CHAPITRE XXX
Le deslogement des archers du duc Charles estans au chasteau de Vomacourt ayironne's de la puissance des Suisses.
Le duc Charles, un jour ou deux paravant ceste piteuse desconfiture , avoit envoyé ses archers de corps pour garder un meschant vieux chasteau , par lequel les victuailles dévoient passer pour repaistre son ost; et combien que la place fusist maltenable, desbrisée et désolée, lesdits archers avec l'aide de leurs gens, culevriniers ,
I. 5 mars i^jG, IV. A. Le Behourdi , ou Bouhourdi, était I une espèce de lutte qui se faisait avec des bâlons le premier et le deuxième dimanches de carême.
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arbalestiers et aultres, environ deux cents, se mirent en peine de la tenir et garder . Les principaux de cesle compagnie estoient un routier de guerre, nommé Vare , capitaine de cent piétons ; Guillart le Maronnier^ lors roi de la Pie; Roisembois et Jehan de Monceaux ; lesquels , quand ils se perceurent aucunement que le duc Charles leur maistre estoit rué jus et avoit perdu la journée, ils proposèrent mettre tout contre tout, et de euxdeffendre jusques à l'âme rendre. Et le lendemain de la bataille , furent iceulx a> chers, avironnés et assiégés en ce povre chasteau de dix ou douze mille Suisses ^ qui toos prétendoient à les 1ère mourir de telle mort que le duc leur maistre avoit faict finir leurs gens de Granson. Et de faict lesdits Suisses leur envoyèrent une trompette leur signifier que tous seroient pendus, en leur disant qu'ils pensassent d'eux confesser et de choisir auquel arbre ils voudroieat finir leurs jours ; car ils se povoient tenir pour bien assurés, que le lendemain, dumatin^ Texécutioo en seroit faicte , parquoi iceulx assiégés oyans ces nouvelles, combien que guères ne leur plaisoient, respondirent qu'ils ne les admiroient de rien, et qu'ils espéroient d'avoir si bon secours , qu'ils en seroient fort esbahis; et n'y avoit celui d'entre eux qui ne montrast mine d'estre ung petit Ogier. Et imaginèrent beaucoup comment, et par quel moyen , ils pourroient vuider de ce danger ; toutefois ils pensèrent pour le salut de leurs âmes, se
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confessèrent et pardonnèrent les uns aux aultres , en proumettans certains vœux et voyages comme s'ils deusissent attendre le coup de la mort. Finablement ils délibérèrent d'eschapper de nuict par le conseil et advis dudit Vare , subtile homme de guerre et fort expérimenté ; et choisirent deux ou trois Allemans de leurs prisonniers pour estre leurs guides , auxquels ils firent faire serment de fidélité de les conduire à leur povoir hors de ce danger. Ils ruèrent de prime face leurs trésors, et l'amas de leurs habits dedans les puits.; ils coupèrent les changles et brides de leurs chevaux^ auxquels, afin qu'ils ne fussent poursuivis , ils coupèrent pareillement les jambes ; et à l'heure de my-nuict ou environ, par l'adresse desdits guides, vuidèrent à très grande paine, comme à quatre pieds hors du chasteau , par un estroit pertuîs , le plus quoiement que faire se peult, en abatant et tuant le premier guet et le second , comme font ceux qui jouent au désespéré. Ung gros alarme s'esleva en l'ost des Suisses ; mais nonobstant, lesdits archers passèrent oultre et se trouvèrent devant une montaigne roide comme une maison, tant difficile à monter que quasi impossible estoit; et après avoir passé ce terrible purgatoire, se trouvèrent en Nazareth , et devant la face du duc Charles leur maistre , qui les cuidoit et estimoit morts ou pendus ; et les Suisses, qui avoient faict venir leurs bourreaux , pour les mener au dernier supplice , furent moult esbahis de ceste vuidenge ; se le réputoient entre eux chose quasi miraculeuse.
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