‹ Chroniques de Jean MolinetChapitre 141 sur 165 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comment ceulx de Nusse descendirent es isles , et furent rue's jus par

les Angles.

J A-soiT-CE que le siège de Nusse fut tant proprement situé que rien plus, toutefois on ne l'assist pas selon la doctrine de Végèce , qui enseigne à colloquer les tentes ou forts en tel lieu que nulle soubdaine inondation n'y puisse donner empeschement ; car entre my-caresme et Pasques , les eaux furent si grandes sur le Rin, qu'elles surmontèrent tout dicquaige ; et furent la petite isle et la plus

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grande partie de la grande si couvertes , que par les grandes ondes et nuages qui de gros vent se causoient, ce sembloit à voir une petite mer. Et lors trois bourgeois de Nusse se mirent en ung petit bastel sur la rivière ; et par le bon vent qu'ils eurent, cinglèrent amont le Rin. El nonobstant toute garde, défense, aguet et provision d'artillerie qu'ils firent à l'encontre , ils eschappèrent ce danger, et arrivèrent de plain jour en l'ost desCo- Ioniens.

Environ trois jours après, ceulx de la ville entrèrent de nuict en trois bodequins, et descendirent au poinct du jour en l'isle, sur intention de brusler les logis des assiégeans et de mettre tout aux espées. Angles, qui ce quartier avoient en garde^ apperceurent leur venue; et comme tout avisés de leur faict, les laissèrent descendre paisiblement sans esmouvoir quelqu'efFroi; puis, quant bon leur sembla, ils eslevèrent un si aspre et cruel alarme, que ceulx de Nusse , tous épouvantés, cuidans que toute l'armée se tirast celle part , ne cuidèrent jamais trouver leurs bodequins à temps. Les uns au rentrer ens se sauvoient, et les aultres se noyoient. Les Angles, qui y perdirent deux hommes, chargèrent sur eulx si rudement, que environ trente demeurèrent sur la place , et douze aultres furent prisonniers, quirécitèrentlesdispositionsde la ville, et congneurent que les trois bourgeois dessusdits s'estoient tirés à Bomelle , vers l'empereur , pour avoir secours de vivres. Et tantost ceulx de Cou-

longne mirent sur le Rin grans baslaux garais de tous biens, pour ravitailler Nusse. Le due, de ce adverti, fut en armes deulx ou trois jours de la sepmaine peneuse , et il mit si grand obstacle, que les Coloniens furent frustrés de leur emprinse.

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