ! Heureux que de Bertrand la colère brutale N'ait causé que la mort d'une simple vassale ! Pour acquitter sa dette, il promet, en retour, Au repos de cette ame une messe par jour.
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Puis de la pauvre Alix s'efiacc la mémoire : Eh I qui se souviendrait de sa vulgaire histoire ? Bientôt dans tous les lieux, à ses destins liés, Son visage, sa voix, son nom, sont oubliés : Aux côtés de Tiphaine une autre la remplace, Et le fossé profond n'a point gardé sa trace î