CHAPITRE CCCLI
Comment les ambassades du roi venus à Saint-Omer , y vint aussi un ahhé de Bretaingne, et comment le roi laboroit toujours pour séparer le duc breton de celui de Bourgogne.
En ce propre mesmes temps que les gens du roy estoient venus à Sainct-Omer faire les offres et persuader cestui duc Charles, y estoit venu aussi, et jà par avant, l'abbé de Bigars , Breton , de par le duc de Bretaigne ; et lequel abbé, comme il oyi deviser et conter comment le roy avoit faict dire par ses gens etremonstrer au duc de Bourgogne comment il désiroit l'amisté d'icely sur tous autres , etqu'aveucques ly il vouloit affermer , et à toute perpétuité tenir ce qui avoit été appoinctié et fait à Péronne, et demorer ami à ses amis, et ennemi à ses ennemis ; dont . et pour ce que le duc de Bretaigne toujours persévéroit en orgueil encontre ly, faisoit remonstrer à ce duc Charles comment il avoit son espoir en ly, que, considérée sa longue rébellion et fierté , il pooit et devoit plustost abandonner ledist duc breton que ly roy de France, dont il devoit honorer et amer la couronne^ comme le plus grand posteau d'icelle*
Comme doncques cestui abbé entendisl et oyt
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conter ceci, commença à rire, et dit : « Or par » mon ame et par ma foi , tout cestui mesmes » conte ^ et en telle forme comme ici le contez^ » j'estoie présent là. où les gens du roy venus à » Nantes le firent et remonstrèrent au duc mon » maistre et seigneur , en contraire de monsei- » gneur de Bourgongne , lui requérant et priant » qu*à ce il voulsist entendre et condescendre, afin )) de soi pooir vengier de ly et de son long intolé- » Table orgueil. »
Et de fait vray esloit-il ; avoit voirmenl envoyé devers le duc en Bretaingne faire ce double personnage, tout en contraire rungdel'aultre, parquoy on ne peut aultrement conclure, fors qu'envers Tung ou envers l'aultre il commettoit faute et le payoit de bourdes , et dont la honte principalement tourna sur ly. Et par ainsi doncques, le refus de l'amisté du roy à ly offert ne tourna pas tout à charge à ce duc Charles, ou que la chose viegne en fin que l'excusation ne soit aussi séante et clère
pour ly de le ' ainsi faire, entendues les
doubles et enguigneuses manières de faire cy contées. El , en effet , de tout son sens et pooir le roy laboroit jour et nuil pour séparer le duc breton de Tamisté du duc de Bourgogne , et pour l'avoir de vers ly ; de quoi, toutefois, il ne pouvoît finer tout à son gré. Mes enfin , tant pratiqua devers ly, que le duc de Bretaigne lui promist amour, service , assistence et alliance envers tous et contre tout le
l. Lacune.
monde , réservé le duc de Bourgogne ; et ly mesmes drescha la voie à ce duc de Bretaingne , que d'envoyer envers le ddc de Bourgogne notable ambassade, pour lui signifier cecy et pour luy remonstrer que rien n'y avoit icy fait encontre honneur ne en son contraire, mes le pooit ledit de Bourgogne licitement le porter et concéder; car n'y avoit nulle séparacion entre ly et ly ; et aussi le roy ne le quéroit point , ce devroit-on dire. Et de fait le duc de Bretaigne , après estre condescendu aux instances et presses du roy , mist sus son ambassade notablement, et y commist le président de Bretaigne et le grand-maistre d'ostel , ung noble chevalier aveucques Bretaigne , le héraut , lesquels accompagnés du seigneur de Malpertuis, un bel gentil chevalier , arrivèrent à Hesdin prestement après les gens dn roy estre partis de Sainct- Omer ; car le duc Charles estoit jà venu de Sainct- Omer audit Hesdin, pource que pestilence y courrut aulcunement. Audit Hesdin doncques je laisse ceste ambassade des Bretons grandement conjoys et receus, et venus au devant de toute la noblesse de la maison , et viens rencheoir sur le roy , qui à son lezpensoitet soUicitoit toujours de son profit, et d'avoir sa cause belle. Et comme il avoit devers ly le conte de Warwyc , nulle part seur, qui dessoubs sa main ne visoit et n'estudioit qu'à soi en aidier au profit de son royaulme et à la destruction et ruine du roy Éduard et de la maison de Bourgogne ; car quelque paix et amlsté que offerte eust
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au duc Charles faintement et à cautèle , n'avoit aultredésir nientmoins, ne aultrecontendementque de le destruire et deffaire ; car ly mesmes s*en es* toit tant descouvert as ungs et as aultres , que chacun le savoit , aveucques ce que les euvres le dé ïnonstroient par effect.